"The Green Road" by Anne Enright | Eponine & Azelma

The Green Road par Anne Enright
Critiques

« The Green Road » , Anne Enright

The Green Road est le 6ème roman d’ Anne Enright, auteure irlandaise qui a également publié deux recueils d’histoires et un essai.

Le roman a été notamment nommé pour le Costa Award en 2015, le Man Booker Prize l’an dernier également, et pour le Baileys Women’s Prize for Fiction cette année (voir ici)

Qui est Anne Enright ?

Anne Enright

Anne Enright

La notoriété d’Anne Enright explose en 2007 lorsqu’elle remporte le Man Booker Prize avec The Gathering (« Retrouvailles » éd. Actes Sud). Très peu connue avant, elle avait pourtant déjà publié 3 romans :

  • The Wig My Father Wore (« La Perruque de mon père », éd. Joelle Losfeld)
  • What Are You Like? (« L’Air de quoi », Éd. L’Olivier)
  • The Pleasure of Eliza Lynch

Ses romans sont souvent centrées sur l’Irlande, les relations familiales, et l’amour.

Née en 1962, elle ne commence à écrire qu’en 1993, après avoir travaillé dans la production pour plusieurs chaînes de télévision. Après avoir souffert d’une légère dépression elle se lance définitivement dans une carrière d’écrivain. Aujourd’hui elle compte énormément au sein des lettres anglo-saxonnes. Depuis 2007, ses livres sont régulièrement nommés dans différentes listes de prix.

Elle écrit également pour de nombreux magazines tels que  The New YorkerThe Paris ReviewGranta, the London Review of Books.

« The Green Road »

Rosaleen Madigan, mère très imparfaite, se rend compte un peu tardivement de la distance qui l’éloigne de ses 4 enfants.
Hanna, Dan, Constance et Emmet vivent presque tous aux quatre coins du monde (exceptée Constance restée près de sa mère) loin de leur ville natale. A l’aube de Noël, Rosaleen décide de vendre la maison familiale d’Ardeevin et demande à ses enfants de venir passer un dernier réveillon dans l’endroit où ils ont grandi. Elle s’aperçoit alors du poids des relations familiales, et des erreurs qu’elle a pu commettre par le passé.

Contrairement à ce qu’annonce la quatrième de couverture, le roman ne s’ouvre pas sur une simple soirée de Noël, au coin du feu.

On fait d’abord connaissance avec la famille Madigan, le soir ou Dan, alors adolescent, décide de devenir prêtre et l’annonce à ses parents. Quel choc pour Rosaleen qui file dans sa chambre s’allonger et n’en sortira plus avant plusieurs jours !
Ce qui ressemble à une comédie, révèle en fait l’intolérance de Rosaleen et le jugement qu’elle porte en permanence sur ses enfants. Ramenant tout à elle et dramatisant la nouvelle, certes difficile à avaler, dans l’Irlande conservatrice des années 80, elle décèle à ce moment-là surement l’homosexualité de son fils.

Mais au moins Rosaleen est lucide :

« I made him. I made him the way he is. And I don’t like the way he is. He is my son and I don’t like him, and he doesn’t like me either. And there’s no getting out of all that, because it’s a vicious circle and I have only myself to blame ».

« C’est moi qui l’ait fabriqué. C’est moi qui l’ai fait tel qu’il est. Et je n’aime pas ce qu’il est. C’est mon fils et je ne l’aime pas, et il ne m’aime pas non plus. Et il n’y a aucun moyen de sortir de cette situation ; c’est un cercle vicieux et je ne peux m’en prendre qu’à moi-même. »

Et aussi terriblement réaliste lorsqu’Hanna lui demande si elle l’aime, elle.

« – ‘But, you like me mammy’.
– ‘I like you now’, said her mother »

« – ‘Mais, moi tu m’aimes maman’.
– ‘Je t’aime pour l’instant‘, lui dit sa mère« 

Passée cette sorte d’introduction , ce sont tour à tour les quatre enfants qui vont se charger de la narration à différentes époques de leur vie d’adulte. L’histoire change donc continuellement de point de vue, de style, de contexte, et surtout de décor, car chacun a trouvé sa voie dans un autre pays. Sauf Constance, qui, mariée avec enfants, mène une vie plutôt simple et ennuyeuse du côté de son village natal non loin de chez sa mère dont elle s’occupe un peu par défaut.

On suit notamment les aventures de Dan dans le milieu homosexuel New-Yorkais des années 90, pourri par le Sida. Ou encore Emmet qui travaille dans une ONG au Mali dans les années 2000. Ou encore Hanna qui tente de devenir actrice à Dublin.

 » ‘Everybody dies’. (…) ‘You die of something’, said Dan. ‘You die young, you die old, it is not the fact you die that matters. It is what you do that matters. What you make’. « 

 » ‘Tout le monde meurt’. (…) ‘On meurt de quelque chose’, dit Dan. On meurt jeune, on meurt vieux, ce n’est pas le fait de mourir qui compte. C’est ce qu’on fait qui compte. Ce qu’on réalise’. « 

Les sauts dans le temps et les changements d’époque sont exceptionnellement maîtrisés par Anne Enright, qui nous emmène dans le coeur de Dan qui perd un à un ses amis, ainsi que dans la tête d’Emmet qui se cherche, et qui ressasse des idées noires.

En fait chaque chapitre pourrait constituer une nouvelle. C’est un peu le seul point noir de ce roman, selon moi, qui finalement à vouloir trop faire du découpage, ne tient sa promesse que dans la deuxième partie.

En effet, ce n’est qu’au bout de 150 pages, que Rosaleen réapparaît, et que l’histoire qui était censée tourner autour d’elle et de ses remords de mère distante démarre.

On découvre une Rosaleen âgée et veuve qui a beaucoup d’attentes. Elle n’est jamais satisfaite de rien, jamais heureuse, est froide et distante et toujours pleine de reproches. Elle ne sait pas s’y prendre en fait. Elle fait tout de travers avec ses enfants et s’étonne ensuite qu’ils ne soient pas là pour elle et qu’ils aient tous pris des directions différentes.

« She was doing a Christmas card for Emmet. A man, who blamed her for everything, including the death of his own father. Because that is what your babies do, when they grow. They turn around and say it is all your fault. The fact that people die. It is all your fault. »

« Elle écrivait une carte de Noël à Emmet. Un homme, qui l’accablait en permanence, qui lui en voulait même de la mort de son propre père. Parce que c’est ça que font vos bébés quand ils grandissent. Ils se retournent et vous disent que tout est de votre faute. Le simple fait que les gens meurent. C’est de votre faute. »

S’ensuit ensuite une réunion de famille houleuse dont je ne révèlerai pas le contenu.

The Green Road est un roman familial, comme Anne Enright en a l’habitude. Ses personnages sont extrêmement vivants, complexes et surtout très irlandais…
On parvient à comprendre et à être ému par chaque enfant et même si Rosaleen est une mère dure et culpabilisante, on ne peut s’empêcher d’essayer de la comprendre.

Son sens de l’observation génial et ses petites phrases qui nous parlent font mouche à chaque fois.

Au-delà des caractères de chacun et de la difficulté à évoluer dans un contexte familial aussi rigide et peu affectueux, le livre nous fait comprendre tout simplement que la fratrie n’est pas forcément une source d’amour et de compréhension. Les enfants grandissent, ils se séparent et ne se connaissent plus. Aucun des quatre n’a vraiment conscience de ce qu’il se passe chez les autres, leurs vies sont très éloignées. Et finalement tout ce qui les lie une fois adultes ne sont que les souvenirs et l’éducation.

The Green Road est un très beau roman sur la famille mais aussi sur l’absence et la difficulté à recréer les liens distendus et je vous le conseille fortement.

Titre : The Green Road
Auteur : Anne Enright
Editeur : Vintage
Pages : 310

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