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Man Booker Prize 2017 : la shortlist

La sélection finale du Man Booker Prize est tombée hier ! Ô surprise, pas de Colson Whitehead (les autres vont donc avoir une chance de gagner ;)), ni de Sebastian Barry (déçue), et pas non plus de Kamila Shamsie…

 

La sélection

4 3 2 1 par Paul Auster (US) (Faber & Faber)

The History of Wolves  par Emily Fridlund (US) (Weidenfeld & Nicolson)
Publié en français chez Gallmeister sous le titre « Une histoire des loups« , traduit par Juliane Nivelt.

Exit West par Mohsin Hamid (Pakistan-UK) (Hamish Hamilton)

Elmet par Fiona Mozley (UK) (JM Originals)

Lincoln In The Bardo par George Saunders (US) (Bloomsbury)

Autumn par Ali Smith (UK) (Hamish Hamilton)

 

Les auteurs sélectionnés sur la shortlist du Man Booker Prize 2017 : Paul Auster, Emily Fridlund, Mohsin Hamid, Ali Smith, George Saunders et Fiona Mozley.

 

  • Il y 3 auteurs américains et 3 auteurs britanniques : depuis 2013, les écrivains américains ont le droit de participer au Man Booker Prize, ce qui a permis à Paul Beatty de gagner l’année dernière. Cette décision a fait polémique et aujourd’hui encore, avec cette sélection, certains se demandent si les américains ne vont pas dominer un prix historiquement britannique. La réponse du jury est simple : ses membres ne jugent que la qualité du livre, et non la nationalité de l’auteur. De plus seuls 30% des auteurs pré-sélectionnés cette année étaient américains.
  •  Sur les 6 auteurs sélectionnés, 2 sont des primo-romancières. Il s’agit de la britannique Fiona Mozley, et de l’américaine Emily Fridlund.
    Fiona Mozley est née en 1988 à York. C’est lors d’un trajet en train entre Londres et sa ville natale que lui vient l’idée de son premier roman Elmet  (tout comme une certaine J.K Rowling d’ailleurs…). Elmet raconte l’histoire de John, un montagnard retiré du monde, qui vit dans une maison qu’il a construit seul, avec ses enfants. Il leur apprend à vivre de sa terre, à chasser, à pêcher… Seulement, il se rend compte un peu tard qu’il n’est pas propriétaire du sol sur lequel il a choisi de vivre. Les problèmes vont commencer lorsque le vrai propriétaire va venir frapper à sa porte… Le roman traite principalement de la possession, et de la famille. Le style et l’ambiance du livre de Fiona Mozley rappellent Cormac McCarthy, Thomas Hardy ou Emily Bronte.Emily Fridlund a grandi dans le Minnesota. Elle est titulaire d’un doctorat en littérature et creative writing de l’Université de Californie, et professeur à Cornell. Elle a déjà publié beaucoup de textes, et de nouvelles dans différentes revues, mais elle publie là son premier roman. The History of Wolves est un thriller psychologique centré sur une adolescente un peu décalée, mal dans sa peau, en quête de bonheur familial. Madeline, issue d’une communauté hippie, vit dans une cabane avec ses parents au bord d’un lac. En face, sur l’autre rive, un couple et son enfant emménagent. Madeline est vite attirée par cette famille qui représente tout l’inverse de la sienne, et va se rapprocher très vite de la mère et de son fils Paul avec qui elle joue les baby-sitters. Mais elle va finalement sentir que quelque chose ne tourne pas rond dans cette famille et ses rapports avec ses nouveaux voisins vont devenir étranges.

 

  • C’est le grand retour de Paul Auster. Les juges ont qualifié son roman de « magistral ». Qualificatif qui s’applique déjà à la taille du livre… et à son poids croyez-moi. J’ai hâte de me plonger dedans car cela fait des mois que je l’ai acheté, mais impossible de l’emmener avec moi où que ce soit, tellement il prend de place… Donc c’est un peu difficile de le balader et de ne se consacrer qu’à lui! En dehors de ces considérations logistiques, 4 3 2 1 est un tour de force littéraire : l’auteur y retrace les 4 vies différentes d’un même personnage. Evidemment, comme c’est du Paul Auster, on y parle de destin, de hasard, de choix, et on y retrouve surtout des morceaux de… la vie de Paul Auster. La construction du roman est donc exceptionnelle, mais je me méfie plus du contenu qui semble encore un poil autobiographique alors que ses deux derniers livres l’étaient déjà. J’adore Paul Auster de toute façon donc je suis ravie qu’il soit dans la shortlist.
    C’est la 1ère fois qu’il est nommé : évidemment si vous lisez cet article depuis le début, vous avez appris que le Man Booker Prize n’est ouvert aux américains que depuis 4 ans, et Paul Auster n’a pas publié de livre depuis 7 ans… Un peu de maths et le tour est joué.

  • Colson Whitehead n’y est pas. Le fameux auteur du non moins célèbre désormais, The Underground Railroad, (paru sous le même titre aux Éditions Albin Michel, traduit de l’anglais par Serge Chauvin) n’est pas sur la liste. Pas de grand chelem donc pour le lauréat du Pulitzer et du National Book Award. C’est une bonne nouvelle pour tous les auteurs américains ou anglo-saxons de tous les prix à venir cette année : il y a de l’espoir. En effet, depuis la parution de son fabuleux roman, Colson Whitehead emporte tout sur son passage, et il est difficile pour ses collègues de se frayer un chemin entre les rails…
    C’est une grosse surprise, donc, mais cela laisse la place à d’autres talentueux romanciers qui n’ont pas eu la même couverture médiatique (néanmoins méritée).
  • Le favori c’est George Saunders. J’ai l’impression de n’entendre parler que de ce roman depuis des mois, il me paraît donc logique qu’il soit dans la shortlist. Lincoln In The Bardo est aussi le premier roman de George Saunders, mais il n’est pas un débutant pour autant : il est fameux pour ses nouvelles. Le « pitch » du livre est simple : le fils du président Abraham Lincoln vient de mourir ; Willie entame alors un dialogue avec son père endeuillé. C’est par la forme qu’il se démarque : c’est un roman choral qui fait parler des esprits, avec énormément de dialogues, qui questionne la relation entre les vivants et les morts, en mélangeant fiction et faits historiques.

 

Je n’ai pas mentionné Ali Smith, ni Moshin Hamid en détails ici, mais ce sont aussi des habitués des sélections et leur place dans la shortlist n’est pas volée. Leurs romans traitent respectivement du Brexit et de l’immigration, et ils ont déjà été sélectionnés pour plusieurs prix. C’est la 4ème fois qu’Ali Smith figure dans la dernière ligne droite du Man Booker ; Moshin Hamid en est lui, à sa deuxième nomination.

Vous pouvez lire mon article sur la longlist si vous voulez en savoir plus sur la sélection originale.

En tout cas c’est une shortlist très intéressante, et plus surprenante que prévue, et j’ai hâte de savoir qui succèdera à Paul Beatty.

Réponse le 17 octobre prochain !

Happy reading 😉

Critiques

« A Book Of American Martyrs », par Joyce Carol Oates

Joyce Carol Oates a toujours nourri une passion pour la boxe : comme elle le décrit elle-même, (http://bit.ly/2p3wKfp) ce sport est la « représentation stylisée d’une lutte à mort ».

Elle en a fait plusieurs sujets d’articles, des essais, qu’elle a d’ailleurs compilés dans un livre publié en 1987, qui s’intitule On Boxing (VF: « De La Boxe« , éd. Tristram, traduit par Anne Wicke, 2012)

Each boxing match is a story, a highly condensed, highly dramatic story -even when nothing much happens: then failure is the story

Un match de boxe c’est une histoire, une intrigue hautement condensée, hautement dramatique -même quand rien ne se passe : alors c’est l’échec qui en devient le sujet.

Si chaque match est un roman, A Book Of American Martyrs c’est l’histoire d’un combat. La mise en scène d’ une bataille autour d’un sujet qui divise l’Amérique : l’avortement.

Une lutte à mort pour la vie ou pour la liberté selon le côté duquel on se place. Deux familles sont sur le ring représentées par leur champion. Et chacun croit combattre pour ce qui est juste.

Les deux héros, les deux martyrs de ce livre sont deux militants de leurs causes respectives ; deux hommes qui ne survivront pas au combat. Car si la boxe est un art, un sport, un spectacle qui se termine par un K.O, une démonstration de force et non un homicide en public, Luther Dunphy et Gus Voorhees, eux, ne se contenteront pas de faire les morts, ils y perdront la vie.

 

 

Résumé

A Book of American Martyrs – Joyce Carol Oates

Luther Dunphy et Gus Voorhees vont se rencontrer pour la première et la dernière fois sur le parking de la clinique dans laquelle ce dernier exerce en tant que chirurgien pro-avortement.
Un matin, Luther Dunphy, fervent chrétien et militant anti-IVG, décide d’attendre le docteur Voorhees sur son lieu de travail, armé et bien décidé à éliminer celui « qui tue les embryons ». Sans peine, ni regret, il lui tire dessus, touchant par ricochet le chauffeur du médecin. Les deux victimes décèdent sur le coup, et Luther Dunphy est arrêté sur le champ sans opposer de résistance.
Les deux familles sont brisées, l’événement passionne les médias ; vont s’ensuivre le procès, la prison, les maladresses dans la gestion du deuil, des années de culpabilité, de dépression et de différends familiaux.

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Cover de Days Without End - Sebastian Barry
Critiques

« Days Without End » par Sebastian Barry

Days Without End est une fresque historique, mêlant guerre et histoire d’amour homosexuelle dans les Etats-Unis des années 1850. Ambitieux n’est-ce pas ?

Non seulement le pari est réussi, mais le livre est un petit chef d’oeuvre, car il a ce petit quelque chose en plus qui distingue les bons livres des grands livres. Preuve en est, il a remporté les Costa Book Awards, offrant ainsi à son auteur Sebastian Barry, une seconde récompense, fait inédit dans l’histoire du prix.

Le romancier Sebastian Barry, gagnant du Costa Book Awards 2016

Sebastian Barry, gagnant du Costa Book Awards 2016

 

Ce récit est raconté à la première personne par un vieux Thomas McNulty, une cinquantaine d’années après les faits.

Le jeune Thomas, âgé de 17 ans à peine, arrive aux Etats-Unis, seul, au début des années 1850, après avoir fui la Grande Famine irlandaise, sa famille ayant péri des suites de cette catastrophe.

Sans le sou, il débarque dans le Missouri et fait la connaissance d’un autre adolescent solitaire : John Cole. Ils empruntent tous les deux la piste de l’Oregon pour se rendre dans l’Ouest. Sur la route ils rencontrent Monsieur Noone, qui tient un saloon, et qui les engage pour divertir ses clients : ils devront se déguiser en femmes pour danser avec la clientèle masculine qui manque de présence féminine. Jeunes et beaux ils passent sans problème le test et gagnent leur vie en dansant tous les soirs.

Ils finissent tous deux par tomber amoureux et dès les trente premières pages, leur relation naît. Quelques mois passent ainsi, et l’adolescence s’éloignant, les deux jeunes hommes doivent trouver un autre job, leurs traits ne pouvant plus leur permettre de se déguiser en jeunes filles.

Ils s’engagent dans l’armée américaine qui se bat alors contre les amérindiens.

Ils sont envoyés en Californie, puis dans le Nebraska et enfin en Virginie. Plus tard, ils s’engageront dans la guerre de Sécession. Les combats sont affreux, l’armée massacre les Indiens, ils voient ce qu’ils n’auraient jamais pu imaginer… Thomas et John vont alors rencontrer une amérindienne orpheline, Winona, qu’ils vont adopter. Ils vont former une famille, complètement originale pour l’époque. Ils vont se séparer au rythme des combats et des périodes de repos, mais toujours se retrouver et s’accrocher l’un à l’autre au rythme du coeur battant de l’Amérique en construction.

 

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Hop sur la pile !

Hop Sur La Pile #3

J’ai fait quelques emplettes la semaine dernière sur Waterstones , le site internet de la librairie du même nom. Et voilà le résultat, 3 nouveaux bouquins ! J’ai été plutôt raisonnable , mais cela fait quand même un sacré rajout à ma pile à lire !

 

Swing Time, par Zadie Smith

Book cover de Swing Time par Zadie Smith

Swing Time – Zadie Smith

 

C’est LE livre de cet automne. On en parle partout : sur les blogs, dans les librairies, dans les pages littérature des quotidiens britanniques… bref c’est celui qu’il ne faut pas rater. Très attendu donc, il est sorti au Royaume-Uni le 15 novembre dernier. Je l’avais donc pré-commandé et je l’ai reçu assez rapidement. Et cerise sur le gâteau, j’ai eu une édition signée s’il vous plaît !

Alors de quoi parle Swing Time ?
Il s’agit de l’histoire de deux amies, métisses, vivant à Londres dans les années 80. Tracey et la narratrice (qui n’est jamais nommée) se rencontrent à l’adolescence. Elles ont une passion commune pour la danse. Seul problème : Tracey a beaucoup de talent mais la narratrice n’en a pas autant, elle a les pieds plats. Tracey parvient à ses fins en intégrant une compagnie de danse, tandis que son amie abandonne les chorégraphies et part sur les routes, devenant l’assistante personnelle d’une chanteuse à succès. Le roman repose sur les différences entre les deux amies et leurs destins respectifs : est-on plus heureux lorsque l’on quitte son pays pour réussir ? Comment gérer l’échec ? Au centre du livre  également, la relativisation des étiquettes sociales de chacun des personnages. Et évidemment l’amitié féminine, l’adolescence et la famille.

C’est le 5ème roman de Zadie Smith qui a été beaucoup récompensée par le passé : elle a reçu plusieurs prix pour  son 1er roman White Teeths (VF : « Sourires de Loup », traduit par Claude Demanuelli, éd. Gallimard), et est également lauréate du Orange Prize For Fiction pour On Beauty (VF: « De La Beauté » traduit par Philippe Aronson, éd. Gallimard). L’accession à l’âge adulte est l’un des thèmes préférés de cette féministe convaincue, qui crée dorénavant l’engouement à chaque sortie de roman.

 

« Swing Time » – Zadie Smith
Pages : 464
Editeur : Penguin Press
Date : 2016

 

Between The World And Me, par Ta-Nehisi Coates

Book cover of Between The World And Me - Ta-Nehisi Coates

Between The World And Me – Ta-Nehisi Coates

 

Ce livre sorti en 2015 est en fait une lettre écrite par l’auteur à destination de son fils. Il lui apprend ce que c’est qu’être noir aux Etats-Unis : les réalités du quotidien, le racisme ambiant et la place des noirs dans l’histoire du pays . Coates s’est inspiré de James Baldwin, écrivain noir-américain, qui avait publié The Fire Next Time en 1963. Dans l’un des deux essais du livre, Baldwin s’adressait à son neveu sous forme de lettre en lui parlant de la ségrégation. Coates a souhaité reprendre la même forme pour lui rendre hommage et en quelque sorte continuer la discussion. L’idée lui est venue après une rencontre avec Barack Obama et une discussion assez agitée sur la condition des afro-américains au 21ème siècle. Le livre est très franc et brutal. Il ne laisse pas forcément place à un éventuel rayon de soleil. Coates a voulu un livre cruel et réaliste et pas un traité rempli d’espoir. Au contraire il met en garde son fils sur ce qu’il attend dans sa vie.. Salué par la critique et adoubé par la grande Toni Morrisson ,  le livre a reçu le National Book Award dans la catégorie « non-fiction » en 2015. Il a également été finaliste du Prix Pulitzer cette année.

Il a été traduit en français par Thomas Chaumont et publié au début de l’année 2016 par les éditions Autrement : « Une colère noire : lettre à mon fils »

« Between The World and Me » – Ta-Nehisi Coates
Pages : 176
Editeur : Spiegel & Grau
Date : 2015

Girls Will Be Girls, par Emer O’Toole

Book Cover de Girls Will Be Girls - Emer O' Toole

Girls Will Be Girls – Emer O’ Toole

 

Rien à voir avec les deux précédents, si ce n’est pour le féminisme bien présent dans Swing Time, Girls Will Be Girls explore la féminité. L’auteure s’interroge sur ce qui pousse les femmes à embrasser leur genre : comment devient-on féminine ? A quel moment décide-t-on de faire comme les autres et de se déguiser en fille ? Le livre nous démontre à quel point les choix des femmes, supposément libres, sont en fait tous déterminés par la pression de la société et par la bien-pensance. La façon de parler, les vêtements, l’allure, l’hygiène des femmes… tout est en fait pré-déterminé. Très provocateur, cet essai explore les racines du féminisme et les symboles de celle-ci qui nous sont aujourd’hui imposés. Elle joue sur les codes et fait partager sa propre expérience. Le livre est également sorti en 2015, j’ai donc un peu de retard mais je vais rattraper ça vite fait !

 

 

 

 

 

« Girls Will Be Girls » – Emer O’Toole
Pages : 263
Editeur : Orion
Date : 2015

J’espère que mes résumés de ces derniers achats vous donneront envie de les découvrir aussi, et je souhaite surtout pouvoir les lire très vite !