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Man Booker Prize 2017 : la shortlist

La sélection finale du Man Booker Prize est tombée hier ! Ô surprise, pas de Colson Whitehead (les autres vont donc avoir une chance de gagner ;)), ni de Sebastian Barry (déçue), et pas non plus de Kamila Shamsie…

 

La sélection

4 3 2 1 par Paul Auster (US) (Faber & Faber)

The History of Wolves  par Emily Fridlund (US) (Weidenfeld & Nicolson)
Publié en français chez Gallmeister sous le titre « Une histoire des loups« , traduit par Juliane Nivelt.

Exit West par Mohsin Hamid (Pakistan-UK) (Hamish Hamilton)

Elmet par Fiona Mozley (UK) (JM Originals)

Lincoln In The Bardo par George Saunders (US) (Bloomsbury)

Autumn par Ali Smith (UK) (Hamish Hamilton)

 

Les auteurs sélectionnés sur la shortlist du Man Booker Prize 2017 : Paul Auster, Emily Fridlund, Mohsin Hamid, Ali Smith, George Saunders et Fiona Mozley.

 

  • Il y 3 auteurs américains et 3 auteurs britanniques : depuis 2013, les écrivains américains ont le droit de participer au Man Booker Prize, ce qui a permis à Paul Beatty de gagner l’année dernière. Cette décision a fait polémique et aujourd’hui encore, avec cette sélection, certains se demandent si les américains ne vont pas dominer un prix historiquement britannique. La réponse du jury est simple : ses membres ne jugent que la qualité du livre, et non la nationalité de l’auteur. De plus seuls 30% des auteurs pré-sélectionnés cette année étaient américains.
  •  Sur les 6 auteurs sélectionnés, 2 sont des primo-romancières. Il s’agit de la britannique Fiona Mozley, et de l’américaine Emily Fridlund.
    Fiona Mozley est née en 1988 à York. C’est lors d’un trajet en train entre Londres et sa ville natale que lui vient l’idée de son premier roman Elmet  (tout comme une certaine J.K Rowling d’ailleurs…). Elmet raconte l’histoire de John, un montagnard retiré du monde, qui vit dans une maison qu’il a construit seul, avec ses enfants. Il leur apprend à vivre de sa terre, à chasser, à pêcher… Seulement, il se rend compte un peu tard qu’il n’est pas propriétaire du sol sur lequel il a choisi de vivre. Les problèmes vont commencer lorsque le vrai propriétaire va venir frapper à sa porte… Le roman traite principalement de la possession, et de la famille. Le style et l’ambiance du livre de Fiona Mozley rappellent Cormac McCarthy, Thomas Hardy ou Emily Bronte.Emily Fridlund a grandi dans le Minnesota. Elle est titulaire d’un doctorat en littérature et creative writing de l’Université de Californie, et professeur à Cornell. Elle a déjà publié beaucoup de textes, et de nouvelles dans différentes revues, mais elle publie là son premier roman. The History of Wolves est un thriller psychologique centré sur une adolescente un peu décalée, mal dans sa peau, en quête de bonheur familial. Madeline, issue d’une communauté hippie, vit dans une cabane avec ses parents au bord d’un lac. En face, sur l’autre rive, un couple et son enfant emménagent. Madeline est vite attirée par cette famille qui représente tout l’inverse de la sienne, et va se rapprocher très vite de la mère et de son fils Paul avec qui elle joue les baby-sitters. Mais elle va finalement sentir que quelque chose ne tourne pas rond dans cette famille et ses rapports avec ses nouveaux voisins vont devenir étranges.

 

  • C’est le grand retour de Paul Auster. Les juges ont qualifié son roman de « magistral ». Qualificatif qui s’applique déjà à la taille du livre… et à son poids croyez-moi. J’ai hâte de me plonger dedans car cela fait des mois que je l’ai acheté, mais impossible de l’emmener avec moi où que ce soit, tellement il prend de place… Donc c’est un peu difficile de le balader et de ne se consacrer qu’à lui! En dehors de ces considérations logistiques, 4 3 2 1 est un tour de force littéraire : l’auteur y retrace les 4 vies différentes d’un même personnage. Evidemment, comme c’est du Paul Auster, on y parle de destin, de hasard, de choix, et on y retrouve surtout des morceaux de… la vie de Paul Auster. La construction du roman est donc exceptionnelle, mais je me méfie plus du contenu qui semble encore un poil autobiographique alors que ses deux derniers livres l’étaient déjà. J’adore Paul Auster de toute façon donc je suis ravie qu’il soit dans la shortlist.
    C’est la 1ère fois qu’il est nommé : évidemment si vous lisez cet article depuis le début, vous avez appris que le Man Booker Prize n’est ouvert aux américains que depuis 4 ans, et Paul Auster n’a pas publié de livre depuis 7 ans… Un peu de maths et le tour est joué.

  • Colson Whitehead n’y est pas. Le fameux auteur du non moins célèbre désormais, The Underground Railroad, (paru sous le même titre aux Éditions Albin Michel, traduit de l’anglais par Serge Chauvin) n’est pas sur la liste. Pas de grand chelem donc pour le lauréat du Pulitzer et du National Book Award. C’est une bonne nouvelle pour tous les auteurs américains ou anglo-saxons de tous les prix à venir cette année : il y a de l’espoir. En effet, depuis la parution de son fabuleux roman, Colson Whitehead emporte tout sur son passage, et il est difficile pour ses collègues de se frayer un chemin entre les rails…
    C’est une grosse surprise, donc, mais cela laisse la place à d’autres talentueux romanciers qui n’ont pas eu la même couverture médiatique (néanmoins méritée).
  • Le favori c’est George Saunders. J’ai l’impression de n’entendre parler que de ce roman depuis des mois, il me paraît donc logique qu’il soit dans la shortlist. Lincoln In The Bardo est aussi le premier roman de George Saunders, mais il n’est pas un débutant pour autant : il est fameux pour ses nouvelles. Le « pitch » du livre est simple : le fils du président Abraham Lincoln vient de mourir ; Willie entame alors un dialogue avec son père endeuillé. C’est par la forme qu’il se démarque : c’est un roman choral qui fait parler des esprits, avec énormément de dialogues, qui questionne la relation entre les vivants et les morts, en mélangeant fiction et faits historiques.

 

Je n’ai pas mentionné Ali Smith, ni Moshin Hamid en détails ici, mais ce sont aussi des habitués des sélections et leur place dans la shortlist n’est pas volée. Leurs romans traitent respectivement du Brexit et de l’immigration, et ils ont déjà été sélectionnés pour plusieurs prix. C’est la 4ème fois qu’Ali Smith figure dans la dernière ligne droite du Man Booker ; Moshin Hamid en est lui, à sa deuxième nomination.

Vous pouvez lire mon article sur la longlist si vous voulez en savoir plus sur la sélection originale.

En tout cas c’est une shortlist très intéressante, et plus surprenante que prévue, et j’ai hâte de savoir qui succèdera à Paul Beatty.

Réponse le 17 octobre prochain !

Happy reading 😉

Fiona McFarlane, gagnante de l' IDTP 2017
Prix

Fiona McFarlane remporte l’International Dylan Thomas Prize 2017

Le recueil de nouvelles The High Places par Fiona McFarlane a donc remporté le prestigieux International Dylan Thomas Prize, qui récompense de jeunes auteurs.

Je vous avais parlé de la shortlist il y a quelques semaines et le gagnant a été annoncé le 10 mai dernier au Pays de Galles, à la Swansea University, partenaire de la remise du prix.

International Dylan Thomas Prize 2017 – Shortlist

 

 

Qui est Fiona McFarlane ?

Elle est australienne , âgée de 39 ans (âge limite pour participer au concours), et possède déjà plusieurs récompenses puisque son premier roman The Night Guest (VF: « L’invité Du Soir », traduit par  Carine Chichereau, éd. L’Olivier) avait été saluée par la critique. Il a reçu le  Voss Literary Prize et le Barbara Jefferis Award en 2014.

Elle a l’habitude de publier ses nouvelles dans des revues telles que The New Yorker, Zoetrope: All-Story, The Missouri Review. 

Elle est souvent comparée à Flannery O’Connor, ou Patricia Highsmith. Fan depuis l’enfance du poète Dylan Thomas, inspirateur du prix, elle doit être d’autant plus flattée de cette récompense.

Fiona McFarlane a étudié notamment à Cambridge et à l’Université du Texas à Austin aux Etats-Unis, et vit actuellement dans sa ville d’origine : Sydney en Australie. Elle est donc une lauréate qui illustre parfaitement le caractère international de ce prix qui récompense un jeune auteur anglophone, par une bourse de 30.000 £.

Pour l’anecdote, Fiona McFarlane est la seconde australienne à avoir remporté le Dylan Thomas Prize : en 2008, son ami l’écrivain Nam Le avait été choisi par le jury pour un recueil de nouvelles.

 

The High Places

The High Places – Fiona McFarlane

Ce livre est une collection de 13 nouvelles. Il a été publié par les éditions Farrar, Straus, Giroux aux Etats-Unis et les éditions Sceptre au Royaume-Uni.

Ces histoires nous transportent aux quatre coins du monde, en explorant les frontières de l’émotionnel chez des personnages hauts en couleur. Dans “Good News for Modern Man”, on part à la découverte d’un scientifique qui vit sur une petite île avec pour seule compagnie le fantôme de Charles Darwin ; dans la nouvelle qui donne son titre au recueil, un fermier australien essaye de combattre la sécheresse en utilisant des méthodes tirées de l’Ancien Testament.
Fiona McFarlane parvient à disséquer les sentiments humains avec brio et a été saluée par les juges pour ses histoires « étourdissantes » et « inoubliables ».
Ils ont parlé d’une oeuvre « mature » qui met en valeur « des personnages et des lieux uniques ».
Cette récompense est donc une très bonne nouvelle pour Fiona McFarlane qui vit uniquement de sa plume et travaille actuellement sur un second roman.
Happy reading 😉 !

 

 

News

Des nouvelles de Tom Hanks

L’acteur américain Tom Hanks publiera à la rentrée un ouvrage de fiction, un recueil de nouvelles sur lequel il travaille depuis deux ans, qui s’appellera Uncommon Type : Some Stories. Le livre sortira en octobre prochain chez Knopf Publishing.

 

Que trouvera-t-on dans Uncommon Type : Some Stories ?

Le point commun, plutôt original, de ces 17 nouvelles : la machine à écrire. L’une des nouvelles racontera l’histoire d’un immigré arrivant à New York, une autre relatera la vie d’une star d’ESPN, ou encore la vie d’un acteur qui enchaîne les tournées de promotion. Mais toutes ces histoires tourneront autour d’une machine à écrire.

Uncommon Type: Some Stories – Tom Hanks (éd. Knopf Publishing)

Pourquoi ce thème ? Tom Hanks est un passionné de ces outils très vintage ; il les collectionne depuis 1978 et en possède une centaine à ce jour. Il tape ses lettres, ses idées de scénarios, répond au courrier de ses fans… bref il essaie de maintenir en vie ces magnifiques machines qui ont permis aux écrivains et aux scénaristes d’écrire des chefs d’oeuvre, pendant des décennies.

Preuve de son intérêt pour cette technique de prise de notes, une application qu’il a créée en 2014 « The Hanx Writer » , qui permettait à tout un chacun d’échanger son clavier de smartphone pour un clavier de machine à écrire. L’application a connu un succès certain puisqu’elle est restée en tête des ventes quelques semaines.

Ce livre n’est donc pas l’oeuvre d’un amateur : l’acteur connaît bien son sujet. Reste à savoir si son talent d’écrivain sera à la hauteur de sa passion ; il sera sûrement attendu au tournant, comme tout artiste qui prend la plume.

Sonny Mehta, l’éditeur de Tom Hanks loue son talent d’écrivain qu’il a découvert dans le magazine The New Yorker, il y a quelques années, lorsque l’acteur y avait publié une nouvelle : Alan Bean Plus Four.

On espère que le hobbie de Tom Hanks lui portera chance lors de la sortie de Uncommon Type : Some Stories, le 24 octobre prochain, et qu’il pourra rajouter l’écriture à sa liste de multiples talents.

 

 

 

Articles traduits

Barack Obama, le président qui lisait.

Alors que le monde entier s’apprête à écouter le discours d’investiture du 45ème président des Etats-Unis, Donald J.Trump, Barack Obama quitte le pouvoir sur une vraie note littéraire. Le président sortant a accordé sa dernière longue interview dans la presse à la plus grande critique littéraire américaine : Michiko Kakutani (@michikokakutani), du New York Times. 

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Hop sur la pile !, News

Que lire en ce début d’année 2017 ?

J’espère que parmi vos bonnes résolutions de cette année, vous avez choisi de lire BEAUCOUP ! Et pour cause, l’année 2017 s’annonce chargée en nouveautés littéraires ! Je voulais profiter de ce premier article de l’année pour balayer un peu le paysage, au moins pour le premier semestre…

Hiver…

Janvier est toujours un mois assez prolifique en matière de publications, et ce premier mois de l’année 2017 ne déroge pas à la règle avec quelques livres très attendus. LE pavé de ce début d’année c’est 4 3 2 1 de Paul Auster. Cela fait sept années que l’auteur new-yorkais n’a pas publié un roman… 4 3 2 1 c’est l’histoire des quatre vies parallèles de Archibald Isaac Ferguson : 866 pages qui couvrent différents choix de vie et donc 4 destins différents pour un seul personnage. C’est un réel tour de force littéraire auquel s’est attelé l’auteur de Sunset Park et de The New York Trilogy, et il est attendu avec grande impatience.

Couverture du livre 4 3 2 1 par Paul Auster

4 3 2 1 – Paul Auster (Faber & Faber)

On parle beaucoup également des mémoires de Coretta Scott King, femme de Martin Luther King. My Life, My Love, My Legacy sort ce mois-ci aux Etats-Unis : décédée en janvier 2006, elle s’était confiée à la fin de sa vie à la journaliste et professeure Barbara Reynolds. Coretta Scott King n’était pas juste « la femme de » , elle était également militante et activiste politique pour les droits civiques. Elle s’est battue contre la ségrégation tout au long de sa vie et a continué bien après le décès de son célèbre mari en créant The Martin Luther King, Jr. Center for Nonviolent Social Change, (Centre Martin Luther King, Jr., pour le changement social vers la non-violence). Ce livre raconte son combat permanent et l’itinéraire hors du commun d’une afro-américaine engagée originaire du fin fond de l’Alabama.

Couverture du livre My Life My Love My Legacy par Coretta Scott King

My Life My Love My Legacy – Coretta Scott King (Henry Holt & Company)

Egalement au programme de janvier, un premier roman inspiré d’un fait divers ayant réellement eu lieu : Little Deaths de Emma Flint. Ce thriller se déroule dans le Queens à New York en 1965. Ruth Malone se réveille un matin en constatant que ses deux enfants ont disparu : les corps des deux petits seront découverts quelques jours plus tard à deux endroits différents. Evidemment Ruth est la première suspecte ; sa vie dissolue est décortiquée, la presse l’accuse afin de vendre du papier, elle est la coupable idéale. Un jeune reporter va alors tenter de prouver le contraire…

Couverture de Little Deaths par Emma Flint

Little Deaths – Emma Flint (Picador)

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Photo cover Autumn by Ali Smith
Articles traduits, News

L’ « Observer » (supplément week-end du Guardian) a rencontré Ali Smith, qui publie « Autumn » son 8ème roman – Traduction.

En Grande-Bretagne chaque sortie d’un livre d’Ali Smith est un événement. Elle est moins connue chez nous, où seulement quatre de ses livres ont été publiés en français. 

Née en 1962, elle est écossaise mais vit aujourd’hui à Cambridge. 

Elle publie son premier recueil de nouvelles en 1995 : « Free Love and Other Stories«  . Elle remporte alors le Saltire First Book of the Year Award. Depuis sa cote auprès des lecteurs n’a pas cessé de grimper et les récompenses pleuvent ! Elle fait des allers-retours entre les nouvelles et le roman. Son premier roman « Like » est sorti en 1997. Suivront « Hotel World« , « The Accidental« , « There but for The« , et « How To Be Both« , le dernier paru, en 2014. 

Certains la qualifient de digne héritière de Virginia Woolf, en tout cas sa langue est riche, elle n’hésite pas à jouer avec les perspectives à la manière d’un peintre. Elle couvre toujours des thèmes ambitieux mais avec souvent une pointe d’humour. Elle s’égare parfois dans les jeux de mots et l’imagination. 

En 2015 elle a été faite Commandeur de l’Ordre de l’Empire Britannique. 

« Autumn » est sorti le 20 octobre dernier, est sera le premier roman d’une série de quatre (comme les quatre saisons mais est-ce bien utile de le préciser…) . Il s’agit du premier livre « post-Brexit ». Le roman est ambitieux : il se veut une analyse sociale et une méditation sur 2016, cette année presque écoulée. Et cette prise de distance passe par des personnages : Daniel est centenaire, sa voisine Elisabeth née en 1984 a l’avenir devant elle, dans un pays divisé par le référendum et laissé en pièces juste avant l’été. 

L’histoire de cette amitié possède en vérité plusieurs couches et de flashback en flashback, Ali Smith essaie de comprendre la société d’aujourd’hui : ces murs, ces barrières, qui se dressent petit à petit entre les peuples, ces divisions qui rendent fou…et le temps qui passe. (Je vous laisse apprécier le « see you next week » sur la page de garde ;))

Dédicace d'Ali Smith au début de son livre: "see you next week"

« See you next week »

 

 

Traduction (libre) de l’article d’Olivia Laing, daté du 16 octobre 2016 et paru dans The Observer (édition du dimanche du Guardian).

Ali Smith dans son jardin

Ali Smith chez elle à Cambridge, Octobre 2016 – Photo: Antonio Olmos pour l’Observer

Chez Ali Smith, la porte d’entrée est entrouverte. Elle vit à Cambridge, dans une maison, presque à l’abri des regards, au milieu d’un lotissement de cottages victoriens. Les jardins se font face, les barrières ayant été retirées depuis longtemps. Nous sommes à la fin du mois de septembre, et le pommier qu’elle aime tant est encore chargé de fruits. Un pull vert jeté sur ses épaules, elle me fait signe de monter la rejoindre jusqu’à son studio pour admirer un dernier rayon de soleil.

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Peinture de Henri Rousseau sur un tigre surpris par une tempête dans la jungle
Articles traduits

Pourquoi aucune adaptation du « Livre de la Jungle » ne pourra jamais traduire le génie du livre original de Kipling

A l’occasion de la sortie du film, « The Jungle Book » réalisé par Jon Favreau, et développé par les studios Disney, Patrick Hennessy s’est penché pour The Telegraph sur la vie et l’oeuvre de Rudyard Kipling, trop souvent délaissée au profit du dessin animé de 1967. L’imagination brillante de Kipling ne pourra selon lui jamais vraiment être retranscrite dans les adaptations de son oeuvre. J’ai traduit l’article pour le blog, et inséré les mêmes photos. 

Traduction (libre) de l’article de Patrick Hennessey « Why no Jungle Book film can match the imaginative brilliance of Kipling’s original tales » daté du 13 avril 2016 et paru sur le site de The Telegraph.

On pourrait légitimement penser que Rudyard Kipling possède quelques détracteurs dans l’Inde moderne. Aujourd’hui célèbre, plus que célébré, surnommé le « prophète de l’impérialisme britannique« , il est facile d’imaginer que le souvenir qu’a laissé Kipling en Inde puisse être teinté, au mieux, d’une maladresse compréhensible, au pire de dédain. Le Punjab a la mémoire longue et peu ont pardonné à Kipling son soutien au Général Dyer, le Boucher d’Amritsar.

Pourtant lorsque je suis parti sur les traces du jeune auteur au Pakistan et en Inde, pour réaliser le documentaire « Kipling’s Indian Adventure« , de Lahore à travers les plaines du Punjab jusqu’aux pieds des montagnes de l’Himalaya, ainsi qu’à Shimla la résidence d’été du Raj, j’ai découvert que non seulement Kipling était très connu, mais que beaucoup de ses oeuvres étaient plutôt bien perçues, et même enseignées à l’école – bien plus qu’ici en Grande Bretagne.

Et peu importe où j’allais où à qui je parlais, l’une de ces histoires était adorée plus que toutes les autres : The Jungle Book (« Le Livre de la Jungle »).

Bien sûr ce succès doit beaucoup au dessin animé de Walt Disney sorti en 1967, la dernier film que Disney ait supervisé lui-même. Dans le Mall, la rue principale de Shimla, à l’ombre du gothique Gaiety Theatre – symbolisant sûrement l’apothéose du Raj – j’ai pu discuter de l’héritage de Kipling avec un groupe de jeunes étudiants. Et à la première mention du Livre de la Jungle, l’un d’entre eux s’est mis à siffler « Il en faut peu pour être heureux« .

Le dessin animé de Disney du Livre de la Jungle

Le Livre de la Jungle, 1967. CREDIT: DISNEY

 

C’est probablement une chance que Rudyard Kipling n’ait pas vécu assez longtemps pour constater les libertés que Disney a pu prendre avec son livre. Mais en dépit de ces divagations bien éloignées du texte original, ce film est parvenu joyeusement et obstinément, à graver l’une des plus belles créations de Kipling dans le coeur de dizaines de millions de spectateurs ; et rien que pour cela il mérite d’être applaudi. Peu importe ce que l’on peut penser des opinions politiques de Kipling, The Jungle Book (1894) et The Second Jungle Book (1895) forment l’une des plus belles oeuvres de la littérature anglaise, un conte allégorique aussi intemporel que les fables d’Aesop, ou qu’Alice au Pays des Merveilles, la fantaisie magistrale écrite par Lewis Caroll, ou encore Le Vent dans les Saules de Kenneth Grahame (1908).

Le Livre de la Jungle est une oeuvre atypique dans la carrière de Rudyard Kipling parce qu’elle n’est que pure imagination. Kipling était un spécialiste de l’observation et du souvenir ; son expérience adolescente de journaliste, l’a transformé en génie de l’analyse et de la représentation. Dans ses premiers écrits, Kipling pouvait décrire aussi précisément les nuits chaudes et étouffantes de l’ancienne cité de Lahore que les caprices des élites dirigeantes perchées dans les montagnes de Shimla, aussi rigoureusement l’impiété des baraques militaires que le désespoir séduisant de la fumerie d’opium.

Baloo et Mowgli dans le rmake du Livre de la Jungle

Baloo et Mowgli dans The Jungle Book (2016) CREDIT: DISNEY

 

Mais les « Livres de la Jungle » sont différents. Tout d’abord ce ne sont pas des compte-rendus journalistiques mais des rêveries, très différentes, donc, de ses précédents travaux. Ces livres représentent l’inquiétant conflit dans la vie et l’oeuvre de Kipling, entre la brillance imaginative et la condescendance patricienne.

Une lecture nuancée, en particulier des premiers textes de Kipling, révèle quelque chose de plus complexe que la figure réactionnaire de l’imagination populaire. Plain Tales from the Hills (« Simples contes des collines »), reflète cette ambiguité : une critique acerbe des faiblesses coloniales est soulignée par une empathie inhérente envers l’Inde. (…)¹

Neel Sethi interprète de Mowgli dans Le Livre de La jungle

Neel Sethi interprète Mowgli dans The Jungle Book (2016) CREDIT: DISNEY

 

Au premier abord, Le Livre de la Jungle restitue la jungle et ses habitants de manière respectueuse. Mais, comme les étudiants de Shimla me l’ont fait remarquer, Mowgli (nommé comme le héros d’un autre roman de Kipling, Kim) n’est pas à sa place dans la jungle ; au lieu de cela il projette une supériorité sur les animaux, qui, finalement jure, lorsque la fière panthère et le puissant ours se soumettent au petit d’homme.

Dans tous les contes qui se déroulent dans la jungle, on entend parler de la Loi de la Jungle, un code de la raison et de la noblesse qui selon certains critiques serait devenu la philosophie de vie de Kipling, à son petit niveau : le travail est récompensé, les plus âgés sont respectés, le courage et l’humilité sont les maîtres-mots et l’individu doit se subordonner à la meute. Il est clair dans le Livre de la Jungle que les animaux qui obéissent à la « Loi » sont supérieurs à ceux qui ne s’y soumettent pas ; il est difficile de ne pas y voir un parallèle gênant entre l’exclusion, par Kipling, de l’Homme-Singe qui vit en dehors de la « Loi », et le rejet de tous ceux qui voulaient secouer le joug de l’Empire britannique, que ce soit en Irlande, en Afrique du Sud ou en Inde.

Shere Kahn dans Le livre de la Jungle 2016

Shere Khan dans The Jungle Book (2016) CREDIT: DISNEY

 

Kipling a longtemps suggéré que le Livre de la Jungle avait été partiellement inspiré par une histoire oubliée, celle d’un chasseur de lions qui finit par vivre avec eux; le chasseur se bat ensuite aux côtés des lions contre de méchants babouins.
Bien que le jeune Kipling ait expliqué avoir piqué le symbole des lions au « Boy’s Own paper » (ndlr : journal créé au 19ème siècle destiné aux enfants), ils sont devenus une métaphore puissante pour illustrer sa politique impériale.

En fait Kipling a écrit Le Livre de la Jungle dans un lieu aussi éloigné que possible du monde de Mowgli, à l’université de Bliss à Brattleboro, dans le Vermont aux Etats-Unis. Il s’agit de la première maison de Kipling alors jeune marié, construite sur la vallée de la rivière du Connecticut où « de décembre à avril, la neige se dépose aux rebords des fenêtres ». Kipling a attribué son inspiration littéraire à son « démon », une sorte d’impulsion créative involontaire, mais l’éloignement géographique a semblé joué dans la libération de son imagination. Pendant l’écriture du Livre de la Jungle, Kipling a confié à un journaliste avoir rassemblé tout ce qu’il a pu « entendre ou rêver à propos de la jungle indienne », en y mettant un soupçon de merveilleux.


Photo du remake du Livre de la Jungle 2016

The Jungle Book 2016 CREDIT: DISNEY

 

L’ambition rétive de ses sept ans de formation en Inde et son insatisfaction après son séjour à Londres, laissèrent place au bonheur familial. La première fille de Kipling, Josephine naît en 1892,alors qu’il commence juste à travailler sur l’histoire de Mowgli; sa deuxième fille, Elsie, vient au monde en 1896, juste après la parution du Second Livre de la Jungle. En 2010, une inscription manuscrite non signée a refait surface, rédigée soi-disant de la main de Kipling, dédiant le Livre de la Jungle à Joséphine, « pour qui il a été écrit par son père ».

Il est impossible de ne pas voir dans le Livre de la Jungle, une innocence joyeuse, que Kipling perdit lorsque Joséphine mourut cinq ans plus tard d’une pneumonie, une tragédie qui aiguisa sa désillusion à l’égard de la Guerre des Boers. S’ensuivit une autre catastrophe, la Première Guerre Mondiale, dans laquelle il perdit son fils, John. Elsie, sa seconde fille, racontait qu’il avait pris l’habitude de réciter des passages du Livre de la Jungle aux enfants, les lumières éteintes dans une chambre semi-obscure; lorsque Kipling écrit en 1920 que « la douleur devient plus forte lorsque la paix arrive car l’on pense alors à ce qui aurait pu être », il est poignant de constater que la génération sacrifiée fut celle des enfants pour lesquels il avait écrit ces histoires.

Le Roi Louie dans le remake du Livre de la Jungle 2016

King Louie, dans The Jungle Book (2016) CREDIT: DISNEY

 

Kipling se retrouve aujourd’hui revalorisé, et même peut-être redevient-il à la mode. Dans son excellente biographie, Kipling Sahib (2008), Charles Allen – l’arrière petit-fils du magnat de la presse Sir George Allen, qui prit sous son aile l’adolescent Kipling, journaliste débutant – attire l’attention sur « Ruddy », l’adolescent transgressif, qui ricanait devant les prétentions coloniales de ses aînés à Lahore, et Shimla et qui s’est immergé dans la culture autochtone Indienne bien plus que tous ses contemporains. En 2008 cette même année, le jour du Dimanche du Souvenir, la BBC a diffusé une adaptation de la bienveillante pièce My Boy Jack, (« Mon fils Jack) » qui traite de la mort du fils de Kipling en 1915, en son premier jour de combat.

Aujourd’hui le remake de Disney du Livre de la Jungle – qui sera suivi en 2018 par une adaptation de la Warner Bros : Jungle Book: Origins – ,  dans une éblouissante version en 3D, va pouvoir faire découvrir Kipling, à une nouvelle génération.
Que ces nouveaux films arrivent à retranscrire ou non la chaleur et l’humour du dessin animé original, peu importe, il suffit de se replonger sérieusement dans la version originale du livre de Kipling pour découvrir un véritable chef d’oeuvre.

¹ : Je me suis permise de couper cette petite partie qui rapporte des extraits d’une nouvelle « Beyond the Pale » que je ne veux pas m’aventurer à traduire, l’article étant compréhensible et gardant tout son sens, sans.

Sourcehttp://www.telegraph.co.uk/books/what-to-read/why-no-jungle-book-film-can-match-the-imaginative-brilliance-of/

News

Un manuscrit de Sherlock Holmes estimé à 375.000 Euros

Le brouillon de la nouvelle « The Case of the Greek Interpreter« , rédigée par Sir Arthur Conan Doyle en 1893 pourrait atteindre les 375.000 euros, lors d’une vente aux enchères chez Bonhams le 11 avril prochain à New York.

Cette histoire dans laquelle on rencontre pour la première fois le frère de Sherlock Holmes, Mycroft, a été publiée à sa sortie par The Strand Magazine ou encore Harper’s Weekly. Elle fait également partie des douze histoires publiées sous le titre « The Memoirs of Sherlock Holmes« .

Photo du manuscrit de Conan Doyle pour l'aventure de Sherlock Holmes, "The adventure of the Greek Interpreter"

Manuscript for Conan Doyle’s The Adventure of the Greek Interpreter

 

Au sein de cette vente on trouvera également plusieurs autres feuillets signés de la main du papa de Sherlock Holmes comme un extrait de « The Hound of The Baskervilles » la plus célèbre des histoires du détective anglais. Une page d’autant plus précieuse qu’elle serait l’un des seules feuilles restantes du manuscrit original du livre. Les autres ayant été volées ou dispersées lors de l’opération de promotion du roman. Elle est estimée entre 87.000 et 137.000 euros.  Cette page possède encore plus de valeur aux yeux des collectionneurs puisqu’elle relate une conversation entre Holmes et Watson à propos de l’affaire.

 

Cette vente aux enchères intitulée  « Fine Literature » proposera également des manuscrits de Jack Kerouac, de Jack London ou Henry Miller.

 

Books short-list International Dylan Thomas Prize
News, Prix

International Dylan Thomas Prize : la short-list

Ils sont 6 auteurs à figurer dans la short-list de l’ International Dylan Thomas Prize qui récompense la nouvelle génération d’auteurs anglophones.

  • Claire Louise-Bennet (Wiltshire, England) : « Pond », Fitzcarraldo Editions. 
  • Max Porter (London, England) : « Grief is the Thing with Feathers », Faber & Faber.
  • Tania Jones (Washington, USA) : « The Tusk that Did the Damage », Harvill Secker [UK] / Alfred A. Knopf [US]
  • Andrew McMillan (Manchester, England) : « Physical », Jonathan Cape.
  • Frances Leviston (Edinburgh, Scotland) : « Disinformation », Picador.
  • Sunjeev Sahota (Sheffield, England) : « The Year of the Runaways », Picador.

(De gauche à droite sur la photo)

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Ce prix, créé en hommage au poète gallois Dylan Thomas, vise les ouvrages de fiction, de poésie ou encore de nouvelles, écrits par des auteurs âgés de moins de 39 ans (l’âge de la mort de Dylan Thomas).

Dans cette liste figurent deux ouvrages de poésie (Disinformation et Physical), une novella (Grief is the Thing with Feathers), un recueil de nouvelles (Pond), et deux romans (The Tusk that Did the Damage et The Year of the Runaways).

A noter qu’Andrew Mc Millan a déjà remporté le Guardian First Book Award en 2015 pour Physical. 

Sunjeev Sahota, lui, était dans la short-lit du Man Booker Prize l’année dernière avec « The Year of the Runaways »

Le grand gagnant sera dévoilé le 16 mai prochain, et il ou elle remportera un chèque de 30.000£ ( à peu près 46.000 euros).

Le nom du ou de la gagnant(e) sera annoncée sur Eponine & Azelma bien évidemment !