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Critiques

« East West Street: On the Origins of Genocide and Crimes Against Humanity » par Philippe Sands

 

Salle 600 du Palais de Justice de Nuremberg. Automne 1946.

Hersch Lauterpacht et Hans Frank, tous deux avocats, sont à l’intérieur. Ce lieu héberge le procès le plus connu du monde, celui de Nuremberg.
Mais tous deux ne sont pas là pour les mêmes raisons. Ils ont en commun leur métier, mais aussi une ville: Lviv aujourd’hui située en Ukraine, mais polonaise pendant la guerre (anciennement Lemberg, ou Lwow), dans laquelle ils ont tous deux séjourné à des époques différentes de leurs vies.

Hersch Lauterpacht, est l’un des procureurs de l’équipe anglaise. Il est à l’origine de l’introduction de la notion de « crime contre l’Humanité » dans le Statut de Nuremberg.
Hans Frank, qui se tient sur le banc des accusés aux côtés de ses 20 autres collègues, a ordonné pendant la guerre, l’exécution, entre autres, de centaines de milliers de juifs polonais, dont beaucoup étaient originaires de Lviv/Lemberg.
Il est l’ancien avocat d’Hitler, et le chef du gouvernement de la Pologne occupée. Il sera pendu le 16 octobre 1946, pour crimes contre l’Humanité.

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Le livre "Days Without End" (éd. Faber & Faber) gagnant du Costa Book Awards
News, Prix

Sebastian Barry remporte le Costa Book Awards 2016

And the winner is …. : Sebastian Barry pour « Days Without End »

Cover de Days Without End - Sebastian Barry

Days Without End – Sebastian Barry

Je vous avais parlé de la shortlist dans cet article-ci. Le lauréat a donc été annoncé ce 31 janvier au soir ; et c’est la première fois dans l’histoire du Costa Book Awardsqu’un romancier remporte deux fois le prix du livre de l’année. Sebastian Barry avait déjà obtenu le titre  2008 avec The Secret Scripture (VF: Le Testament caché, trad. de Florence Lévy-Paoloni, Paris, Éditions Joëlle Losfeld).

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News, Prix

Paul Beatty remporte le Man Booker Prize avec The Sellout

Le Man Booker Prize 2016 a donc été décerné à Paul Beatty pour son roman The Sellout (VF : Moi contre les États-Unis d’Amérique traduit de l’anglais par Nathalie Bruaux – Éditions Cambourakis). A 54 ans, il devient le premier auteur américain à recevoir la prestigieuse récompense. Il y avait 5 autres nommés dans cette shortlist : je vous en avait parlé sur Eponine & Azelma ici .

Paul Beatty

Paul Beatty

En effet, depuis 2013, tout écrivain de langue anglaise a le droit de présenter son roman aux juges à partir du moment où il a été publié au Royaume-Uni. Avant cette date seuls les écrivains issus du Commonwealth en avaient le droit.

Paul Beatty est actuellement professeur d’écriture créative à l’Université de Columbia. Il possède un Master of Fine Arts du Brooklyn College dans cette même matière et est titulaire d’une maîtrise de Psychologie à l’université de Boston.

The Sellout est son quatrième roman.

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Photo cover Autumn by Ali Smith
Articles traduits, News

L’ « Observer » (supplément week-end du Guardian) a rencontré Ali Smith, qui publie « Autumn » son 8ème roman – Traduction.

En Grande-Bretagne chaque sortie d’un livre d’Ali Smith est un événement. Elle est moins connue chez nous, où seulement quatre de ses livres ont été publiés en français. 

Née en 1962, elle est écossaise mais vit aujourd’hui à Cambridge. 

Elle publie son premier recueil de nouvelles en 1995 : « Free Love and Other Stories«  . Elle remporte alors le Saltire First Book of the Year Award. Depuis sa cote auprès des lecteurs n’a pas cessé de grimper et les récompenses pleuvent ! Elle fait des allers-retours entre les nouvelles et le roman. Son premier roman « Like » est sorti en 1997. Suivront « Hotel World« , « The Accidental« , « There but for The« , et « How To Be Both« , le dernier paru, en 2014. 

Certains la qualifient de digne héritière de Virginia Woolf, en tout cas sa langue est riche, elle n’hésite pas à jouer avec les perspectives à la manière d’un peintre. Elle couvre toujours des thèmes ambitieux mais avec souvent une pointe d’humour. Elle s’égare parfois dans les jeux de mots et l’imagination. 

En 2015 elle a été faite Commandeur de l’Ordre de l’Empire Britannique. 

« Autumn » est sorti le 20 octobre dernier, est sera le premier roman d’une série de quatre (comme les quatre saisons mais est-ce bien utile de le préciser…) . Il s’agit du premier livre « post-Brexit ». Le roman est ambitieux : il se veut une analyse sociale et une méditation sur 2016, cette année presque écoulée. Et cette prise de distance passe par des personnages : Daniel est centenaire, sa voisine Elisabeth née en 1984 a l’avenir devant elle, dans un pays divisé par le référendum et laissé en pièces juste avant l’été. 

L’histoire de cette amitié possède en vérité plusieurs couches et de flashback en flashback, Ali Smith essaie de comprendre la société d’aujourd’hui : ces murs, ces barrières, qui se dressent petit à petit entre les peuples, ces divisions qui rendent fou…et le temps qui passe. (Je vous laisse apprécier le « see you next week » sur la page de garde ;))

Dédicace d'Ali Smith au début de son livre: "see you next week"

« See you next week »

 

 

Traduction (libre) de l’article d’Olivia Laing, daté du 16 octobre 2016 et paru dans The Observer (édition du dimanche du Guardian).

Ali Smith dans son jardin

Ali Smith chez elle à Cambridge, Octobre 2016 – Photo: Antonio Olmos pour l’Observer

Chez Ali Smith, la porte d’entrée est entrouverte. Elle vit à Cambridge, dans une maison, presque à l’abri des regards, au milieu d’un lotissement de cottages victoriens. Les jardins se font face, les barrières ayant été retirées depuis longtemps. Nous sommes à la fin du mois de septembre, et le pommier qu’elle aime tant est encore chargé de fruits. Un pull vert jeté sur ses épaules, elle me fait signe de monter la rejoindre jusqu’à son studio pour admirer un dernier rayon de soleil.

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Les 6 nommés pour le Man Booker Prize 2016
News, Prix

Man Booker Prize 2016 – Shortlist

Le 13 septembre dernier, le jury du Man Booker Prize 2016 a choisi ses 6 derniers auteurs en compétition après avoir dévoilé cet été une liste de 13 nommés. (http://eponineazelma.com/man-booker-prize-2016-longlist)

Voilà les 6 livres en question :

 

6 Couvertures des nommés pour le Man Booker Prize 2016

Man Booker Prize 2016- Shortlist

 

The Sellout – Paul Beatty (US) ; éd. One world
{« Moi contre les États-Unis d’Amérique », traduit par Nathalie Bru, Cambourakis, 2015}
Pour servir ce qu’il croit être le bien de sa propre communauté, un afro-américain va aller jusqu’à rétablir l’esclavage et la ségrégation à l’échelle d’un quartier, s’engageant dans une forme d’expérience extrême et paradoxale qui lui vaudra d’être trainé devant la Cour suprême.

 

Hot Milk – Deborah Levy (UK) ; éd. Hamish Hamilton
Une mère et sa fille arrivent dans une petite ville espagnole à la recherche de médecins : la mère de Sofia souffre d’une paralysie spontanée qui la cloue à une chaise roulante.  Sofia, elle a joué les détectives pendant une bonne partie de sa vie cherchant à comprendre d’où vient la maladie qui ronge sa mère. Arrivée au fin fond de ce désert espagnol, Sofia va surveiller le Docteur Gomez et ses étranges méthodes qui vont l’affecter également…

 

His Bloody Project – Graeme Macrae Burnet (UK) ; éd. Contraband
En 1869, un adolescent âgé de 17 ans est arrêté, accusé de triple meurtre. Il n’y a aucun doute sur sa culpabilité en revanche on ne connaît pas ses motivations. Pourquoi a-t-il tué ces trois personnes ? Est-il complètement fou ?

 

Eileen – Otessa Moshfegh (US) ; éd. Jonathan Cape
{« Eileen », traduit par Françoise du Sorbier, Fayard, 2016}
Une vieille femme se souvient avec un cynisme minutieux de la semaine qui a fait basculer sa vie cinquante ans plus tôt.

 

All That Man Is – David Szalay (Canada) ; éd. Jonathan Cape
On suit la vie de neuf hommes, à un âge et à un stade différent de leurs vies, dans des villes différentes. Les neuf parties des vies de ces neuf hommes vont former comme un arc qui veut nous faire comprendre le sens de l’existence, les failles de l’homme moderne et nous emmener à travers plusieurs pays d’Europe.

 

Do Not Say We Have Nothing – Madeleine Thien (Canada) ; éd. Granta Books
A Vancouver en 1990, un an après le suicide inexplicable de son père, Marie ainsi que sa mère reçoivent la visite de Ai-ming, une jeune femme ayant fuit la Chine suite aux protestations de Tiananmen. A travers Ai-ming, Marie va essayer de reconstituer son histoire : l’amitié qui lia leurs pères, alors talentueux musiciens au Conservatoire de Shanghai, et les pérégrinations de leurs deux familles à travers la Révolution culturelle de la Chine.

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News, Prix

Man Booker Prize 2016 – Longlist

Le 27 juillet dernier le jury du Man Booker Prize a annoncé les titres des 13 romans en compétition cette année pour la remise du prix littéraire le plus prestigieux dans le monde anglophone.

Qu’est-ce que le Man Booker Prize ?

ManBookerPrize_2016

Il s’agit d’un prix littéraire créé en 1968, qui récompense les romans de fiction écrits en langue anglaise, provenant de n’importe quel pays pourvu qu’ils aient été publiés au Royaume-Uni.

Le prix portait à l’origine le nom de Booker-McConnell Prize, jusqu’à ce qu’il soit sponsorisé par Man Group en 2002 et change donc de nom.

Depuis cette période, le gagnant remporte la modique somme de 50.000£ (un peu plus de 58.000 euros), et évidemment une gloire internationale puisque le livre lauréat est en général ensuite traduit dans des dizaines de langues.

Il s’agit de la plus forte récompense associée à une œuvre de fiction.

A titre de comparaison, le gagnant du Goncourt remporte lui aussi une renommée certaine, mais assortie d’un simple chèque de … 10 euros.

Parmi les gagnants on peut citer les célèbres :

  • Salman Rushdie en 1981 avec Midnight’s Children (« Les Enfants de Minuit » chez Stock en 1983)
  • Kingsley Amis en 1986 avec The Old Devils (« Les Vieux Diables » chez  Littérature européenne, coll. Douze étoiles en 1988)
  • Margaret Atwood en 2000 avec The Blind Assassin (« Le Tueur Aveugle » chez Robert Laffont en 2000)
  • Julian Barnes en 2011 avec The Sense of an Ending (« Une fille, qui danse, » chez Mercure de France en 2013)

En 2015, c’est le jamaïcain Marlon James qui a remporté le Man Booker Prize avec A Brief History Of Seven Killings. Le livre sortira le 17 août prochain en France sous le titre « Brève Histoire de sept meurtres » aux éditions Albin Michel.

Brève Histoire de sept meurtres par marron James (Man Booker Prize 2015) - éd. Albin Michel

Brève Histoire de sept meurtres par marron James (Man Booker Prize 2015) – éd. Albin Michel

A brief History Of Seven Killings by Marlon James (Man Booker Prize 2015) - éd. OneWorld Publications

A brief History Of Seven Killings by Marlon James (Man Booker Prize 2015) – éd. OneWorld Publications

De quoi ça parle ? En 1976, 7 hommes font irruption dans la chambre d’hôtel de Bob Marley en Jamaïque et lui tirent dessus le blessant en plusieurs endroits.  Deux jours plus tard le chanteur donne un concert comme si de rien n’était. Mais il disparaît ensuite du pays et ne revint pas avant deux ans. marron James imagine alors une biographie de ces hommes racontée par les témoins voire certains fantômes, par les tireurs, par les membres du gouvernement… bref plus de 600 pages racontant la drogue, les complots, mettant en scène la CIA et le FBI autour de dizaines de personnages. Une vraie fresque rocambolesque… Et du coup la couverture française du livre me semble bien pauvre par rapport à l’édition anglaise et son vinyl plus évocateur de l’époque. Mais c’est mon avis !

Qui sont les 13 sélectionnés cette année ?

Man Booker Prize - Longlist 2016

Man Booker Prize – Longlist 2016

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Couverture de The Glorious Heresies by Lisa McInerney (éd. John Murray - Paperback)
News, Prix

Lisa McInerney, gagnante du Baileys Women’s Prize For Fiction 2016, pour « The Glorious Heresies »

Le Baileys Women’s prize For Fiction, l’équivalent du prestigieux Man Booker Prize pour les femmes,  a été remporté hier soir par cette auteure irlandaise.

Comme je l’ai déjà expliqué sur le blog ici (http://eponineazelma.com/baileys-womens-prize-for-fiction-shortlist) , le BWPFF a été créé afin de récompenser les romans en anglais écrits par des femmes, n’importe où dans le monde. 6 écrivains étaient en concurrence jusqu’à hier soir, et Lisa McInerney faisait partie des favorites du public et des blogueurs et vlogueurs anglo-saxons .

Elle remporte donc la somme de 30.000 £ (38.000 €) ainsi qu’un « Bessie » la petite statuette symbolisant le prix.

Qui est Lisa McInerney ?

Portrait de Lisa McInerney, gagnante du Baileys Women Prize for Fiction 2016

Lisa McInerney, gagnante du Baileys Women Prize for Fiction 2016

Lisa McInerney a débuté en tant que blogueuse !  En 2006, alors âgée de 25 ans, elle relate la vie d’une petite bourgade irlandaise, Galway, du point de vue de la « working class » avec pas mal de cynisme. Le blog s’appelle alors Arse End of Ireland,  et remporte trois années d’affilée le titre de meilleur Blog Irlandais. Elle se fait alors remarquée dans le milieu littéraire et commence sa carrière d’auteure en écrivant quelques nouvelles. The Glorious Heresies est son premier roman écrit en 2013 mais publié en 2015.

« The Glorious Heresies »

The Glorious Heresies by Lisa McInerney (éd. John Murray - Hardcover)

The Glorious Heresies by Lisa McInerney (éd. John Murray – Hardcover)

Le roman tourne autour de la vie de plusieurs protagonistes impliqués de près ou de loin dans un meurtre. Tout se déroule dans la ville de Cork en Irlande ; on y rencontre un ado de 15 ans dealer de drogue, son père alcoolique, une prostituée ou encore un chef de gang. Décrit comme exubérant, généreux, et osé, par The Guardian à sa sortie, c’est en effet un concentré d’humour noir. Lisa McInerney a même regretté à l’époque de sa publication, que le roman ait été taxé de roman « masculin », comme si une femme ne pouvait pas écrire un roman tapageur, à l’humour féroce.  (http://www.irishtimes.com/culture/books/lisa-mcinerney-on-what-baileys-prize-means-1.2678249)

Le jury du Baileys Women’s Prize For Fiction, lui, a trouvé le livre « frais et vibrant« , « superbement original » et salue Lisa McInerney qui utilise « l’humour et le talent pour nous permettre de pénétrer dans les vies sombres de ces personnages« .

Ce n’était le choix le plus conventionnel pour ce jury qui a du écarter de sa décision finale, entre autres, le best-seller A Little Life by Hanya Yanagihara, et une autre auteure irlandaise déjà titulaire du Man Booker Prize, Anne Enright avec son passionnant The Green Road.

The Glorious Heresies a été nommé livre de l’année par The Irish Times, le Sunday Independent et le Sunday Business Post en 2015.

Vous pouvez retrouver les autres nommés de la shortlist du Baileys Women’s Prize For Fiction ici sur mon blog : http://eponineazelma.com/baileys-womens-prize-for-fiction-shortlist

Baileys Women's Prize For Fiction 2016 - Shortlist

Baileys Women’s Prize For Fiction 2016 – Shortlist

Couverture de A Little Life
Critiques

A Little Life, le gros coup de coeur

A Little Life mais un « big book » …

Par la taille (il fait 720 pages en édition de poche, il faut donc s’armer de patience et ne pas avoir d’autre « urgence littéraire » en cours) mais surtout par le talent de conteuse de son auteur, l’américaine Hanya Yanagihara, dont c’est le deuxième livre.

Portrait de Hanya Yanagihara

Hanya Yanagihara

A Little Life va vous prendre tout votre temps libre, vous envoûter, vous faire rentrer totalement dans la vie de ses protagonistes si bien que les quitter sera une torture, vous faire tourner frénétiquement les pages, vous faire souligner et prendre des notes. Il est impossible de se consacrer à un autre livre en parallèle et pour cause A Little Life c’est LE livre du moment, il ne faut SURTOUT pas passer à côté ; voilà pourquoi on peut parler d’un « big book »: c’est un gros et grand livre.

Jude, Willem, Malcolm et J.B, quatre amis inséparables, s’installent à New York à la fin de leurs études. Impossible de dater le début du roman, aucun repère ne nous est donné : pas de contexte politique, pas d’événement culturel ou social. On comprend donc assez vite que l’histoire va tourner autour de ces quatre personnes, en vase clos. La bande se réunit assez souvent, sort dans les fêtes new-yorkaises, les galeries, déjeune au restaurant coréen du coin. Bref, une vie riche et une carrière prometteuse semblent destinées à chacun d’entre eux.

Willem, au caractère doux et bienveillant, est un acteur en devenir ayant perdu ses parents et son frère très jeune..
Malcolm est un futur architecte, fils d’une famille riche et respectée vivant dans les beaux quartiers de New York. Métisse, il ne se sent jamais vraiment à sa place nulle part.
J.B, d’origine haïtienne, élevé par sa mère, sa grand-mère et sa tante ; c’est un artiste-peintre qui adore utiliser ses amis comme sujets de ses projets artistiques.
Jude, est le plus secret et le plus complexe de la bande, avocat, on ne lui connaît ni passé ni famille. Ses amis n’en savent pas plus que le lecteur. On découvre assez vite qu’il a quelques soucis de santé, notamment des blessures aux jambes qui l’handicapent et lui causent des crises de douleur incontrôlables.

Et voilà que l’on suit ces quatre-là sur trente ans de réussite, d’échecs, de relations, de construction, d’emménagements, de déménagements…

Mais les chapitres passant, l’auteur va se focaliser sur Jude. Comme un travelling qui finit sur un gros plan, mais tout en subtilité.
Jude va devenir le personnage central du roman, et c’est son histoire mystérieuse qui va nous occuper et nous questionner comme dans un bon thriller pendant 700 pages.

Jude est très secret, et ne raconte jamais rien de son passé. D’où vient-il ? Pourquoi est-il blessé aux jambes ? Quelle enfance ? Quelle adolescence ?

« He was the most beautiful of them, with the most interesting face and the most unusual coloring, and he was the shyest, and so pictures of him always felt more precious than ones of the others. »

« Il était le plus beau d’entre eux, avec le visage le plus intéressant et de la teinte la plus inhabituelle, et il était le plus timide, du coup les photos de lui semblaient toujours plus précieuses que celles des autres. »

On ne connaît pas son histoire, ses amis ne la connaissent pas non plus (sauf Andy son médecin/ami qui soigne ses jambes). Lorsqu’il est questionné sur ses problèmes aux jambes, il répond qu’il a eu un accident de voiture dans sa jeunesse.
Mais voilà pour soulager ses douleurs, Jude se scarifie avec rasoirs et désinfectant. Et lorsque Willem le découvre, le livre bascule.

« There’s been an accident, Willem; I’m sorry. »

« Il y a eu un accident, Willem; je suis désolé. »

A partir de là, Jude qui n’était pour ses amis, qu’un homme un peu secret et légèrement handicapé, devient un être fragile à protéger.

Tout au long du roman, à l’aide de flashbacks, on en apprend plus sur l’histoire de Jude. Abandonné bébé dans une poubelle, il a été recueilli par des moines dans un monastère où il connaît une enfance terrible puisqu’il y a vécu l’enfer. Torturé, puni, frappé, abusé sexuellement, la lecture des sévices qu’il a subis est à peine supportable. Mais l’affection que l’on éprouve déjà pour ce personnage n’en est que renforcée.

Plus les chapitres défilent, plus le lecteur devient témoin des atrocités qu’il a subi enfant, mais également adolescent lorsqu’il s’échappera du monastère en compagnie de l’un des Frères, qui se révèlera pédophile : sévices sexuels, prostitution… L’accident de voiture se révèlera être bien plus dramatique que Jude ne le laisse entendre.
Evidemment ses amis ne savent rien de tout ça et il est hors de question pour Jude, trop honteux, de leur révéler ce qui s’est passé.

Jude est marqué au fer rouge par son passé et n’arrive pas à profiter de la vie comme les autres. Malgré sa réussite, son indépendance, son aisance financière, rien ne parvient à le sortir de sa torpeur ni à raviver un peu de vie dans son âme torturée. Rien, sauf Willem. Son confident qui deviendra par la suite un peu plus que cela, et qui lui apportera soutien et respect.
Les efforts de ses amis pour l’entourer et essayer de le comprendre, leur bienveillance, l’amour de Willem, n’arriveront pourtant pas à soulager son mal-être. Ses amis, qui n’arrivent pas à comprendre d’où viennent ses tourments, vont mobiliser toutes leurs forces pour l’aider.

A Little Life c’est avant tout une histoire d’hommes.
C’est une aventure masculine mais pas virile, une amitié tenace, une histoire de soutien, d’amour et d’admiration. Et c’est très rare dans la littérature contemporaine. Et c’est osé.

Hanya Yanagihara ne se moque pas de ses personnages, ne leur prête pas de traits caricaturaux. Qu’ils soient artistes (Willem, JB) ou qu’ils aient des métiers considérés comme sérieux (Jude, Malcolm, Andy), ils sont tous touchants, émotifs et généreux. Dans ce livre, pas de soirée bières autour d’un match de foot à la télévision, pas de grande discussion à la salle de gym…

A Little Life nous emmène dans les tréfonds du cœur des hommes, là où aucun écrivain n’ose jamais aller en littérature.

Et puis surtout il y a le personnage de Jude.
Les quatre amis s’interrogent, au fil des années, sur la vie qui passe, leur carrière, et même la vie de famille et le désir d’enfants.

Mais toutes les réponses à ces questions trouvent leurs limites avec Jude, ce personnage qui se sent tellement peu concerné par la vie. Comme s’il regardait le train passer, les gens grandir, tout en ne participant pas à la fête. Pas de happy end ou de bons sentiments, il n’arrive pas à se remettre de son passé, même avec l’aide de tous ceux qui l’aiment.

A Little Life by Hanya Yanahaguira (american cover) - éd. Doubleday

A Little Life by Hanya Yanahaguira (american cover) – éd. Doubleday

Il n’est qu’une blessure géante et béante, tout son corps souffre et son esprit également. Il ne sait pas ce qu’il fait là, il ne comprend pas l’amitié de ses amis, il ne voit pas leur amour même s’il est conscient de leur soutien et des angoisses qu’il leur fait vivre. Comme il nous l’explique dans l’un des plus beaux passages du livre, au moment où il envisage le suicide :

« For a while, they would mourn him, because they were good people, the best and he was sorry for that –but eventually they would see that their lives were better without him in it. They would see how much time he had stolen from them ; they would understand what a thief he had been, how he had suckled away all their energy and attention, how he had exsanguinated them. He hoped they would forgive him ; he hoped they would see that this was his apology to them. He was releasing them – he loved them most of all, and this was what you did for people you loved : you gave them their freedom. »

« Ils le pleureraient pendant un moment, parce que ce sont de bonnes personnes, les meilleures, et il en était désolé – mais le temps passant ils s’apercevraient que leurs vies seraient mieux sans lui. Ils s’aperçevraient de tout le temps qu’il leur a volé ; ils se rendraient compte qu’il était un voleur, à quel point il leur a pris toute leur énergie et leur attention, à quel point il les a rendus exsangues. Il espérait qu’ils lui pardonnent ; il espérait qu’ils se rendent compte que tout cela était en fait une façon de s’excuser auprès d’eux. Il était en train de les libérer – il les aimait plus que tout, et c’est ça que l’on fait aux gens qu’on aime : on leur rend leur liberté. »

 

Jude ne veut jamais suivre leurs conseils au risque d’aller encore plus mal, mais ses amis sont toujours là. Et ont toujours de nouvelles idées pour lui permettre d’avancer au propre comme au figuré.

Comme lorsque Willem propose à Jude de rentrer en taxi pour ne pas que son ami marche trop, en feignant lui-même la fatigue.

« This is Willem’s new strategy, and he is very fond of it : instead of telling him he can’t do certain things because it’s not good for its legs and back, Willem instead tries to make himself sound incapable in order to dissuade him. These days Willem is always too tired to walk, or too achey, or too hot, or too cold. But he knows that these things are untrue. »

C’est la nouvelle stratégie de Willem et il l’apprécie tout particulièrement : au lieu de lui dire qu’il ne peut pas faire ceci ou cela à cause de ses jambes et de son dos, Willem essaie de lui faire croire qu’il n’est pas en état lui-même pour l’en dissuader. Ces jours-ci Willem est toujours trop fatigué pour marcher, ou trop mal en point, il a trop chaud ou trop froid. Mais il sait que ces excuses ne sont pas réelles.

Mais au-delà d’un roman d’amitié, c’est un livre qui questionne sur la famille, sur le passé, sur la carrière, sur les regrets et la honte, sur l’homosexualité… bref il y a tant de niveaux de lecture que chacun y trouvera son compte.

La construction des personnages est fabuleuse : on les connaît par cœur, ils sont là page après page, ils existent, on pense les côtoyer réellement, on pleure avec eux. Leurs réactions ou leurs réflexions nous rappellent les nôtres et l’on ne peut s’empêcher de se reconnaître dans l’un d’entre eux, de temps à autre.

Concernant le style on ne peut être aussi enthousiaste. L’auteur passe de personnage en personnage sans que l’on arrive parfois à savoir immédiatement dans la tête duquel on se trouve. Ce n’est qu’au bout de quelques lignes d’un chapitre que l’on s’aperçoit que le narrateur est J.B, ou Jude ou Malcolm.

Il y a aussi beaucoup de longueurs. Parfois on nage en pleine confusion, la syntaxe est douteuse, et l’on ne sait plus qui parle de qui. Les descriptions peuvent être ciselées et très précises comme ces moments passés par Jude dans sa salle de bain avec ses rasoirs, qui sont presque insupportables à lire.

« He has long ago run out of blank skin on his forearms, and he now recuts over old cuts, using the edge of the razor to saw through the tough, webby scar tissue: when the new cuts heal, they do so in warty furrows, and he is disgusted and dismayed and fascinated all at once by how severely he has deformed himself. »

« Cela fait déjà longtemps qu’il lui est impossible de trouver un morceau de peau sans cicatrice sur ses avant-bras, et il se taillade maintenant à travers ses anciennes blessures, utilisant la pointe du rasoir pour scier l’épais tissu cicatriciel : lorsque les nouvelles blessures guérissent, elles forment des sillons verruqueux, et il est à la fois dégoûté, consterné et fasciné par la gravité des déformations qu’il s’inflige. »

Mais elles peuvent aussi fatiguer à coups de métaphores inutiles.

On pourra également reprocher à Hanya Yanagihara d’avoir concentré l’histoire sur Jude et Willem, après nous avoir présenté Malcolm et J.B, qui à part quelques moments de gloire, n’ont finalement pas beaucoup de place dans les 500 dernières pages du livre.

C’est un livre noir, qui procure des émotions intenses, même si on a beaucoup reproché à Hanya Yanagihara, notamment cette critique du NY Times, d’avoir créé des situations irréelles, qui n’auraient jamais pu arriver. Où sont les limites de la souffrance que peut endurer un personnage de fiction ? La vie en vase clos de ces quatre personnages à la réussite fabuleuse est-elle crédible ?

Peu importe.

Si vous pleurez, si vous ressentez de l’empathie, si vous ne voulez pas refermer le livre pour ne pas laisser vos amis à l’intérieur, alors oui l’histoire est plausible. Car on ne peut pas ressentir de peine pour des personnages qui ne pourraient pas exister. On ne peut pas pleurer pour des situations qui ne seraient pas crédibles.

Hanya Yanagihara le reconnaît dans une conversation avec son éditeur pour Slate.com :

« Everything in this book is a little exaggerated : the horror, of course, but also the love. I wanted it to reach a level of truth by playing with the conventions of a fairy tale, and then veering those conventions off path. I wanted the experience of reading it to feel immersive by being slightly otherwordly, to not give the reader many contextual tethers to steady them. »

Tout dans ce livre est un peu exagéré : l’horreur, bien sûr, mais aussi l’amour. Je voulais qu’il atteigne un certain niveau de vérité en jouant avec les conventions du conte de fée, et en les détournant ensuite. Je voulais que le livre soit lu comme une immersion dans un autre monde, et ne pas donner aux lecteurs des éléments contextuels qui les oriente. 

Hanya Yanagihara , auteur de A Little Life

Hanya Yanagihara
(PHOTO AFP)

A Little Life cartonne outre-atlantique et outre-manche depuis sa sortie au mois de mars 2015. Il est en tête de toutes les listes de recommandations littéraires, il a reçu beaucoup d’éloges et a occupé les pages culture et livres des magazines et quotidiens à plusieurs reprises au cours de cette année.

Il a été sélectionné pour plusieurs prix dont le Man Booker Prize 2015, et le National Book Award 2015 et cette année dans le Baileys Women’s Prize For Fiction dont le résultat est attendu en juin.
Le roman n’est pas encore traduit en français, on espère qu’il le sera.

C’est LE livre dont on parle et comme pour tous les livres qui deviennent des best-sellers, un doute peut saisir le lecteur quant au possible caractère commercial et insipide du contenu.

Et là rien de tout ça, il est impossible de sortir indemne de cette histoire. C’est un livre remarquable. Courez, plongez, allez rejoindre Willem, Malcolm, JB et Jude. Tout de suite.

 

Grief Is The Thing With Feathers by Max Porter
News, Prix

Max Porter remporte l’International Dylan Thomas Prize 2016 avec Grief Is The Thing With Feathers

Samedi dernier, les anglais ont rendu hommage au poète gallois Dylan Thomas, comme tous les ans à la même date. C’était également le jour de l’annonce du lauréat de l’International Dylan Thomas Prize.

Comme je vous l’ai expliqué il y a quelques semaines sur le blog, l’International Dylan Thomas Prize récompense un ouvrage en anglais rédigé par un auteur âgé de moins de 39 ans.

C’est Max Porter qui a remporté la 10ème édition, et la mise… puisqu’il empoche 30.000 £ au passage (38.000 €).

Max Porter, écrivain

Max Porter, lauréat de l’International Dylan Thomas Prize 2016

Son livre Grief Is The Thing With Feathers, publié par Faber & Faber, est son premier roman. Il a été qualifié « d’exploit extraordinaire en prose imaginative » par le jury du prix.   

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Pulitzer Prizes 2016 dans la catégorie « Books »

L’annonce des gagnants des 21 Prix Pulitzer 2016 a été faite hier soir à l’Université de Columbia à New York.

Ce qui nous intéresse sur le blog ce sont les prix « littérature » qui sont au nombre de cinq, et particulièrement celui de la Fiction qui est le plus important, commercialement et médiatiquement bien sûr.
Mais je vais aussi vous parler des 4 autres lauréats de cette catégorie !

Pile de livres représentant les 5 gagnants des Prix Pulitzer 2016 dans la catégorie BOOKS

Les 5 gagnants des Prix Pulitzer 2016 dans la catégorie BOOKS

 

  • Prix Pulitzer Fiction : The Sympathizer, par Viet Thanh Nguyen (éd. Grove Press)

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    The Sympathizer, by Viet Thanh Nguyen – Winner of the 2016 Pulitzer Prize for Fiction

    Ce roman qui est paru en avril dernier a donc raflé la plus grosse distinction du Pulitzer. Son thème central est la guerre du Vietnam et ses conséquences. On suit notamment le parcours d’un officier de l’armée vietnamienne du Sud (ARVN), également espion pour le Nord, après la chute de Saigon en avril 1975. Celui-ci travaille au service d’un Général de l’armée sud-vietnamienne qui, au début du roman, s’apprête, comme beaucoup de soldats, à fuir le pays, et qui doit dresser la liste de tous ceux qui vont l’accompagner sur les derniers vols disponibles. L’officier traître se retrouve sur cette liste et accompagne le Général à Los Angeles d’où il va pouvoir rapporter les moindres faits et gestes à ses supérieurs Viet-Congs. Le roman nous permet d’entrer dans la tête de cet agent double et de comprendre ses multiples facettes, et la nécessité qu’il éprouve de trahir son pays afin de poursuivre ses idéaux.

    Lorsque The Sympathizer est sorti en avril dernier il a obtenu beaucoup d’excellents critiques : « intelligent, implacablement rythmé et sauvagement drôle » dit le Washington Post, « The Sympathizer est à la fois une fiction historique, un thriller d’espionnage, et une satire. La perception qu’ont les américains des asiatiques apporte au livre des commentaires acides des plus délicieux… Nguyen sait de quoi il parle » dit le Los Angeles Times… bref que d’éloges. Le livre a également été choisi comme finaliste du PEN/Faulkner Award 2016 et apparaît sur la liste des 100 meilleurs livres de 2015 du New York Times.

    Mais comme le souligne le Guardian ce matin (http://www.theguardian.com/books/2016/apr/18/viet-thanh-nguyen-the-sympathizer-pulitzer-overlooked), il ne faisait pas partie des favoris pour le prix et ne faisait même pas partie des livres dont on a le plus parlé l’année dernière. C’est limite si The Sympathizer n’a pas été négligé par rapport à d’autres romans qui ont fait fureur en tête des ventes.
    Au lieu de couronner un roman au succès phénoménal, ils ont décidé de donner un coup de projecteur à un livre qui était sorti un peu discrètement, ce qui n’est pas plus mal.

    Nguyen a réagi à son prix hier soir sur sa page Facebook, voici ce qu’il dit : « Merci pour tous vos messages. J’ai vérifié avec des personnes bien réelles présentes dans le bureau de mon éditeur… et ils me disent que The Sympathizer a vraiment gagné le Pulitzer. A moins que ce ne soit une blague dans une autre réalité virtuelle. Je suis stupéfait.  » 

    Viet Thanh Nguyen est né au Vietnam en 1971 et est arrivé aux Etats-Unis avec sa famille en 1975, avec le statut de réfugié. Il a grandi à San Jose, en Californie et est maintenant Professeur (English, American Studies et Ethnicity) à l’USC (University of Southern California).

  • Prix Pulitzer Histoire : Custer’s Trials: A Life on the Frontier of a New America, par T.J. Stiles (éd. Alfred A. Knopf)

    Couverture de Custer's Trials , A Life on the Frontier of a New America - T.J Stiles

    Custer’s Trials , A Life on the Frontier of a New America , par T.J Stiles – Winner of the 2016 Pulitzer Prize for History

    Il s’agit là d’une biographie magistrale du Général Custer, héros de la Guerre de Sécession américaine mais aussi défait face aux tribus indiennes, lors de la bataille de Little Bighorn en 1876.
    T. J. Stiles dépeint le portrait de cette figure historique américaine en analysant sa personnalité et l’héritage qu’il a laissé, tout en démolissant la caricature. Il révèle alors selon son éditeur « une personne plutôt contradictoire et intense, un officier peu sûr de lui malgré ses compétences, intelligent malgré sa bigoterie (…)« .

    Selon les critiques plutôt unanimes sur la qualité et la richesse du travail de Stiles, tout le paradoxe de Custer réside dans le fait qu’il a aidé à construire l’Amérique moderne tout en refusant de s’y adapter.
    Le San Fransisco Chronicle parle d’un « portrait nuancé, complexe et convaincant » ; The New York Times Book Review en parle ainsi : « S’il y a bien un écrivain qui peut faire oublier le dernier combat de Custer, au moins pour quelques centaines de pages, c’est bien T.J. Stiles… Stiles est un biographe accompli et sérieux, mais il est plus que cela. C’est un écrivain talentueux, avec la qualité rare de pouvoir compiler des années de recherches et en faire sortir une histoire lumineuse et captivante. »

    Il s’agit du second Prix Pulitzer de T. J. Stiles, il avait gagné le précédent en 2010 pour une autre biographie, celle de Cornelius Vanderbilt. (The First Tycoon: The Epic Life of Cornelius Vanderbilt)

    Il a réagi à sa victoire en la qualifiant de « complètement et totalement inattendue… un cadeau du Ciel« 

  • Prix Pulitzer NonFiction : Black Flags: The Rise of ISIS, par Joby Warrick (éd. Doubleday)

    Couverture du livree Black Flags : The Rise of ISIS, par Joby Warrick - Winner of the 2016 Pulitzer Prize for Non-Fiction

    Black Flags : The Rise of ISIS, par Joby Warrick – Winner of the 2016 Pulitzer Prize for Non-Fiction

     

    The Rise of ISIS se traduirait en français par « L’ascension de DAECH ».
    Evidemment d’actualité, ce livre est surtout centré sur le portrait de Abu Musab Al-Zarqawi, fondateur de l’organisation qui deviendra bien plus tard l’Etat Islamique. Un tableau étoffé par les développements récents et les documents qu’il a pu se procurer grâce à ses contacts en Jordanie et au sein des services secrets américains. Sans pitié,  Joby Warrick critique également les erreurs et les faux pas commis par les Etats-Unis, qui ont pu alimenter l’avancée de Daech et de ses leaders en Syrie et en Irak.

    Il nous explique notamment comment Zarqawi, basé d’abord dans le nord de l’Irak, s’est vu propulsé à la tête d’une vaste insurrection lors de l’invasion américaine de 2003. Des centaines de radicalisés se sont ralliés à sa cause lorsque les généraux américains l’ont faussement identifié comme le lien entre Hussein et Ben Laden. Un combat qui continue aujourd’hui malgré sa disparition en 2006.

    Sous le nom d’Al-Qaida, d’Etat Islamique, ou de Daech les admirateurs de Zarqawi ont continué à avancer , et ont saisi l’opportunité de la Guerre en Syrie pour poursuivre le rêve de leur chef : la création d’un califat islamique.

    Joby Warrick rend compte avec précision de l’ascension de Zarqawi, mais certaines critiques lui reprochent  d’avoir réalisé une biographie plutôt qu’une analyse, et de n’avoir pas poussé assez loin l’exposé de ce qu’il promet dans le sous-titre du livre : la montée en puissance et l’avenir de Daech.

    Joby Warrick est reporter au Washington Post depuis 20 ans. Il a déjà gagné un Prix Pulitzer en tant que journaliste en 1996 pour un papier sur l’environnement.

  • Prix Pulitzer Biographie : Barbarian Days: A Surfing Life by William Finnegan (éd.Penguin Press)

    Barbarian Days A Surfing Life, by William Finnegan - Winner of the 2016 Pulitzer Prize for

    Barbarian Days A Surfing Life, by William Finnegan – Winner of the 2016 Pulitzer Prize for Biography

     

    Barbarian Days par William Finnegan est en fait une auto-biographie. Une ode au surf, la seule obsession de sa vie. William Finnegan a grandi entre Hawaii et la Californie et il a très vite commencé à dompter les vagues du Pacifique, parcourant le monde pour pratiquer son sport. Sportif mais pas seulement. Amateur de littérature il devient néanmoins écrivain et reporter de guerre.

    Mais il n’a jamais perdu de vue l’océan. Ses mémoires sont en fait une ode à la vague, et malgré ses années passées du côté de l’horreur en tant que journaliste, il semble que sa passion ait finalement rempli sa vie. Il faut être amateur d’eau, d’écume et avoir le pied marin pour apprécier ce livre à sa juste valeur. Car d’après les critiques élogieuses, chaque vague, chaque journée de surf est racontée dans le détail comme s’il sortait de l’eau juste avant de prendre son stylo.

     

    Certains considèrent toutefois que le livre est un peu long et que ses 464 pages noient le lecteur sous trop de détails à propos d’un sport qui finalement n’est pas très populaire ni très accessible.

    William Finnegan est l’auteur de plusieurs ouvrages : Cold New World, A Complicated War, Dateline Soweto, et Crossing the Line. il a gagné de nombreux prix en journalisme, il est rédacteur au New Yorker depuis 1987 et habite à Manhattan.

  • Prix Pulitzer Poésie : Ozone Journal, par Peter Balakian (éd. University of Chicago Press)

Couverture de Ozone Journal, by Peter Balakian - Winner of the 2016 PulitzerPrize for Poetry

Ozone Journal, by Peter Balakian – Winner of the 2016 PulitzerPrize for Poetry

Le recueil de poèmes de Peter Balakian, Ozone Journal est une suite 54 histoires, racontées par un homme ayant découvert les ossements de victimes du génocide arménien dans le désert syrien, en 2009, accompagné d’une équipe de journalistes. Elles représentent des parties de sa vie : la fin de son mariage, son cousin atteint du SIDA, sa vie de parent célibataire.

Des poèmes qui parlent à la fois d’histoire et de douleurs personnelles.

Peter Balakian, né le 13 juin 1951 dans le New Jersey, est l’auteur de 6 autres recueils de poèmes, ainsi que plusieurs ouvrages en prose comme The Burning Tigris (HarperCollins, 2003) sur le génocide arménien, best-seller du New York Times.

Il est également souvent invité à la télé américaine pour ses émissions d’actu, et ses essais sont régulièrement édités par le Boston Globe, le New York Times Magazine, la New York Review of Books etc…