Browsing Tag

nouvelles

Critiques, Prix

Lincoln In The Bardo de George Saunders, gagnant du Man Booker Prize 2017

Si le Prix Goncourt 2017 a déjoué tous les pronostics des critiques littéraires, des lecteurs, et des libraires d’ailleurs, prouvant ainsi que les favoris n’arrivent pas toujours sur le podium, le Man Booker Prize a fait totalement l’inverse cette année !

La victoire de George Saunders, avec Lincoln In The Bardo, récompense un livre déjà best-seller dans tous les pays où il a été publié : il était l’un des favoris cette année, avec Autumn d’Ali Smith. La popularité de ce récit est d’autant plus étonnante qu’il n’est pas si facile à aborder… mais les anglo-saxons sont plutôt téméraires lorsqu’il s’agit de récompenses, et la forme de l’ouvrage est sûrement ce qui lui a permis de sortir du lot.

Man Booker Prize Winner : Lincoln In The Bardo par George Saunders (éd. Bloomsbury)

Lincoln In The Bardo par George Saunders – Gagnant du Man Booker Prize 2017 (éd. Bloomsbury)

Ça raconte quoi ?

Lincoln In The Bardo, littéralement Lincoln dans le Bardo, a bien pour protagoniste le président américain Abraham Lincoln… mais ce n’est pas lui qui se retrouve dans le « bardo », c’est son fils Willie, âgé de 12 ans.

 

Nous sommes en février 1862, un an après le début de la Guerre de Sécession, et le petit Willie Lincoln meurt de la fièvre typhoïde. Les époux Lincoln sont inconsolables, à tel point qu’Abraham décide de veiller le corps de son fils dans la crypte du cimetière Oak Hill à Gerogetown, où Willie doit être enterré. Il y passe des heures, tenant le corps sans vie de son fils dans ses bras.

Willie n’est plus, mais son esprit rôde dans le cimetière, et il assiste à la scène touchante de son père ne lâchant pas son corps en le pleurant. Willie est en fait coincé dans le « bardo » : mot tibétain qui désigne cet état transitionnel entre la mort et la renaissance, entre le moment ou l’esprit quitte le corps et son élévation vers un hypothétique « ailleurs ».

 

Il n’est pas seul : ils sont des dizaines d’esprits à peupler le cimetière en attendant de passer « de l’autre côté ». La plupart de ces fantômes sont dans un état de déni par rapport à leur mort : ils se croient simplement malades, désignant même leurs cercueils comme des « boîtes à malades » (« sick-boxes »). On les entend tous les uns après les autres, ils se succèdent et s’invitent dans l’histoire, formant un roman choral complètement fou.

Emus et impressionnés par le tableau du président américain tenant le corps de son enfant dans ses bras, les esprits veulent s’occuper de Willie qui, lui, refuse obstinément de partir : il attend sur sa tombe, les jambes croisés, que son père revienne le voir.

 

Mais rester trop longtemps dans cet état transitionnel n’est pas bon pour les jeunes esprits : les anciens lui apprennent que s’il ne part pas au plus vite vers l’au-delà, il se détériorera : il sera emportée par des âmes damnées et sa conscience sera dégradée.

Deux des acolytes de Willie , les fantômes Hans Vollman et Roger Bevins III, vont alors prendre les choses en main et tenter de retrouver Abraham Lincoln, essayer de le ramener dans la crypte en pénétrant son esprit, afin qu’il puisse enfin dire au revoir à son fils une dernière fois, et le convaincre de passer de l’autre côté…

 

Qui est George Saunders ?

George Saunders avec son livre, ‘Lincoln in the Bardo’ à Londres le 17 octobre 2017.

George Saunders est parti d’une anecdote qui lui a été rapportée par un membre de sa famille il y a déjà une vingtaine d’années : la veillée du corps de Willie Lincoln par son père au soir de sa mort. Impossible de savoir si l’histoire est vraie, les historiens ne sont pas d’accord sur le sujet. En tout cas ce qui est sûr c’est que le président américain a beaucoup pleuré son fils qu’il adorait, alors qu’au moment de son décès, il vit dans un contexte politique compliqué, embourbé dans la Guerre Civile.

 

On a déjà tout écrit sur Abraham Lincoln, la figure américaine à qui est consacrée un nombre incalculable de biographies, il s’agissait donc pour George Saunders de relever un défi :  écrire sur Abraham à travers le personnage de Willie.

Lincoln In The Bardo est le premier roman de George Saunders, qui n’est pourtant pas un inconnu des lettres américaines, au contraire.

Ce « master of short stories » (maître de la nouvelle) est très réputé pour ses écrits courts outre-atlantique. Ce roman était donc très attendu et a reçu un bel accueil à sa sortie l’hiver dernier, en devenant immédiatement un best-seller aux Etats-Unis.

George Saunders, né en 1958, n’a pas toujours écrit que des fictions… : son premier métier c’est rédacteur technique en géophysique d’exploration. Dans les années 90, il commence à rédiger des histoires d’abord pour le plaisir, et sur son temps de travail, ce qui explique le choix d’histoires courtes qui n’interféraient alors pas trop avec ses ennuyeux rapports à rendre.

Il se lance ensuite dans le journalisme, puis consacre très vite tout son temps libre à l’écriture et finit par en vivre.

Son premier ouvrage, CivilWarLand in Bad Decline paraît en 1996. Il écrit ensuite 7 autres recueils de nouvelles avant de s’attaquer à Lincoln In The Bardo. Parmi eux, Pastoralia en 2000, ou Tenth of December : stories en 2013. Il n’est pas beaucoup traduit en français mais ce dernier livre et a été publié chez nous aux éditions de l’Olivier en 2015, sous le titre de « Dix Décembre » , traduit par Olivier Deparis. Ses nouvelles abordent en général les thèmes de la société de consommation et évoquent une satire de l’Amérique.

 

Pourquoi c’est bien ?

Dans  Lincoln In The Bardo , George Saunders aborde donc le thème de la mort, de l’au-delà et du lâcher-prise, des sujets qu’il a déjà abordés auparavant dans ses recueils de nouvelles par petites touches dans plusieurs histoires,  par le biais de certains personnages, des fantômes, qui se demandent pourquoi ils sont là, et ont du mal à accepter leur mort.

Mais à un degré plus élevé, on peut voir dans ce livre, une évocation des morts de la Guerre de Sécession et de l’empathie que Lincoln a pu éprouver pour ses soldats, à travers le deuil de son fils.

La question de la mort et de ce qu’il y a après obsède beaucoup George Saunders, et ce roman est en quelque sorte un condensé de tout le talent de Saunders qui sait habilement combiner l’humour et la noirceur. 

 

 

La mort tournée en dérision

Si le livre est centré sur la mort, et la façon dont l’être humain peut se trouver dans le déni de ce qui va lui arriver, il est peuplé de personnages hauts en couleurs. Certains ont connu une mort violente, d’autres plutôt drôle, et leur recul sur ce qui leur est arrivé, la façon qu’ils ont de le raconter est parfois hilarante.  

 

Les personnages ont tous raté quelque chose, manqué des opportunités… Ils se plaignent de leur condition, ne se remettent pas de leur décès, n’y croient pas pour la plupart…La solitude et l’égoisme de certains d’entre eux reflètent nos préoccupations de tous les jours, nos défauts, nos craintes les plus extrêmes.

 

On y rencontre un ancien soldat, un révérend déshonoré, un monsieur qui s’est pris le plafond sur la tête alors qu’il allait consommer son mariage, un chasseur d’ours… bref une belle galerie de personnages.

 

En fait c’est un cimetière qui prend vie et c’est bien là toute l’originalité du concept…

 

Le deuil de la nation

La famille Lincoln, Willie est le deuxième en partant de la gauche.

La Guerre de Sécession aura duré 4 ans (entre 1861 et 1865) et aura fait au total plus de 615.000 morts dans les deux camps : les partisans de l’Union et les Confédérés.

La perte de Willie coïncide avec les premiers mois de cette guerre civile, qui fit tomber très vite des centaines de soldats, dont les propres frères de Mary, la femme d’Abraham Lincoln. La période est donc très difficile pour le président américain qui se sent responsable de la perte de son fils, de ses beaux-frères, et des centaines d’adolescents arrachés à leurs parents, pendant le conflit.

 

Les corps s’empilent au fur et à mesure des batailles et des milliers de familles américaines se retrouvent en deuil du jour au lendemain.

 

Lorsque Lincoln se rend sur la tombe de Willie, il ne pleure donc pas seulement la mort de son fils, mais celle de tous « ses » fils : les soldats, qu’ils soient nordistes ou sudistes. Le livre de George Saunders nous permet de comprendre à quel point il fut compliqué pour Abraham Lincoln de retrouver l’envie et le courage de diriger ses troupes au milieu de tous ces fantômes.

 

On le comprend encore mieux lorsque les esprits essaient de le convaincre de s’éloigner du cimetière, de laisser Willie partir, comme une façon de le pousser vers  la « lumière » et de le convaincre de résister aux épreuves. Tandis que lui, réalise que son chagrin est universel, et que d’autres familles sont en train de vivre la même chose que lui.

His mind was freshly inclined toward sorrow,” (…) “toward the fact that the world was full of sorrow, that everyone labored under some burden of sorrow; that all were suffering; that whatever way one took in this world, one must try to remember that all were suffering (none content; all wronged, neglected, overlooked, misunderstood), and therefore one must do what one could to lighten the load of those with whom one came into contact; that his current state of sorrow was not uniquely his, not at all, but, rather, its like had been felt, would yet be felt, by scores of others, in all times, in every time, and must not be prolonged or exaggerated, because, in this state, he could be of no help to anyone and, given that his position in the world situated him to be either of great help or great harm, it would not do to stay low, if he could help it.

Une forme inédite et déconcertante

L’ambiance du livre est tout à fait unique et fantastique, c’est aussi grâce à la forme ultra-originale du texte de Saunders , qui accompagne ce folklore de personnages.

Extrait de « Lincoln In The Bardo » par George Saunders

On croit tenir dans les mains un scénario, voire une pièce de théâtre : les dialogues s’enchaînent, les esprits vont et viennent, racontent leur histoire chacun leur tour, et il y a en fait très peu de passages qui ne soient pas « parlés ».

Il faut vraiment passer les trente premières pages pour apprécier l’oeuvre : on entre complètement déconcerté par cette histoire, comme si l’on ouvrait un plan sans rien comprendre à la route. Lorsqu’on entend « roman » on pense « histoire », « prose », « construction des personnages », rien de tout ça ici, rien n’est conforme à ce que l’on peut attendre d’un roman sur Abraham Lincoln ou sa famille.

 

Plus de 150 personnages vont peupler le cimetière de Oak Hill, ainsi que notre cerveau, puisqu’il est très compliqué de gérer toutes ces voix qui s’expriment les unes après les autres, voire en même temps.

 

C’est là que réside le tour de force de ce roman : amener le lecteur dans une histoire construite, y introduire de l’émotion, des sentiments, de la réflexion et beaucoup de créativité, mais par le biais d’une construction théâtrale, voire cinématographique.

 

Pour couronner le tout, George Saunders s’amuse beaucoup avec les références historiques : il source à peu près toutes ses descriptions … mais certaines références sont complètement fausses et inventées. Au lecteur de s’y retrouver !

 

C’est donc un Man Booker Prize mérité, populaire et pointu en même temps. Vous pouvez d’ailleurs retrouver les autres nommés par ici.

C’est la deuxième année de suite qu’un américain est couronné du Man Booker, même si cela ne fait que quatre ans que le prix est ouvert aux auteurs d’origine américaine. Beaucoup pensaient donc que le prix reviendrait à un ou une britannique cette année, afin de calmer les esprits, surtout ceux qui n’étaient pas ravis de l’ouverture du prix à un plus vaste panel d’auteurs.

Livre trop populaire, auteur non-britannique, bref rien n’était joué pour George Saunders bien qu’il soit parti favori… comme quoi en France, en Grande-Bretagne ou ailleurs, personne ne peut prévoir le résultat d’un prix littéraire… de toute façon peu importe, ce qui compte c’est de lire ce qui vous plaît…!

Sachez néanmoins si vous désirez vous lancer dedans, que le livre audio de Lincoln In The Bardo est très sympa : les 160 personnages sont joués par différents acteurs comme David Sedaris, Lena Dunham, ou encore Ben Stiller. George Saunders lui-même, participe…

Et pour ceux qui ne voudraient pas s’y risquer en V.O, sachez qu’il sortira l’année prochaine chez Fayard en français.

 

Happy reading 😉 !

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Fiona McFarlane, gagnante de l' IDTP 2017
Prix

Fiona McFarlane remporte l’International Dylan Thomas Prize 2017

Le recueil de nouvelles The High Places par Fiona McFarlane a donc remporté le prestigieux International Dylan Thomas Prize, qui récompense de jeunes auteurs.

Je vous avais parlé de la shortlist il y a quelques semaines et le gagnant a été annoncé le 10 mai dernier au Pays de Galles, à la Swansea University, partenaire de la remise du prix.

International Dylan Thomas Prize 2017 – Shortlist

 

 

Qui est Fiona McFarlane ?

Elle est australienne , âgée de 39 ans (âge limite pour participer au concours), et possède déjà plusieurs récompenses puisque son premier roman The Night Guest (VF: « L’invité Du Soir », traduit par  Carine Chichereau, éd. L’Olivier) avait été saluée par la critique. Il a reçu le  Voss Literary Prize et le Barbara Jefferis Award en 2014.

Elle a l’habitude de publier ses nouvelles dans des revues telles que The New Yorker, Zoetrope: All-Story, The Missouri Review. 

Elle est souvent comparée à Flannery O’Connor, ou Patricia Highsmith. Fan depuis l’enfance du poète Dylan Thomas, inspirateur du prix, elle doit être d’autant plus flattée de cette récompense.

Fiona McFarlane a étudié notamment à Cambridge et à l’Université du Texas à Austin aux Etats-Unis, et vit actuellement dans sa ville d’origine : Sydney en Australie. Elle est donc une lauréate qui illustre parfaitement le caractère international de ce prix qui récompense un jeune auteur anglophone, par une bourse de 30.000 £.

Pour l’anecdote, Fiona McFarlane est la seconde australienne à avoir remporté le Dylan Thomas Prize : en 2008, son ami l’écrivain Nam Le avait été choisi par le jury pour un recueil de nouvelles.

 

The High Places

The High Places – Fiona McFarlane

Ce livre est une collection de 13 nouvelles. Il a été publié par les éditions Farrar, Straus, Giroux aux Etats-Unis et les éditions Sceptre au Royaume-Uni.

Ces histoires nous transportent aux quatre coins du monde, en explorant les frontières de l’émotionnel chez des personnages hauts en couleur. Dans “Good News for Modern Man”, on part à la découverte d’un scientifique qui vit sur une petite île avec pour seule compagnie le fantôme de Charles Darwin ; dans la nouvelle qui donne son titre au recueil, un fermier australien essaye de combattre la sécheresse en utilisant des méthodes tirées de l’Ancien Testament.
Fiona McFarlane parvient à disséquer les sentiments humains avec brio et a été saluée par les juges pour ses histoires « étourdissantes » et « inoubliables ».
Ils ont parlé d’une oeuvre « mature » qui met en valeur « des personnages et des lieux uniques ».
Cette récompense est donc une très bonne nouvelle pour Fiona McFarlane qui vit uniquement de sa plume et travaille actuellement sur un second roman.
Happy reading 😉 !

 

 

Articles traduits

Barack Obama, le président qui lisait.

Alors que le monde entier s’apprête à écouter le discours d’investiture du 45ème président des Etats-Unis, Donald J.Trump, Barack Obama quitte le pouvoir sur une vraie note littéraire. Le président sortant a accordé sa dernière longue interview dans la presse à la plus grande critique littéraire américaine : Michiko Kakutani (@michikokakutani), du New York Times. 

Continue Reading

Photo cover Autumn by Ali Smith
Articles traduits, News

L’ « Observer » (supplément week-end du Guardian) a rencontré Ali Smith, qui publie « Autumn » son 8ème roman – Traduction.

En Grande-Bretagne chaque sortie d’un livre d’Ali Smith est un événement. Elle est moins connue chez nous, où seulement quatre de ses livres ont été publiés en français. 

Née en 1962, elle est écossaise mais vit aujourd’hui à Cambridge. 

Elle publie son premier recueil de nouvelles en 1995 : « Free Love and Other Stories«  . Elle remporte alors le Saltire First Book of the Year Award. Depuis sa cote auprès des lecteurs n’a pas cessé de grimper et les récompenses pleuvent ! Elle fait des allers-retours entre les nouvelles et le roman. Son premier roman « Like » est sorti en 1997. Suivront « Hotel World« , « The Accidental« , « There but for The« , et « How To Be Both« , le dernier paru, en 2014. 

Certains la qualifient de digne héritière de Virginia Woolf, en tout cas sa langue est riche, elle n’hésite pas à jouer avec les perspectives à la manière d’un peintre. Elle couvre toujours des thèmes ambitieux mais avec souvent une pointe d’humour. Elle s’égare parfois dans les jeux de mots et l’imagination. 

En 2015 elle a été faite Commandeur de l’Ordre de l’Empire Britannique. 

« Autumn » est sorti le 20 octobre dernier, est sera le premier roman d’une série de quatre (comme les quatre saisons mais est-ce bien utile de le préciser…) . Il s’agit du premier livre « post-Brexit ». Le roman est ambitieux : il se veut une analyse sociale et une méditation sur 2016, cette année presque écoulée. Et cette prise de distance passe par des personnages : Daniel est centenaire, sa voisine Elisabeth née en 1984 a l’avenir devant elle, dans un pays divisé par le référendum et laissé en pièces juste avant l’été. 

L’histoire de cette amitié possède en vérité plusieurs couches et de flashback en flashback, Ali Smith essaie de comprendre la société d’aujourd’hui : ces murs, ces barrières, qui se dressent petit à petit entre les peuples, ces divisions qui rendent fou…et le temps qui passe. (Je vous laisse apprécier le « see you next week » sur la page de garde ;))

Dédicace d'Ali Smith au début de son livre: "see you next week"

« See you next week »

 

 

Traduction (libre) de l’article d’Olivia Laing, daté du 16 octobre 2016 et paru dans The Observer (édition du dimanche du Guardian).

Ali Smith dans son jardin

Ali Smith chez elle à Cambridge, Octobre 2016 – Photo: Antonio Olmos pour l’Observer

Chez Ali Smith, la porte d’entrée est entrouverte. Elle vit à Cambridge, dans une maison, presque à l’abri des regards, au milieu d’un lotissement de cottages victoriens. Les jardins se font face, les barrières ayant été retirées depuis longtemps. Nous sommes à la fin du mois de septembre, et le pommier qu’elle aime tant est encore chargé de fruits. Un pull vert jeté sur ses épaules, elle me fait signe de monter la rejoindre jusqu’à son studio pour admirer un dernier rayon de soleil.

Continue Reading

Critiques

« The Little Red Chairs » par Edna O’Brien

The Little Red Chairs est le 24 ème livre d’Edna O’Brien, romancière irlandaise, âgée aujourd’hui de 85 ans. Publié l’année dernière en version originale, il paraîtra en septembre prochain en France chez Sabine Wespieser éditeur  sous le titre Les petites Chaises Rouges.
Le coeur du livre est consacré au Mal avec un grand « M » : comment un homme au passé trouble peut-il chambouler la vie d’un petit village reculé ? Et plus particulièrement d’une habitante, dont la vie va se trouver dévastée par cette rencontre…

Qui est Edna O’Brien ?

Portrait d'Edna O'Brien

Edna O’Brien

Née le 15 décembre 1930 à Twamgraney en Irlande, Edna O’Brien fit scandale dans son pays en 1961 après la publication de son premier roman The Country Girls, 1ère partie d’une trilogie éponyme : les descriptions trop équivoques de la sexualité féminine, vaudront à ce premier livre et aux deux autres tomes de la trilogie d’être interdits en Irlande. Féministe, dans un pays conservateur, catholique et nationaliste, elle fut comparée immédiatement à d’autres grands auteurs irlandais considérés comme sulfureux et provocateurs, James Joyce ou Frank O’Connor. Comme eux elle contribuera à alimenter le révisionnisme culturel irlandais.

Malgré une éducation catholique assez stricte, elle se maria en 1952, après avoir obtenu son diplôme de pharmacienne, eu deux enfants, mais divorça au milieu des années 60, son couple n’ayant pas survécu au succès de The Country Girls. Elle se consacrera ensuite entièrement à ses livres, nouvelles et pièces de théâtre. Parmi ses succès on trouve : A Pagan Placeen 1970 (en français Les Païens d’Irlande, chez Gallimard) ; House of Splendid Isolation, en 1994 (en français La Maison du splendide isolement, chez Fayard) ; Down by the River , en 1998 (Tu ne tueras point, chez Fayard) ; The Light of Evening, 2006 (en français Crépuscule irlandais chez Sabine Wespieser).

Elle écrivit également en 1981, une pièce intitulée Virginia consacrée à Virginia Woolf, et prît goût à la biographie avec des travaux sur James Joyce ou Lord Byron.

Récompensée à de multiples reprises par des prix littéraires, elle est notamment lauréate de l’ Irish PEN Lifetime Achievement Award, le Kingsley Amis Award ou encore du Los Angeles Times Book Prize.

Elle réside aujourd’hui à Londres.

 

« The Little Red Chairs »

Tolstoï disait qu’il ne pouvait y avoir que deux bonnes histoires dans le monde : « Un Homme en voyage », ou « Un Etranger arrive en Ville ». C’est après avoir entendu cette citation de la bouche du réalisateur qui la filmait pour un documentaire, qu’Edna O’Brien trouva l’inspiration pour écrire The Little Red Chairs, son dernier roman, et le premier depuis 10 ans¹.

The Little Red Chairs by Edna O' Brien (Faber & Faber)

The Little Red Chairs by Edna O’ Brien (Faber & Faber)

Vladimir Dragan débarque à Cloonoila, un petit village irlandais sans histoire, se faisant passer pour un thérapeute sexuel et guérisseur tout droit venu du Montenegro.
Il s’installe et monte son cabinet, suscitant la curiosité des habitants, et l’inquiétude des religieux du coin. De son côté Fidelma, la quarantaine, mariée à Jack désespère depuis des années de tomber enceinte. Elle a pourtant tout essayé mais rien n’y fait. Sa rencontre avec avec « Vlad » va lui porter « chance » ou du moins le croit-elle, puisqu’ils iront tous les deux jusqu’à louer une chambre d’hôtel afin de concrétiser le rêve de Fidelma, qui trompera ainsi Jack pour une seule nuit.
Fidelma enceinte de quelques jours se réjouit, même si les remords d’avoir trompé son mari la rongent. Mais quelques jours plus tard le malheur s’abat sur elle : Vlad est arrêté lors d’une excursion en bus, et sous les yeux des villageois ébahis, accusé de crimes de guerre. Il s’avère que le docteur « Vlad » aurait commis des atrocités pendant la guerre des Balkans. Il est en fait l’un des derniers criminels de guerre les plus recherchés au monde.
Le docteur à peine arrêté, un gang de migrants d’Europe de l’Est venu régler son compte à Vladimir, trouve en Fidelma sa victime idéale. Après tout, le « docteur » étant aux mains de la Justice, Fidelma servira de punching-ball aux jeunes hommes assoiffés de vengeance. Agressée, violée, torturée, Fidelma quitte le village pour Londres et commence un long voyage et une nouvelle vie, cumulant les petits boulots jusqu’à retrouver Vlad au Tribunal de la Haye

La lecture de ce roman magistral ne nous laisse pas indemne. C’est une oeuvre ambitieuse, admirable une fiction qui nous replonge dans les horreurs des années 90, un magnifique conte qui tourne mal.

Continue Reading

News

Un manuscrit de Sherlock Holmes estimé à 375.000 Euros

Le brouillon de la nouvelle « The Case of the Greek Interpreter« , rédigée par Sir Arthur Conan Doyle en 1893 pourrait atteindre les 375.000 euros, lors d’une vente aux enchères chez Bonhams le 11 avril prochain à New York.

Cette histoire dans laquelle on rencontre pour la première fois le frère de Sherlock Holmes, Mycroft, a été publiée à sa sortie par The Strand Magazine ou encore Harper’s Weekly. Elle fait également partie des douze histoires publiées sous le titre « The Memoirs of Sherlock Holmes« .

Photo du manuscrit de Conan Doyle pour l'aventure de Sherlock Holmes, "The adventure of the Greek Interpreter"

Manuscript for Conan Doyle’s The Adventure of the Greek Interpreter

 

Au sein de cette vente on trouvera également plusieurs autres feuillets signés de la main du papa de Sherlock Holmes comme un extrait de « The Hound of The Baskervilles » la plus célèbre des histoires du détective anglais. Une page d’autant plus précieuse qu’elle serait l’un des seules feuilles restantes du manuscrit original du livre. Les autres ayant été volées ou dispersées lors de l’opération de promotion du roman. Elle est estimée entre 87.000 et 137.000 euros.  Cette page possède encore plus de valeur aux yeux des collectionneurs puisqu’elle relate une conversation entre Holmes et Watson à propos de l’affaire.

 

Cette vente aux enchères intitulée  « Fine Literature » proposera également des manuscrits de Jack Kerouac, de Jack London ou Henry Miller.

 

Books short-list International Dylan Thomas Prize
News, Prix

International Dylan Thomas Prize : la short-list

Ils sont 6 auteurs à figurer dans la short-list de l’ International Dylan Thomas Prize qui récompense la nouvelle génération d’auteurs anglophones.

  • Claire Louise-Bennet (Wiltshire, England) : « Pond », Fitzcarraldo Editions. 
  • Max Porter (London, England) : « Grief is the Thing with Feathers », Faber & Faber.
  • Tania Jones (Washington, USA) : « The Tusk that Did the Damage », Harvill Secker [UK] / Alfred A. Knopf [US]
  • Andrew McMillan (Manchester, England) : « Physical », Jonathan Cape.
  • Frances Leviston (Edinburgh, Scotland) : « Disinformation », Picador.
  • Sunjeev Sahota (Sheffield, England) : « The Year of the Runaways », Picador.

(De gauche à droite sur la photo)

12182770_1051336891592235_3365076485528591021_o

Ce prix, créé en hommage au poète gallois Dylan Thomas, vise les ouvrages de fiction, de poésie ou encore de nouvelles, écrits par des auteurs âgés de moins de 39 ans (l’âge de la mort de Dylan Thomas).

Dans cette liste figurent deux ouvrages de poésie (Disinformation et Physical), une novella (Grief is the Thing with Feathers), un recueil de nouvelles (Pond), et deux romans (The Tusk that Did the Damage et The Year of the Runaways).

A noter qu’Andrew Mc Millan a déjà remporté le Guardian First Book Award en 2015 pour Physical. 

Sunjeev Sahota, lui, était dans la short-lit du Man Booker Prize l’année dernière avec « The Year of the Runaways »

Le grand gagnant sera dévoilé le 16 mai prochain, et il ou elle remportera un chèque de 30.000£ ( à peu près 46.000 euros).

Le nom du ou de la gagnant(e) sera annoncée sur Eponine & Azelma bien évidemment !