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Lincoln In The Bardo de George Saunders, gagnant du Man Booker Prize 2017

Si le Prix Goncourt 2017 a déjoué tous les pronostics des critiques littéraires, des lecteurs, et des libraires d’ailleurs, prouvant ainsi que les favoris n’arrivent pas toujours sur le podium, le Man Booker Prize a fait totalement l’inverse cette année !

La victoire de George Saunders, avec Lincoln In The Bardo, récompense un livre déjà best-seller dans tous les pays où il a été publié : il était l’un des favoris cette année, avec Autumn d’Ali Smith. La popularité de ce récit est d’autant plus étonnante qu’il n’est pas si facile à aborder… mais les anglo-saxons sont plutôt téméraires lorsqu’il s’agit de récompenses, et la forme de l’ouvrage est sûrement ce qui lui a permis de sortir du lot.

Man Booker Prize Winner : Lincoln In The Bardo par George Saunders (éd. Bloomsbury)

Lincoln In The Bardo par George Saunders – Gagnant du Man Booker Prize 2017 (éd. Bloomsbury)

Ça raconte quoi ?

Lincoln In The Bardo, littéralement Lincoln dans le Bardo, a bien pour protagoniste le président américain Abraham Lincoln… mais ce n’est pas lui qui se retrouve dans le « bardo », c’est son fils Willie, âgé de 12 ans.

 

Nous sommes en février 1862, un an après le début de la Guerre de Sécession, et le petit Willie Lincoln meurt de la fièvre typhoïde. Les époux Lincoln sont inconsolables, à tel point qu’Abraham décide de veiller le corps de son fils dans la crypte du cimetière Oak Hill à Gerogetown, où Willie doit être enterré. Il y passe des heures, tenant le corps sans vie de son fils dans ses bras.

Willie n’est plus, mais son esprit rôde dans le cimetière, et il assiste à la scène touchante de son père ne lâchant pas son corps en le pleurant. Willie est en fait coincé dans le « bardo » : mot tibétain qui désigne cet état transitionnel entre la mort et la renaissance, entre le moment ou l’esprit quitte le corps et son élévation vers un hypothétique « ailleurs ».

 

Il n’est pas seul : ils sont des dizaines d’esprits à peupler le cimetière en attendant de passer « de l’autre côté ». La plupart de ces fantômes sont dans un état de déni par rapport à leur mort : ils se croient simplement malades, désignant même leurs cercueils comme des « boîtes à malades » (« sick-boxes »). On les entend tous les uns après les autres, ils se succèdent et s’invitent dans l’histoire, formant un roman choral complètement fou.

Emus et impressionnés par le tableau du président américain tenant le corps de son enfant dans ses bras, les esprits veulent s’occuper de Willie qui, lui, refuse obstinément de partir : il attend sur sa tombe, les jambes croisés, que son père revienne le voir.

 

Mais rester trop longtemps dans cet état transitionnel n’est pas bon pour les jeunes esprits : les anciens lui apprennent que s’il ne part pas au plus vite vers l’au-delà, il se détériorera : il sera emportée par des âmes damnées et sa conscience sera dégradée.

Deux des acolytes de Willie , les fantômes Hans Vollman et Roger Bevins III, vont alors prendre les choses en main et tenter de retrouver Abraham Lincoln, essayer de le ramener dans la crypte en pénétrant son esprit, afin qu’il puisse enfin dire au revoir à son fils une dernière fois, et le convaincre de passer de l’autre côté…

 

Qui est George Saunders ?

George Saunders avec son livre, ‘Lincoln in the Bardo’ à Londres le 17 octobre 2017.

George Saunders est parti d’une anecdote qui lui a été rapportée par un membre de sa famille il y a déjà une vingtaine d’années : la veillée du corps de Willie Lincoln par son père au soir de sa mort. Impossible de savoir si l’histoire est vraie, les historiens ne sont pas d’accord sur le sujet. En tout cas ce qui est sûr c’est que le président américain a beaucoup pleuré son fils qu’il adorait, alors qu’au moment de son décès, il vit dans un contexte politique compliqué, embourbé dans la Guerre Civile.

 

On a déjà tout écrit sur Abraham Lincoln, la figure américaine à qui est consacrée un nombre incalculable de biographies, il s’agissait donc pour George Saunders de relever un défi :  écrire sur Abraham à travers le personnage de Willie.

Lincoln In The Bardo est le premier roman de George Saunders, qui n’est pourtant pas un inconnu des lettres américaines, au contraire.

Ce « master of short stories » (maître de la nouvelle) est très réputé pour ses écrits courts outre-atlantique. Ce roman était donc très attendu et a reçu un bel accueil à sa sortie l’hiver dernier, en devenant immédiatement un best-seller aux Etats-Unis.

George Saunders, né en 1958, n’a pas toujours écrit que des fictions… : son premier métier c’est rédacteur technique en géophysique d’exploration. Dans les années 90, il commence à rédiger des histoires d’abord pour le plaisir, et sur son temps de travail, ce qui explique le choix d’histoires courtes qui n’interféraient alors pas trop avec ses ennuyeux rapports à rendre.

Il se lance ensuite dans le journalisme, puis consacre très vite tout son temps libre à l’écriture et finit par en vivre.

Son premier ouvrage, CivilWarLand in Bad Decline paraît en 1996. Il écrit ensuite 7 autres recueils de nouvelles avant de s’attaquer à Lincoln In The Bardo. Parmi eux, Pastoralia en 2000, ou Tenth of December : stories en 2013. Il n’est pas beaucoup traduit en français mais ce dernier livre et a été publié chez nous aux éditions de l’Olivier en 2015, sous le titre de « Dix Décembre » , traduit par Olivier Deparis. Ses nouvelles abordent en général les thèmes de la société de consommation et évoquent une satire de l’Amérique.

 

Pourquoi c’est bien ?

Dans  Lincoln In The Bardo , George Saunders aborde donc le thème de la mort, de l’au-delà et du lâcher-prise, des sujets qu’il a déjà abordés auparavant dans ses recueils de nouvelles par petites touches dans plusieurs histoires,  par le biais de certains personnages, des fantômes, qui se demandent pourquoi ils sont là, et ont du mal à accepter leur mort.

Mais à un degré plus élevé, on peut voir dans ce livre, une évocation des morts de la Guerre de Sécession et de l’empathie que Lincoln a pu éprouver pour ses soldats, à travers le deuil de son fils.

La question de la mort et de ce qu’il y a après obsède beaucoup George Saunders, et ce roman est en quelque sorte un condensé de tout le talent de Saunders qui sait habilement combiner l’humour et la noirceur. 

 

 

La mort tournée en dérision

Si le livre est centré sur la mort, et la façon dont l’être humain peut se trouver dans le déni de ce qui va lui arriver, il est peuplé de personnages hauts en couleurs. Certains ont connu une mort violente, d’autres plutôt drôle, et leur recul sur ce qui leur est arrivé, la façon qu’ils ont de le raconter est parfois hilarante.  

 

Les personnages ont tous raté quelque chose, manqué des opportunités… Ils se plaignent de leur condition, ne se remettent pas de leur décès, n’y croient pas pour la plupart…La solitude et l’égoisme de certains d’entre eux reflètent nos préoccupations de tous les jours, nos défauts, nos craintes les plus extrêmes.

 

On y rencontre un ancien soldat, un révérend déshonoré, un monsieur qui s’est pris le plafond sur la tête alors qu’il allait consommer son mariage, un chasseur d’ours… bref une belle galerie de personnages.

 

En fait c’est un cimetière qui prend vie et c’est bien là toute l’originalité du concept…

 

Le deuil de la nation

La famille Lincoln, Willie est le deuxième en partant de la gauche.

La Guerre de Sécession aura duré 4 ans (entre 1861 et 1865) et aura fait au total plus de 615.000 morts dans les deux camps : les partisans de l’Union et les Confédérés.

La perte de Willie coïncide avec les premiers mois de cette guerre civile, qui fit tomber très vite des centaines de soldats, dont les propres frères de Mary, la femme d’Abraham Lincoln. La période est donc très difficile pour le président américain qui se sent responsable de la perte de son fils, de ses beaux-frères, et des centaines d’adolescents arrachés à leurs parents, pendant le conflit.

 

Les corps s’empilent au fur et à mesure des batailles et des milliers de familles américaines se retrouvent en deuil du jour au lendemain.

 

Lorsque Lincoln se rend sur la tombe de Willie, il ne pleure donc pas seulement la mort de son fils, mais celle de tous « ses » fils : les soldats, qu’ils soient nordistes ou sudistes. Le livre de George Saunders nous permet de comprendre à quel point il fut compliqué pour Abraham Lincoln de retrouver l’envie et le courage de diriger ses troupes au milieu de tous ces fantômes.

 

On le comprend encore mieux lorsque les esprits essaient de le convaincre de s’éloigner du cimetière, de laisser Willie partir, comme une façon de le pousser vers  la « lumière » et de le convaincre de résister aux épreuves. Tandis que lui, réalise que son chagrin est universel, et que d’autres familles sont en train de vivre la même chose que lui.

His mind was freshly inclined toward sorrow,” (…) “toward the fact that the world was full of sorrow, that everyone labored under some burden of sorrow; that all were suffering; that whatever way one took in this world, one must try to remember that all were suffering (none content; all wronged, neglected, overlooked, misunderstood), and therefore one must do what one could to lighten the load of those with whom one came into contact; that his current state of sorrow was not uniquely his, not at all, but, rather, its like had been felt, would yet be felt, by scores of others, in all times, in every time, and must not be prolonged or exaggerated, because, in this state, he could be of no help to anyone and, given that his position in the world situated him to be either of great help or great harm, it would not do to stay low, if he could help it.

Une forme inédite et déconcertante

L’ambiance du livre est tout à fait unique et fantastique, c’est aussi grâce à la forme ultra-originale du texte de Saunders , qui accompagne ce folklore de personnages.

Extrait de « Lincoln In The Bardo » par George Saunders

On croit tenir dans les mains un scénario, voire une pièce de théâtre : les dialogues s’enchaînent, les esprits vont et viennent, racontent leur histoire chacun leur tour, et il y a en fait très peu de passages qui ne soient pas « parlés ».

Il faut vraiment passer les trente premières pages pour apprécier l’oeuvre : on entre complètement déconcerté par cette histoire, comme si l’on ouvrait un plan sans rien comprendre à la route. Lorsqu’on entend « roman » on pense « histoire », « prose », « construction des personnages », rien de tout ça ici, rien n’est conforme à ce que l’on peut attendre d’un roman sur Abraham Lincoln ou sa famille.

 

Plus de 150 personnages vont peupler le cimetière de Oak Hill, ainsi que notre cerveau, puisqu’il est très compliqué de gérer toutes ces voix qui s’expriment les unes après les autres, voire en même temps.

 

C’est là que réside le tour de force de ce roman : amener le lecteur dans une histoire construite, y introduire de l’émotion, des sentiments, de la réflexion et beaucoup de créativité, mais par le biais d’une construction théâtrale, voire cinématographique.

 

Pour couronner le tout, George Saunders s’amuse beaucoup avec les références historiques : il source à peu près toutes ses descriptions … mais certaines références sont complètement fausses et inventées. Au lecteur de s’y retrouver !

 

C’est donc un Man Booker Prize mérité, populaire et pointu en même temps. Vous pouvez d’ailleurs retrouver les autres nommés par ici.

C’est la deuxième année de suite qu’un américain est couronné du Man Booker, même si cela ne fait que quatre ans que le prix est ouvert aux auteurs d’origine américaine. Beaucoup pensaient donc que le prix reviendrait à un ou une britannique cette année, afin de calmer les esprits, surtout ceux qui n’étaient pas ravis de l’ouverture du prix à un plus vaste panel d’auteurs.

Livre trop populaire, auteur non-britannique, bref rien n’était joué pour George Saunders bien qu’il soit parti favori… comme quoi en France, en Grande-Bretagne ou ailleurs, personne ne peut prévoir le résultat d’un prix littéraire… de toute façon peu importe, ce qui compte c’est de lire ce qui vous plaît…!

Sachez néanmoins si vous désirez vous lancer dedans, que le livre audio de Lincoln In The Bardo est très sympa : les 160 personnages sont joués par différents acteurs comme David Sedaris, Lena Dunham, ou encore Ben Stiller. George Saunders lui-même, participe…

Et pour ceux qui ne voudraient pas s’y risquer en V.O, sachez qu’il sortira l’année prochaine chez Fayard en français.

 

Happy reading 😉 !

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

News

Harry Potter and The Philosopher’s Stone : le 1er tome de la saga fête ses 20 ans !

« Mr and Mrs Dursley, of number four, Privet Drive, were proud to say that they were perfectly normal, thank you very much. »

L’incipit le plus célèbre de toute la littérature jeunesse a aujourd’hui 20 ans : le 26 juin 1997, 500 copies de Harry Potter and The Philosopher’s Stone par J.K Rowling furent mises en vente au Royaume-Uni, dans une indifférence relative, avant que la magie n’opère en quelques semaines.

En juin 1997, les français écoutent Ricky Martin qui cartonne avec « Maria », ou Pascal Obispo qui court après une certaine « Lucie ». Les frères Hanson chantent « Mmbop », et les 2Be3 possédent deux singles dans le Top 50 des ventes… Gustavo Kuerten remporte son premier Roland Garros, et dans les salles obscures on fait la queue pour aller voir La Vérité Si Je Mens  ou Le Cinquième Elément.

De l’autre côté de la Manche, on écoute le 3ème album d’Oasis, Radiohead, Les Cardigans, et les Spice Girls qui préparent leur deuxième opus… et au cinéma on se presse devant ConAir et Batman & Robin.

Au chapitre de la littérature jeunesse, Beatrix Potter, Roald Dahl ou Rudyard Kipling occupent tranquillement depuis des lustres les premières places des tops des ventes.

Mais le petit Harry Potter, en embuscade, s’apprête à jeter un sort sur la pop culture du monde entier, et tous autant que nous étions à l’époque serons bientôt envahis par le phénomène : nous, nos enfants, nos neveux ou nièces, nos ados.

Entre 1997 et 1999, le premier tome des aventures de Harry Potter sera traduit dans le monde entier, et tous les enfants n’auront bientôt plus que ce prénom à la bouche.

Devenu symbole britannique, il a emporté tout le monde avec lui, dans un tourbillon de magie et ne cesse, encore à ce jour, de faire de nouveaux adeptes.

20 ans se sont écoulés depuis la publication du premier tome de ses aventures, et le Royaume-Uni va bien sûr fêter l’événement, ainsi que ses fans dans le monde entier.

 

Harry Potter and The Philosopher’s Stone : le parcours du combattant de J. K. Rowling

 

« Dad this is so much better than anything else ».

Ceci est la critique enthousiaste de la jeune, mais néanmoins visionnaire, Alice Newton, 8 ans en 1996, lorsqu’elle termine le manuscrit de Harry Potter and The Philosopher’s Stone.

Son père, Nigel Newton, n’est autre que le PDG de la petite maison d’édition Bloomsbury. Sur les conseils de Barry Cunningham, le responsable de la division Jeunesse, il emporte chez lui ce texte signée d’une certaine Joanne Rowling, complètement inconnue à l’époque, et le fait lire à sa fille qui le dévore instantanément.

L’histoire tourne autour d’un petit sorcier nommé Harry : orphelin, il est élevé par son oncle et sa tante qui ne l’apprécient pas beaucoup et le logent sous l’escalier, dans un placard. A l’occasion de son onzième anniversaire, Harry reçoit une lettre pour la première fois de sa vie : il est invité à rejoindre les rangs d’une école de sorciers, la plus prestigieuse au monde. Complètement déboussolé, il apprend alors que ses parents sont sorciers, et qu’ils sont morts en tentant de le protéger d’un mage noir nommé Voldemort.

Harry s’en est sorti vivant, avec une simple cicatrice sur le front. Il devient alors une célébrité dans le monde des Sorciers, et sera surnommé « the boy who lived » (« le garçon qui a survécu »). Son oncle et sa tante lui ont évidemment caché toute cette histoire, et il n’est au courant ni de son statut, ni de sa célébrité…

Après bien des embûches, Harry parvient à rejoindre Hogwarts (« Poudlard » en français) et y rencontre, entre autres, Hermione et Ron ses meilleurs amis avec qui il vivra de multiples aventures tout au long des 7 tomes de la saga.

Harry Potter – Harry Potter and The Philosopher’s Stone, illustrated edition (2015)

Après avoir lu l’histoire, sur les conseils de sa fille, et complètement convaincu du succès qu’il tient entre les mains Nigel Newton décide de miser sur ce petit garçon à lunettes.

Joanne Rowling reçoit alors le coup de fil qu’elle n’attendait plus : contre une avance de 2.500£, Bloomsbury devient l’éditeur le plus chanceux du monde, et Joanne peut réaliser son rêve et sortir de sa dépression. Après 22 refus de diverses maisons d’édition, elle peut enfin faire partager cette histoire qu’elle porte en elle depuis 7 ans.

 

 

De Joanne Rowling à J. K. Rowling

Avant d’arriver à apposer son nom sur la couverture de son livre, Joanne a essuyé de multiples revers.

En 1994, après un mariage raté au Portugal, Joanne Rowling rentre en Grande-Bretagne, sa fille âgée de quelques mois sous le bras. Sans emploi et mère célibataire, elle vit des allocations et sombre dans une terrible dépression. Elle s’était exilée à Porto en 1991 après la mort de sa mère, facteur déclencheur de sa maladie, mais n’est pas parvenue à construire une vie stable au Portugal.

J. K. Rowling

Elle arrive alors en Ecosse, à Edimbourg, où vit sa soeur, et tente tant bien que mal de retrouver des raisons de vivre. Parmi elles, cette histoire qu’elle rédige déjà depuis 4 ans par bribes : les aventures d’un petit garçon orphelin qui se trouverait plongé dans un monde de sorciers.

En 1990, alors qu’elle se trouvait dans un train reliant Manchester à Londres, Joanne qui a toujours eu une imagination fertile, et qui s’est toujours passionnée pour l’écriture, laisse son esprit vagabonder… Elle visualise soudain une idée de roman : un gamin nommé Harry qui découvrirait à l’aube de ses 11 ans, son appartenance à la communauté des sorciers. N’ayant même pas un crayon pour coucher ses pensées sur le papier, elle imagine alors les détails du livre ce qui l’occupera pendant tout le trajet. Elle pense immédiatement à une série qui tiendrait sur plusieurs années et élabore même déjà la fin.

Cette « illumination » qu’elle considérera toujours comme une chance incroyable, ne la quittera plus, et va se transformer en vrai manuscrit.

Livraria Lello – Librairie à Porto, Portugal

Joanne commence à travailler  sur son roman pendant son exil au Portugal, sur son temps libre. Elle enseigne le français et l’anglais, et sa petite fille ne lui laisse pas beaucoup de libertés pour se plonger complètement dans l’écriture. Mais elle s’y tient quand même et finit par rédiger trois chapitres entiers. La librairie Livraria Lello, à Porto, et son architecture magique, sera d’ailleurs son inspiration pour la description de Flourish and Blotts, là où nos petits sorciers se fournissent en bouquins dans les différents tomes.

C’est lorsqu’elle rentre en Ecosse, que, dépassée par sa dépression, elle réalise qu’elle doit se concentrer sur sa passion pour l’écriture pour s’en sortir : le temps est venu de mettre toute son énergie au bénéfice de cette histoire qui lui tient tant à coeur depuis ce fameux trajet en train quatre ans auparavant.

Joanne Rowling se sert aussi de cette activité comme d’une thérapie : dessiner le personnage de Harry, lui-même orphelin, lui permet de se vider de ses émotions et de transmettre sa tristesse à son personnage pour en faire quelque chose de positif. D’ailleurs, sa dépression lui servira plus tard lorsqu’elle créera les Détraqueurs : ces créatures qui apparaissent dans Harry Potter and The Prisoner of Azkaban se nourrissent exclusivement de la joie humaine, et les symptômes de sa maladie seront sa principale inspiration pour les décrire .

Parallèlement à l’écriture de son projet, elle reprend un travail : elle enseigne le français. L’horizon se dégage donc pour Joanne, qui, malgré tout, vit dans des conditions difficiles et a du mal à remonter totalement la pente. Elle s’accroche cependant à son rêve d’écrivain, et tente de finaliser son histoire afin de la faire éventuellement publier.

Elle squatte donc les cafés d’Edimbourg, dans lesquels elle se sent plus à l’aise pour écrire, et parvient à mettre un point final au roman.

Elle l’envoie à une multitude de maisons d’édition, les refus tombent en cascade, mais c’est finalement Bloomsbury qui va faire confiance à Joanne et Harry.

Harry Potter and The Philosopher’s Stone, 1ère édition – Bloomsbury

 

Joanne est au septième ciel, mais Barry Cunningham, le chef du département jeunesse, lui conseille de garder tout de même son travail : les livres pour enfants font rarement vivre leurs auteurs….

Pour que l’ouvrage rencontre son public, la maison met tout en oeuvre pour le publier dans les meilleures conditions : le titre évoquant un livre pour garçons, il sera décidé que le genre de l’auteur de devra pas apparaître sur la couverture, car les livres masculins ont plus de succès lorsqu’ils sont écrits par des hommes. Pour cacher son prénom féminin, Joanne choisit de ne garder que ses initiales et de rajouter un second prénom à son identité d’auteur, celui de sa grand-mère Kathleen : « J. K. Rowling » est née.

 

La machine s’emballe

Avant la sortie officielle, plusieurs exemplaires sont envoyés aux journalistes culturels des plus grands quotidiens nationaux. Les critiques sont élogieuses, la narration et le style sont salués, tout comme l’aboutissement des personnages. Ce succès d’estime sera accompagné de la plus belle récompense 6 mois plus tard : les louanges des enfants. Harry Potter and The Philosopher’s Stone recevra la médaille d’Or du Nestlé Children’s Book Prize, un prix décerné par les petits qui lisent eux-mêmes les oeuvres sélectionnées.

La saga Harry Potter – Bloomsbury

Le livre obtient alors une visibilité inespérée auprès des enfants et de leurs parents : 30.000 exemplaires seront vendus au cours de l’année et une multitude de récompenses viendront couronner le succès de J.K Rowling.

Le phénomène dépasse les frontières, et la France est la première à s’intéresser aux droits du livre, qui sort le 16 novembre 1998 chez Gallimard. Les Etats-Unis s’en mêlent et la maison américaine Scholastic rachète les droits du livre pour le publier Outre-Atlantique. C’est l’emballement général : Hollywood s’intéresse au petit sorcier, et les enfants du monde entier découvrent petit à petit l’univers du jeune Harry et de ses amis Hermione et Ron, au rythme de la sortie des traductions.

Comme disent les anglo-saxons, « the rest is history » : 7 livres au total au rythme de 1 par an, 450.000.000 d’exemplaires vendus dans le monde à ce jour, et 75 traductions (même en latin).

8 films ont été réalisés à partir des livres, une pièce de théâtre est venue s’ajouter à la saga l’année dernière, sans compter les histoires dérivées telles que la série des « Animaux Fantastiques ».

Loin d’être niais, le personnage principal, orphelin de ses parents, est un symbole de résilience. Sa résistance, sa détermination, sa droiture sont un exemple pour les enfants du monde entier, ainsi que pour les adultes. Quiconque aura souffert d’un deuil, pourra attester avoir trouvé dans la saga Harry Potter, une source, non seulement d’évasion, mais de réconfort, et un certain accompagnement.

Comme Tintin, Mickey Mouse, Sherlock Holmes, ou Astérix avant lui, Harry Potter devient alors un emblème, une icône, voire un refuge pour certains.

 

Une industrie transformée

Le monde de la littérature pour enfants sort complètement transfiguré de la vague Harry Potter.

Avant Harry, les ouvrages pour les jeunes (autour des 8-10 ans) tournaient autour de 180 pages. Impossible soit-disant de faire lire à un enfant, une aventure de plus de 200 feuilles ! C’est d’ailleurs la principale raison que donnaient les maisons d’édition à J.K. Rowling, à l’époque où son manuscrit lui revenait par la poste : le livre est trop long, l’idée d’une saga ne fonctionnera jamais.

Ce principe n’a pas survécu à la déferlante des énormes tomes de la série du petit sorcier : lorsqu’il s’agit d’Harry Potter, les enfants avalent des centaines de pages, et sont bien plus rapides que leurs parents à finir une histoire ! Lors des sorties des différents volumes, tous étaient capables d’attendre des heures pour récupérer le livre tant désiré, et peu importe le nombre de pages, ils pouvaient le dévorer dans la nuit.

La génération « Harry Potter » n’a pas eu besoin de coup de pouce des parents pour ouvrir un livre, et ça c’est une révolution !

 

Les maisons d’édition ont également découvert qu’il était possible de faire grandir un héros en même temps que les lecteurs : avant Harry Potter, lorsqu’un livre connaissait une suite, il s’agissait en général de la même histoire remaniée pour donner l’impression d’une nouvelle aventure. La saga Harry Potter a vraiment fait évoluer ses héros en même temps que son public : Harry a 11 ans dans Harry Potter and The Philosopher’s Stone, mais finira la série a l’âge de 18 ans. Ses aventures deviennent plus sombres, plus travaillées au fur et à mesure des années.

J.K. Rowling touche alors un public plus large : les enfants, mais aussi les adolescents et les adultes qui changent de tranche d’âge avec Harry.

J’ai moi-même découvert la saga Harry Potter en 2001, alors que j’étais en première année d’université, 3 ans après la sortie du premier tome en français. J’ai dévoré tous les tomes au fur et à mesure de leurs parutions alors que j’avais déjà 18 ans passés. Avec mes amies nous faisions tous les ans le pied de grue à minuit, le soir de la sortie des livres, pour être parmi les premières à les avoir ! J’ai lu Harry Potter de mes 18 ans jusqu’à mes 21/22 ans et je les relis tous régulièrement !

La file d’attente devant une librairie Waterstones à Londres, lors de la sortie de Harry Potter and the Order of The Phoenix – Getty Images

 

Au-delà du plaisir de la lecture, J. K. Rowling a réussi à déclencher une excitation et un amour des livres et des histoires chez des millions d’enfants.

Harry Potter and The Philosopher’s Stone a tout simplement respecté ses lecteurs : des personnages bien construits, des intrigues fouillées et bien ficelées, des problématiques qui peuvent toucher absolument tout le monde. Le talent narratif de J. K. Rowling et le scénario de chaque épisode ont fait pour beaucoup dans le succès de cette oeuvre. 

Même si Harry Potter est aujourd’hui le sorcier de fiction le plus connu au monde, la vraie magicienne de cette histoire est bien J.K. Rowling elle-même. C’est elle qui a finalement jeté un sort sur le monde entier et ensorcelé des millions de lecteurs. On ne la remerciera jamais assez de n’avoir jamais lâché son rêve d’être publiée, et d’avoir cru en son personnage plus qu’elle ne croyait en son talent. 

 

5 choses que vous ne saviez pas sur Harry Potter and The Philosopher’s Stone

 

1/ Harry Potter est né le 31 juillet 1980, tout comme J. K. Rowling qui est née également un 31 juillet. La pièce de théâtre Harry Potter and The Cursed Child a d’ailleurs débuté le 31 juillet 2016.

2/ Le titre de Harry Potter and The Philosopher’s Stone a dû être changé lors de la publication aux Etats-Unis : les petits américains n’auraient, soi-disant, pas été attirés par un livre sur lequel il y aurait eu écrit le mot « philosophe ». Du coup le premier tome s’appelle là-bas « Harry Potter and the Sorcerer’s Stone » (également le nom du film). Il a failli s’appeler « Harry Potter and the School of Witchcraft », mais J.K. Rowling n’aimait pas l’idée d’école dans le titre… Qui en a hérité ? Et bien c’est nous ! Le livre publié par Gallimard en 1998, s’appelle « Harry Potter à l’Ecole des Sorciers« . 

3/ J. K. Rowling est le premier écrivain devenu milliardaire  grâce à son oeuvre : depuis 2016, elle ne fait plus partie du classement des milliardaires, car sa très grande philantropie l’a fait redescendre du podium, elle est donc pour l’instant simplement multi-millionnaire… 

4/ « The Mirror of Erised » (« Le Miroir du Riséd ») est le chapitre préféré de J. K. Rowling. C’est l’un des trois premiers qu’elle ait écrit, lorsqu’elle était au Portugal. Le miroir permet de refléter les désirs profonds de celui qui le regarde. Harry y voit ses parents vivants, qu’il n’a jamais connus. J. K. Rowling en deuil de sa mère au moment où elle écrit ce passage, se reconnaît dans le personnage d’Harry qui souhaite ardemment être réuni avec ses parents.

5/ Les premières éditions de Harry Potter and The Philosopher’s Stone valent une fortune aux enchères : une copie peut valoir autour de 50.000 euros, voire plus si elle est signée « Joanne Rowling » ce qui était le cas des tous premiers exemplaires presse. 

 

Comment célébrer les 20 ans de Harry Potter ?

Plusieurs événements sont prévus à travers le monde mais surtout au Royaume-Uni… le marketing anglo-saxon n’a pas de pareil en ce qui concerne les livres et le 26 juin 2017 sera célébré comme il se doit !

Tout d’abord vous pouvez d’ores et déjà acquérir l’édition limitée de Harry Potter and The Philosopher’s Stone, publiée par la maison d’édition Bloomsbury : quatre versions sont mises en vente, chacune représentant l’une des quatre Maisons de Poudlard. Ces éditions sont absolument magnifiques : elles existent en version reliée ou en poche, et coûtent le prix d’un livre normal.

Vous pouvez donc acheter votre livre aux couleurs de votre maison ! Personnellement je suis une Hufflepuff (Poufsouffle) et très fière de l’être ;), j’ai donc l’exemplaire noir et jaune (pour savoir à quelle maison vous appartenez, il suffit d’aller faire le test sur https://www.pottermore.com) .

Dans ces nouvelles éditions vous trouverez des petits bonus : de nouvelles illustrations, des informations sur votre Maison, et des dossiers sur certains personnages.  Les livres sont disponibles sur toutes les plate-forme de vente de livres et dans toutes les librairies du Royaume-Uni. Un indispensable !!

Editions limitées 20ème anniversaire de Harry Potter and The Philosopher’s Stone – Bloomsbury

 

Vous pourrez notamment faire un tour à Londres dès cet automne pour aller visiter l’exposition qui ouvrira le 20 octobre prochain à la British Library : « Harry Potter, a history of Magic« . Centrée sur l’histoire de la Magie, elle présentera des manuscrits, dessins et peintures liés à l’art divinatoire, et donc quelques illustrations originales des livres de J.K. Rowling.
http://harrypotter.seetickets.com/tour/harry-potter-a-history-of-magic/calendar

 

 

Si vous êtes à Londres en ce 26 juin, toutes les librairies ou presque mettront en place une journée spéciale (notamment la chaîne Waterstones) : jeux, quizz, déguisements en tout genre au rendez-vous.

C’est également l’occasion pour vous de vous rendre aux studios où ont été tournés les 8 films de la saga Harry Potter : Warner Bros Studios Tour – The Making of Harry Potter. J’y suis allée il y a quelques semaines c’est tout simplement fantastique : la plupart des décors y sont (le réfectoire, le dortoir de Gryffondor, la plate-forme 9 3/4, le bureau de Dumbledore etc…), les accessoires aussi, les explications des effets spéciaux… tout est resté dans son jus et la visite dure bien 3 bonnes heures !

A l’occasion des 20 ans de la sortie du livre, une nouvelle exposition y sera installée à partir du 21 juillet : « Wizarding Wardrobes », qui vous présente l’essentiel des costumes de tournage !

Prenez vos tickets à l’avance, car il y a énormément de monde !
https://www.wbstudiotour.co.uk/fr

 

Vous pouvez également vous rendre en Ecosse, sur les traces des lieux où vécut J.K. Rowling : au programme une visite des cafés dans lesquels elle a écrit la plupart des chapitres du premier tome de la série, les lieux dont elle s’est inspirée, et la tombe de Voldemort…oui oui…
https://www.visitbritainshop.com/france/harry-potter-walking-tour-of-edinburgh/

 

Bref vous avez l’embarras du choix, le plus simple étant de relire le livre et de se replonger (ou de se plonger) dans les aventures d’Harry et de se laisser transporter dans le monde du plus célèbre sorcier de l’univers !

 

Happy reading 😉 !

Sosies de Harry Potter provenant de 11 écoles à Bolton en Angleterre – Photo: Danny Lawson/PA