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Lincoln In The Bardo de George Saunders, gagnant du Man Booker Prize 2017

Si le Prix Goncourt 2017 a déjoué tous les pronostics des critiques littéraires, des lecteurs, et des libraires d’ailleurs, prouvant ainsi que les favoris n’arrivent pas toujours sur le podium, le Man Booker Prize a fait totalement l’inverse cette année !

La victoire de George Saunders, avec Lincoln In The Bardo, récompense un livre déjà best-seller dans tous les pays où il a été publié : il était l’un des favoris cette année, avec Autumn d’Ali Smith. La popularité de ce récit est d’autant plus étonnante qu’il n’est pas si facile à aborder… mais les anglo-saxons sont plutôt téméraires lorsqu’il s’agit de récompenses, et la forme de l’ouvrage est sûrement ce qui lui a permis de sortir du lot.

Man Booker Prize Winner : Lincoln In The Bardo par George Saunders (éd. Bloomsbury)

Lincoln In The Bardo par George Saunders – Gagnant du Man Booker Prize 2017 (éd. Bloomsbury)

Ça raconte quoi ?

Lincoln In The Bardo, littéralement Lincoln dans le Bardo, a bien pour protagoniste le président américain Abraham Lincoln… mais ce n’est pas lui qui se retrouve dans le « bardo », c’est son fils Willie, âgé de 12 ans.

 

Nous sommes en février 1862, un an après le début de la Guerre de Sécession, et le petit Willie Lincoln meurt de la fièvre typhoïde. Les époux Lincoln sont inconsolables, à tel point qu’Abraham décide de veiller le corps de son fils dans la crypte du cimetière Oak Hill à Gerogetown, où Willie doit être enterré. Il y passe des heures, tenant le corps sans vie de son fils dans ses bras.

Willie n’est plus, mais son esprit rôde dans le cimetière, et il assiste à la scène touchante de son père ne lâchant pas son corps en le pleurant. Willie est en fait coincé dans le « bardo » : mot tibétain qui désigne cet état transitionnel entre la mort et la renaissance, entre le moment ou l’esprit quitte le corps et son élévation vers un hypothétique « ailleurs ».

 

Il n’est pas seul : ils sont des dizaines d’esprits à peupler le cimetière en attendant de passer « de l’autre côté ». La plupart de ces fantômes sont dans un état de déni par rapport à leur mort : ils se croient simplement malades, désignant même leurs cercueils comme des « boîtes à malades » (« sick-boxes »). On les entend tous les uns après les autres, ils se succèdent et s’invitent dans l’histoire, formant un roman choral complètement fou.

Emus et impressionnés par le tableau du président américain tenant le corps de son enfant dans ses bras, les esprits veulent s’occuper de Willie qui, lui, refuse obstinément de partir : il attend sur sa tombe, les jambes croisés, que son père revienne le voir.

 

Mais rester trop longtemps dans cet état transitionnel n’est pas bon pour les jeunes esprits : les anciens lui apprennent que s’il ne part pas au plus vite vers l’au-delà, il se détériorera : il sera emportée par des âmes damnées et sa conscience sera dégradée.

Deux des acolytes de Willie , les fantômes Hans Vollman et Roger Bevins III, vont alors prendre les choses en main et tenter de retrouver Abraham Lincoln, essayer de le ramener dans la crypte en pénétrant son esprit, afin qu’il puisse enfin dire au revoir à son fils une dernière fois, et le convaincre de passer de l’autre côté…

 

Qui est George Saunders ?

George Saunders avec son livre, ‘Lincoln in the Bardo’ à Londres le 17 octobre 2017.

George Saunders est parti d’une anecdote qui lui a été rapportée par un membre de sa famille il y a déjà une vingtaine d’années : la veillée du corps de Willie Lincoln par son père au soir de sa mort. Impossible de savoir si l’histoire est vraie, les historiens ne sont pas d’accord sur le sujet. En tout cas ce qui est sûr c’est que le président américain a beaucoup pleuré son fils qu’il adorait, alors qu’au moment de son décès, il vit dans un contexte politique compliqué, embourbé dans la Guerre Civile.

 

On a déjà tout écrit sur Abraham Lincoln, la figure américaine à qui est consacrée un nombre incalculable de biographies, il s’agissait donc pour George Saunders de relever un défi :  écrire sur Abraham à travers le personnage de Willie.

Lincoln In The Bardo est le premier roman de George Saunders, qui n’est pourtant pas un inconnu des lettres américaines, au contraire.

Ce « master of short stories » (maître de la nouvelle) est très réputé pour ses écrits courts outre-atlantique. Ce roman était donc très attendu et a reçu un bel accueil à sa sortie l’hiver dernier, en devenant immédiatement un best-seller aux Etats-Unis.

George Saunders, né en 1958, n’a pas toujours écrit que des fictions… : son premier métier c’est rédacteur technique en géophysique d’exploration. Dans les années 90, il commence à rédiger des histoires d’abord pour le plaisir, et sur son temps de travail, ce qui explique le choix d’histoires courtes qui n’interféraient alors pas trop avec ses ennuyeux rapports à rendre.

Il se lance ensuite dans le journalisme, puis consacre très vite tout son temps libre à l’écriture et finit par en vivre.

Son premier ouvrage, CivilWarLand in Bad Decline paraît en 1996. Il écrit ensuite 7 autres recueils de nouvelles avant de s’attaquer à Lincoln In The Bardo. Parmi eux, Pastoralia en 2000, ou Tenth of December : stories en 2013. Il n’est pas beaucoup traduit en français mais ce dernier livre et a été publié chez nous aux éditions de l’Olivier en 2015, sous le titre de « Dix Décembre » , traduit par Olivier Deparis. Ses nouvelles abordent en général les thèmes de la société de consommation et évoquent une satire de l’Amérique.

 

Pourquoi c’est bien ?

Dans  Lincoln In The Bardo , George Saunders aborde donc le thème de la mort, de l’au-delà et du lâcher-prise, des sujets qu’il a déjà abordés auparavant dans ses recueils de nouvelles par petites touches dans plusieurs histoires,  par le biais de certains personnages, des fantômes, qui se demandent pourquoi ils sont là, et ont du mal à accepter leur mort.

Mais à un degré plus élevé, on peut voir dans ce livre, une évocation des morts de la Guerre de Sécession et de l’empathie que Lincoln a pu éprouver pour ses soldats, à travers le deuil de son fils.

La question de la mort et de ce qu’il y a après obsède beaucoup George Saunders, et ce roman est en quelque sorte un condensé de tout le talent de Saunders qui sait habilement combiner l’humour et la noirceur. 

 

 

La mort tournée en dérision

Si le livre est centré sur la mort, et la façon dont l’être humain peut se trouver dans le déni de ce qui va lui arriver, il est peuplé de personnages hauts en couleurs. Certains ont connu une mort violente, d’autres plutôt drôle, et leur recul sur ce qui leur est arrivé, la façon qu’ils ont de le raconter est parfois hilarante.  

 

Les personnages ont tous raté quelque chose, manqué des opportunités… Ils se plaignent de leur condition, ne se remettent pas de leur décès, n’y croient pas pour la plupart…La solitude et l’égoisme de certains d’entre eux reflètent nos préoccupations de tous les jours, nos défauts, nos craintes les plus extrêmes.

 

On y rencontre un ancien soldat, un révérend déshonoré, un monsieur qui s’est pris le plafond sur la tête alors qu’il allait consommer son mariage, un chasseur d’ours… bref une belle galerie de personnages.

 

En fait c’est un cimetière qui prend vie et c’est bien là toute l’originalité du concept…

 

Le deuil de la nation

La famille Lincoln, Willie est le deuxième en partant de la gauche.

La Guerre de Sécession aura duré 4 ans (entre 1861 et 1865) et aura fait au total plus de 615.000 morts dans les deux camps : les partisans de l’Union et les Confédérés.

La perte de Willie coïncide avec les premiers mois de cette guerre civile, qui fit tomber très vite des centaines de soldats, dont les propres frères de Mary, la femme d’Abraham Lincoln. La période est donc très difficile pour le président américain qui se sent responsable de la perte de son fils, de ses beaux-frères, et des centaines d’adolescents arrachés à leurs parents, pendant le conflit.

 

Les corps s’empilent au fur et à mesure des batailles et des milliers de familles américaines se retrouvent en deuil du jour au lendemain.

 

Lorsque Lincoln se rend sur la tombe de Willie, il ne pleure donc pas seulement la mort de son fils, mais celle de tous « ses » fils : les soldats, qu’ils soient nordistes ou sudistes. Le livre de George Saunders nous permet de comprendre à quel point il fut compliqué pour Abraham Lincoln de retrouver l’envie et le courage de diriger ses troupes au milieu de tous ces fantômes.

 

On le comprend encore mieux lorsque les esprits essaient de le convaincre de s’éloigner du cimetière, de laisser Willie partir, comme une façon de le pousser vers  la « lumière » et de le convaincre de résister aux épreuves. Tandis que lui, réalise que son chagrin est universel, et que d’autres familles sont en train de vivre la même chose que lui.

His mind was freshly inclined toward sorrow,” (…) “toward the fact that the world was full of sorrow, that everyone labored under some burden of sorrow; that all were suffering; that whatever way one took in this world, one must try to remember that all were suffering (none content; all wronged, neglected, overlooked, misunderstood), and therefore one must do what one could to lighten the load of those with whom one came into contact; that his current state of sorrow was not uniquely his, not at all, but, rather, its like had been felt, would yet be felt, by scores of others, in all times, in every time, and must not be prolonged or exaggerated, because, in this state, he could be of no help to anyone and, given that his position in the world situated him to be either of great help or great harm, it would not do to stay low, if he could help it.

Une forme inédite et déconcertante

L’ambiance du livre est tout à fait unique et fantastique, c’est aussi grâce à la forme ultra-originale du texte de Saunders , qui accompagne ce folklore de personnages.

Extrait de « Lincoln In The Bardo » par George Saunders

On croit tenir dans les mains un scénario, voire une pièce de théâtre : les dialogues s’enchaînent, les esprits vont et viennent, racontent leur histoire chacun leur tour, et il y a en fait très peu de passages qui ne soient pas « parlés ».

Il faut vraiment passer les trente premières pages pour apprécier l’oeuvre : on entre complètement déconcerté par cette histoire, comme si l’on ouvrait un plan sans rien comprendre à la route. Lorsqu’on entend « roman » on pense « histoire », « prose », « construction des personnages », rien de tout ça ici, rien n’est conforme à ce que l’on peut attendre d’un roman sur Abraham Lincoln ou sa famille.

 

Plus de 150 personnages vont peupler le cimetière de Oak Hill, ainsi que notre cerveau, puisqu’il est très compliqué de gérer toutes ces voix qui s’expriment les unes après les autres, voire en même temps.

 

C’est là que réside le tour de force de ce roman : amener le lecteur dans une histoire construite, y introduire de l’émotion, des sentiments, de la réflexion et beaucoup de créativité, mais par le biais d’une construction théâtrale, voire cinématographique.

 

Pour couronner le tout, George Saunders s’amuse beaucoup avec les références historiques : il source à peu près toutes ses descriptions … mais certaines références sont complètement fausses et inventées. Au lecteur de s’y retrouver !

 

C’est donc un Man Booker Prize mérité, populaire et pointu en même temps. Vous pouvez d’ailleurs retrouver les autres nommés par ici.

C’est la deuxième année de suite qu’un américain est couronné du Man Booker, même si cela ne fait que quatre ans que le prix est ouvert aux auteurs d’origine américaine. Beaucoup pensaient donc que le prix reviendrait à un ou une britannique cette année, afin de calmer les esprits, surtout ceux qui n’étaient pas ravis de l’ouverture du prix à un plus vaste panel d’auteurs.

Livre trop populaire, auteur non-britannique, bref rien n’était joué pour George Saunders bien qu’il soit parti favori… comme quoi en France, en Grande-Bretagne ou ailleurs, personne ne peut prévoir le résultat d’un prix littéraire… de toute façon peu importe, ce qui compte c’est de lire ce qui vous plaît…!

Sachez néanmoins si vous désirez vous lancer dedans, que le livre audio de Lincoln In The Bardo est très sympa : les 160 personnages sont joués par différents acteurs comme David Sedaris, Lena Dunham, ou encore Ben Stiller. George Saunders lui-même, participe…

Et pour ceux qui ne voudraient pas s’y risquer en V.O, sachez qu’il sortira l’année prochaine chez Fayard en français.

 

Happy reading 😉 !

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Prix

Man Booker Prize 2017 : la shortlist

La sélection finale du Man Booker Prize est tombée hier ! Ô surprise, pas de Colson Whitehead (les autres vont donc avoir une chance de gagner ;)), ni de Sebastian Barry (déçue), et pas non plus de Kamila Shamsie…

 

La sélection

4 3 2 1 par Paul Auster (US) (Faber & Faber)

The History of Wolves  par Emily Fridlund (US) (Weidenfeld & Nicolson)
Publié en français chez Gallmeister sous le titre « Une histoire des loups« , traduit par Juliane Nivelt.

Exit West par Mohsin Hamid (Pakistan-UK) (Hamish Hamilton)

Elmet par Fiona Mozley (UK) (JM Originals)

Lincoln In The Bardo par George Saunders (US) (Bloomsbury)

Autumn par Ali Smith (UK) (Hamish Hamilton)

 

Les auteurs sélectionnés sur la shortlist du Man Booker Prize 2017 : Paul Auster, Emily Fridlund, Mohsin Hamid, Ali Smith, George Saunders et Fiona Mozley.

 

  • Il y 3 auteurs américains et 3 auteurs britanniques : depuis 2013, les écrivains américains ont le droit de participer au Man Booker Prize, ce qui a permis à Paul Beatty de gagner l’année dernière. Cette décision a fait polémique et aujourd’hui encore, avec cette sélection, certains se demandent si les américains ne vont pas dominer un prix historiquement britannique. La réponse du jury est simple : ses membres ne jugent que la qualité du livre, et non la nationalité de l’auteur. De plus seuls 30% des auteurs pré-sélectionnés cette année étaient américains.
  •  Sur les 6 auteurs sélectionnés, 2 sont des primo-romancières. Il s’agit de la britannique Fiona Mozley, et de l’américaine Emily Fridlund.
    Fiona Mozley est née en 1988 à York. C’est lors d’un trajet en train entre Londres et sa ville natale que lui vient l’idée de son premier roman Elmet  (tout comme une certaine J.K Rowling d’ailleurs…). Elmet raconte l’histoire de John, un montagnard retiré du monde, qui vit dans une maison qu’il a construit seul, avec ses enfants. Il leur apprend à vivre de sa terre, à chasser, à pêcher… Seulement, il se rend compte un peu tard qu’il n’est pas propriétaire du sol sur lequel il a choisi de vivre. Les problèmes vont commencer lorsque le vrai propriétaire va venir frapper à sa porte… Le roman traite principalement de la possession, et de la famille. Le style et l’ambiance du livre de Fiona Mozley rappellent Cormac McCarthy, Thomas Hardy ou Emily Bronte.Emily Fridlund a grandi dans le Minnesota. Elle est titulaire d’un doctorat en littérature et creative writing de l’Université de Californie, et professeur à Cornell. Elle a déjà publié beaucoup de textes, et de nouvelles dans différentes revues, mais elle publie là son premier roman. The History of Wolves est un thriller psychologique centré sur une adolescente un peu décalée, mal dans sa peau, en quête de bonheur familial. Madeline, issue d’une communauté hippie, vit dans une cabane avec ses parents au bord d’un lac. En face, sur l’autre rive, un couple et son enfant emménagent. Madeline est vite attirée par cette famille qui représente tout l’inverse de la sienne, et va se rapprocher très vite de la mère et de son fils Paul avec qui elle joue les baby-sitters. Mais elle va finalement sentir que quelque chose ne tourne pas rond dans cette famille et ses rapports avec ses nouveaux voisins vont devenir étranges.

 

  • C’est le grand retour de Paul Auster. Les juges ont qualifié son roman de « magistral ». Qualificatif qui s’applique déjà à la taille du livre… et à son poids croyez-moi. J’ai hâte de me plonger dedans car cela fait des mois que je l’ai acheté, mais impossible de l’emmener avec moi où que ce soit, tellement il prend de place… Donc c’est un peu difficile de le balader et de ne se consacrer qu’à lui! En dehors de ces considérations logistiques, 4 3 2 1 est un tour de force littéraire : l’auteur y retrace les 4 vies différentes d’un même personnage. Evidemment, comme c’est du Paul Auster, on y parle de destin, de hasard, de choix, et on y retrouve surtout des morceaux de… la vie de Paul Auster. La construction du roman est donc exceptionnelle, mais je me méfie plus du contenu qui semble encore un poil autobiographique alors que ses deux derniers livres l’étaient déjà. J’adore Paul Auster de toute façon donc je suis ravie qu’il soit dans la shortlist.
    C’est la 1ère fois qu’il est nommé : évidemment si vous lisez cet article depuis le début, vous avez appris que le Man Booker Prize n’est ouvert aux américains que depuis 4 ans, et Paul Auster n’a pas publié de livre depuis 7 ans… Un peu de maths et le tour est joué.

  • Colson Whitehead n’y est pas. Le fameux auteur du non moins célèbre désormais, The Underground Railroad, (paru sous le même titre aux Éditions Albin Michel, traduit de l’anglais par Serge Chauvin) n’est pas sur la liste. Pas de grand chelem donc pour le lauréat du Pulitzer et du National Book Award. C’est une bonne nouvelle pour tous les auteurs américains ou anglo-saxons de tous les prix à venir cette année : il y a de l’espoir. En effet, depuis la parution de son fabuleux roman, Colson Whitehead emporte tout sur son passage, et il est difficile pour ses collègues de se frayer un chemin entre les rails…
    C’est une grosse surprise, donc, mais cela laisse la place à d’autres talentueux romanciers qui n’ont pas eu la même couverture médiatique (néanmoins méritée).
  • Le favori c’est George Saunders. J’ai l’impression de n’entendre parler que de ce roman depuis des mois, il me paraît donc logique qu’il soit dans la shortlist. Lincoln In The Bardo est aussi le premier roman de George Saunders, mais il n’est pas un débutant pour autant : il est fameux pour ses nouvelles. Le « pitch » du livre est simple : le fils du président Abraham Lincoln vient de mourir ; Willie entame alors un dialogue avec son père endeuillé. C’est par la forme qu’il se démarque : c’est un roman choral qui fait parler des esprits, avec énormément de dialogues, qui questionne la relation entre les vivants et les morts, en mélangeant fiction et faits historiques.

 

Je n’ai pas mentionné Ali Smith, ni Moshin Hamid en détails ici, mais ce sont aussi des habitués des sélections et leur place dans la shortlist n’est pas volée. Leurs romans traitent respectivement du Brexit et de l’immigration, et ils ont déjà été sélectionnés pour plusieurs prix. C’est la 4ème fois qu’Ali Smith figure dans la dernière ligne droite du Man Booker ; Moshin Hamid en est lui, à sa deuxième nomination.

Vous pouvez lire mon article sur la longlist si vous voulez en savoir plus sur la sélection originale.

En tout cas c’est une shortlist très intéressante, et plus surprenante que prévue, et j’ai hâte de savoir qui succèdera à Paul Beatty.

Réponse le 17 octobre prochain !

Happy reading 😉

Prix

Man Booker Prize 2017 : la « longlist »

Si en France, l’automne va de pair avec la rentrée littéraire et sa déferlante de récompenses, au Royaume-Uni, c’est l’été que les choses sérieuses se préparent : le Man Booker Prize est le prix littéraire le plus prestigieux du monde anglophone et c’est toujours à la fin du mois de juillet que le jury annonce sa 1ère sélection.

Pour rappel le Man Booker récompense les romans de fiction écrits en langue anglaise, provenant de n’importe quel pays pourvu qu’ils aient été publiés au Royaume-Uni.

 

Nous connaissons donc depuis hier, 27 juillet, les 13 titres en compétition et si vous suivez ce blog, vous allez forcément reconnaître certains romans dont je vous ai déjà parlé cette année !

 

Treize à la douzaine

Man Booker Prize 2017 – Longlist

 

4 3 2 1 par Paul Auster (US) (Faber & Faber)
Cela fait sept années que l’auteur new-yorkais n’avait pas publié un roman… 4 3 2 1 c’est l’histoire des quatre vies parallèles de Archibald Isaac Ferguson : 866 pages qui couvrent différents choix et donc 4 destins différents pour un seul personnage. Un réel tour de force littéraire qui couvre un demi-siècle de l’Histoire des Etats-Unis, auquel s’est attelé l’auteur de Sunset Park et de The New York Trilogy. 

Vous pouvez retrouver une interview de Paul Auster traduite par mes soins pour le Eponine & Azelma ici.

 

Days Without End par Sebastian Barry (Irlande) (Faber & Faber)
Le jeune Thomas McNulty, âgé de 17 ans à peine, arrive aux Etats-Unis, seul, au début des années 1850, après avoir fui la Grande Famine irlandaise, sa famille ayant péri des suites de cette catastrophe. Sans le sou, il débarque dans le Missouri et fait la connaissance d’un autre adolescent solitaire : John Cole. Ils finissent tous deux par tomber amoureux et s’engagent dans l’armée américaine qui se bat alors contre les amérindiens. Ils vont alors vivre au rythme des combats et tenter de fonder une famille atypique pour l’époque.

Ma critique de Days Without End est disponible par ici.

 

The History of Wolves  par Emily Fridlund (US) (Weidenfeld & Nicolson)
Il s’agit d’un premier roman : on suit les premiers pas dans l’adolescence de Linda, âgée de 14 ans, une jeune fille un peu gauche et différente, au sein d’une communauté rurale du Minnesota.

 

Exit West par Mohsin Hamid (Pakistan-UK) (Hamish Hamilton)
L’histoire se déroule dans un pays sans nom, en plein Moyen-Orient : un jeune couple démarre une relation amoureuse en pleine guerre civile. Ils doivent trouver un moyen de sortir du pays, au fur et à mesure que le conflit s’embrase.

Solar Bones par Mike McCormack (Irlande) (Canongate)
Le roman se compose d’une seule phrase de 200 pages : Marcus Conway, attablé dans la cuisine se remémore les grandes phases de sa vie.

Reservoir 13 par Jon McGregor (UK) (4th Estate)
Rebecca, 13 ans, disparaît alors qu’elle est en vacances avec sa famille dans le centre de l’Angleterre. Les villageois de Peak District se mettent à rechercher la jeune fille, mais la vie doit reprendre son cours en parallèle. On suit alors l’activité du village et les difficulté que vont éprouver ses habitants à reprendre leur activité, tout en n’abandonnant pas les recherches.

Elmet par Fiona Mozley (UK) (JM Originals)
C’est également un premier roman : Daniel et Cathy sont frère et soeur et grandissent seuls dans une maison bâtie par leur père. L’atmosphère tourne au vinaigre entre leur père et les habitants du village.

 

The Ministry of Utmost Happiness par Arundhati Roy (Inde) (Hamish Hamilton)
Il s’agit d’un roman qui traite de la région du Cachemire, disputée par l’Inde et le Pakistan. Une saga indienne qui démarre dans les rues de New Delhi et qui va suivre une batterie de personnages.

Lincoln In The Bardo par George Saunders (US) (Bloomsbury)
Habitué des nouvelles, George Saunders publie là son 1er roman : le fils du président Abraham Lincoln vient de mourir ; Willie entame alors un dialogue avec son père endeuillé.

Home Fire par Kamila Shamsie (UK-Pakistan) (Bloomsbury)
Isma arrive aux Etats-Unis afin de terminer ses études, interrompues lors de la mort de sa mère. Issue d’une fratrie de 3 enfants, elle s’inquiète pour ses frères et soeurs restés à Londres, notamment pour son petit frère disparu alors qu’il voulait vivre comme son père, djihadiste lui aussi disparu. Elle rencontre alors Eamonn, le fils d’un politicien britannique, de confession musulmane. Les destins de leurs deux familles vont alors s’entrechoquer.

 

Autumn par Ali Smith (UK) (Hamish Hamilton)
Il s’agit du premier tome d’une série de quatre livres, comme les quatre saisons.  Autumn est le premier ouvrage de fiction « post-Brexit ». Le roman est ambitieux : il se veut une analyse sociale et une méditation sur 2016. Et cette prise de distance passe par des personnages : Daniel est centenaire, sa voisine Elisabeth née en 1984 a l’avenir devant elle, dans un pays divisé par le référendum et laissé en pièces juste avant l’été. L’histoire de cette amitié possède en vérité plusieurs couches et de flashback en flashback, Ali Smith essaie de comprendre la société d’aujourd’hui : ces murs, ces barrières, qui se dressent petit à petit entre les peuples, ces divisions qui rendent fou…et le temps qui passe.

Vous pouvez aller lire une interview d’Ali Smith que j’ai traduite à l’automne dernier par ici.

Swing Time par Zadie Smith (UK) (Hamish Hamilton)
Le livre est un grand roman social sur l’amitié entre deux filles aux origines diverses, dans le Londres des années 80 à 2000. Tracey et la narratrice (qui n’est jamais nommée) se rencontrent à l’adolescence. Elles ont une passion commune pour la danse. Seul problème : Tracey a beaucoup de talent mais la narratrice n’en a pas autant, elle a les pieds plats. Tracey parvient à ses fins en intégrant une compagnie de danse, tandis que son amie abandonne les chorégraphies et part sur les routes, devenant l’assistante personnelle d’une chanteuse à succès. Le roman repose sur les différences entre les deux amies et leurs destins respectifs : est-on plus heureux lorsque l’on quitte son pays pour réussir ? Comment gérer l’échec ? Au centre du livre  également, la relativisation des étiquettes sociales de chacun des personnages. Et évidemment l’amitié féminine, l’adolescence et la famille.

The Underground Railroad par Colson Whitehead (US) (Fleet)
La star de cette année 2016/2017 : The Underground Railroad a déjà remporté le National Book Award et le Prix Pulitzer (article sur le Prix Pulitzer 2017 ici).
Le roman chronique le parcours d’une jeune esclave, Cora, qui décide de s’évader d’une plantation, en 1812. Dans sa fuite, Cora tue un jeune garçon blanc et devient alors une criminelle recherchée. Elle prend un train pour s’enfuir de ce Sud oppressant. Le train en question, va s’arrêter dans plusieurs états qui représenteront chacun une façon différente de traiter l’esclavage aux Etats-Unis.
Dans une sorte de « Voyage de Gulliver » , Cora va arpenter le territoire américain et entamer une odyssée sans fin dans un monde pré-guerre civile. Le roman souligne la volonté féroce de Cora de s’en sortir dans cette Amérique brutale et sans concession pour les afro-américains, et sa quête de liberté.

The Underground Railroad paraîtra le 23 août prochain aux Éditions Albin Michel, traduit de l’anglais par Serge Chauvin.

 

Qu’en penser ?

144 publications ont été soumises au jury : le résultat combine, comme souvent, premiers romans et habitués, il n’y a donc pas de grosse surprise.

On compte donc 4 américains, 4 britanniques, 2 britanno-pakistanais, 2 irlandais et une indienne. Arundhati Roy, justement, a déjà remporté le Booker Prize il y a 20 ans ; pour leur part Ali Smith, Zadie Smith, Sebastian Barry et Mohsin Hamid ont déjà plusieurs fois été sélectionnés pour le prix sans toutefois le remporter.

Les deux outsiders sont Fiona Mozley et Emily Fridlund, qui sont les moins connus de la liste. Mais comment passer devant Paul Auster, Zadie Smith ou encore Colson Whitehead ?

Avec The Underground Railroad, Colson Whitehead emporte tout sur son passage depuis sa publication fin 2016, y aura-t-il donc un réel suspense cette année ?

Il faut noter que le Man Booker Prize a été ouvert aux américains en 2014. Paul Beatty a été le premier auteur de cette nationalité à le remporter l’année dernier avec The Sellout. Si cette décision a permis de faire connaître un bon nombre d’auteurs issus des Etats-Unis aux lecteurs britanniques, il faut dire qu’à rassembler tous les auteurs anglophones dans les mêmes prix, on se retrouve vite avec les mêmes gagnants.

Si Colson Whitehead mérite amplement son succès et ses récompenses, je serais, pour ma part, ravie qu’une petite place soit laissée à un autre gagnant cette fois, comme Sebastian Barry dont j’ai adoré le Days Without End.

C’est le seul que j’ai vraiment lu de toute la liste, mais je possède dans ma bibliothèque AutumnSwing Time, The Underground RailroadThe Ministry of Utmost Happiness, et 4 3 2 1

Je vais donc pouvoir commencer à lire certains d’entre eux, et attendre la shortlist !

La liste resserrée sera annoncée le 13 septembre prochain, et le grand gagnant sera révélé le 17 octobre !

News

Harry Potter and The Philosopher’s Stone : le 1er tome de la saga fête ses 20 ans !

« Mr and Mrs Dursley, of number four, Privet Drive, were proud to say that they were perfectly normal, thank you very much. »

L’incipit le plus célèbre de toute la littérature jeunesse a aujourd’hui 20 ans : le 26 juin 1997, 500 copies de Harry Potter and The Philosopher’s Stone par J.K Rowling furent mises en vente au Royaume-Uni, dans une indifférence relative, avant que la magie n’opère en quelques semaines.

En juin 1997, les français écoutent Ricky Martin qui cartonne avec « Maria », ou Pascal Obispo qui court après une certaine « Lucie ». Les frères Hanson chantent « Mmbop », et les 2Be3 possédent deux singles dans le Top 50 des ventes… Gustavo Kuerten remporte son premier Roland Garros, et dans les salles obscures on fait la queue pour aller voir La Vérité Si Je Mens  ou Le Cinquième Elément.

De l’autre côté de la Manche, on écoute le 3ème album d’Oasis, Radiohead, Les Cardigans, et les Spice Girls qui préparent leur deuxième opus… et au cinéma on se presse devant ConAir et Batman & Robin.

Au chapitre de la littérature jeunesse, Beatrix Potter, Roald Dahl ou Rudyard Kipling occupent tranquillement depuis des lustres les premières places des tops des ventes.

Mais le petit Harry Potter, en embuscade, s’apprête à jeter un sort sur la pop culture du monde entier, et tous autant que nous étions à l’époque serons bientôt envahis par le phénomène : nous, nos enfants, nos neveux ou nièces, nos ados.

Entre 1997 et 1999, le premier tome des aventures de Harry Potter sera traduit dans le monde entier, et tous les enfants n’auront bientôt plus que ce prénom à la bouche.

Devenu symbole britannique, il a emporté tout le monde avec lui, dans un tourbillon de magie et ne cesse, encore à ce jour, de faire de nouveaux adeptes.

20 ans se sont écoulés depuis la publication du premier tome de ses aventures, et le Royaume-Uni va bien sûr fêter l’événement, ainsi que ses fans dans le monde entier.

 

Harry Potter and The Philosopher’s Stone : le parcours du combattant de J. K. Rowling

 

« Dad this is so much better than anything else ».

Ceci est la critique enthousiaste de la jeune, mais néanmoins visionnaire, Alice Newton, 8 ans en 1996, lorsqu’elle termine le manuscrit de Harry Potter and The Philosopher’s Stone.

Son père, Nigel Newton, n’est autre que le PDG de la petite maison d’édition Bloomsbury. Sur les conseils de Barry Cunningham, le responsable de la division Jeunesse, il emporte chez lui ce texte signée d’une certaine Joanne Rowling, complètement inconnue à l’époque, et le fait lire à sa fille qui le dévore instantanément.

L’histoire tourne autour d’un petit sorcier nommé Harry : orphelin, il est élevé par son oncle et sa tante qui ne l’apprécient pas beaucoup et le logent sous l’escalier, dans un placard. A l’occasion de son onzième anniversaire, Harry reçoit une lettre pour la première fois de sa vie : il est invité à rejoindre les rangs d’une école de sorciers, la plus prestigieuse au monde. Complètement déboussolé, il apprend alors que ses parents sont sorciers, et qu’ils sont morts en tentant de le protéger d’un mage noir nommé Voldemort.

Harry s’en est sorti vivant, avec une simple cicatrice sur le front. Il devient alors une célébrité dans le monde des Sorciers, et sera surnommé « the boy who lived » (« le garçon qui a survécu »). Son oncle et sa tante lui ont évidemment caché toute cette histoire, et il n’est au courant ni de son statut, ni de sa célébrité…

Après bien des embûches, Harry parvient à rejoindre Hogwarts (« Poudlard » en français) et y rencontre, entre autres, Hermione et Ron ses meilleurs amis avec qui il vivra de multiples aventures tout au long des 7 tomes de la saga.

Harry Potter – Harry Potter and The Philosopher’s Stone, illustrated edition (2015)

Après avoir lu l’histoire, sur les conseils de sa fille, et complètement convaincu du succès qu’il tient entre les mains Nigel Newton décide de miser sur ce petit garçon à lunettes.

Joanne Rowling reçoit alors le coup de fil qu’elle n’attendait plus : contre une avance de 2.500£, Bloomsbury devient l’éditeur le plus chanceux du monde, et Joanne peut réaliser son rêve et sortir de sa dépression. Après 22 refus de diverses maisons d’édition, elle peut enfin faire partager cette histoire qu’elle porte en elle depuis 7 ans.

 

 

De Joanne Rowling à J. K. Rowling

Avant d’arriver à apposer son nom sur la couverture de son livre, Joanne a essuyé de multiples revers.

En 1994, après un mariage raté au Portugal, Joanne Rowling rentre en Grande-Bretagne, sa fille âgée de quelques mois sous le bras. Sans emploi et mère célibataire, elle vit des allocations et sombre dans une terrible dépression. Elle s’était exilée à Porto en 1991 après la mort de sa mère, facteur déclencheur de sa maladie, mais n’est pas parvenue à construire une vie stable au Portugal.

J. K. Rowling

Elle arrive alors en Ecosse, à Edimbourg, où vit sa soeur, et tente tant bien que mal de retrouver des raisons de vivre. Parmi elles, cette histoire qu’elle rédige déjà depuis 4 ans par bribes : les aventures d’un petit garçon orphelin qui se trouverait plongé dans un monde de sorciers.

En 1990, alors qu’elle se trouvait dans un train reliant Manchester à Londres, Joanne qui a toujours eu une imagination fertile, et qui s’est toujours passionnée pour l’écriture, laisse son esprit vagabonder… Elle visualise soudain une idée de roman : un gamin nommé Harry qui découvrirait à l’aube de ses 11 ans, son appartenance à la communauté des sorciers. N’ayant même pas un crayon pour coucher ses pensées sur le papier, elle imagine alors les détails du livre ce qui l’occupera pendant tout le trajet. Elle pense immédiatement à une série qui tiendrait sur plusieurs années et élabore même déjà la fin.

Cette « illumination » qu’elle considérera toujours comme une chance incroyable, ne la quittera plus, et va se transformer en vrai manuscrit.

Livraria Lello – Librairie à Porto, Portugal

Joanne commence à travailler  sur son roman pendant son exil au Portugal, sur son temps libre. Elle enseigne le français et l’anglais, et sa petite fille ne lui laisse pas beaucoup de libertés pour se plonger complètement dans l’écriture. Mais elle s’y tient quand même et finit par rédiger trois chapitres entiers. La librairie Livraria Lello, à Porto, et son architecture magique, sera d’ailleurs son inspiration pour la description de Flourish and Blotts, là où nos petits sorciers se fournissent en bouquins dans les différents tomes.

C’est lorsqu’elle rentre en Ecosse, que, dépassée par sa dépression, elle réalise qu’elle doit se concentrer sur sa passion pour l’écriture pour s’en sortir : le temps est venu de mettre toute son énergie au bénéfice de cette histoire qui lui tient tant à coeur depuis ce fameux trajet en train quatre ans auparavant.

Joanne Rowling se sert aussi de cette activité comme d’une thérapie : dessiner le personnage de Harry, lui-même orphelin, lui permet de se vider de ses émotions et de transmettre sa tristesse à son personnage pour en faire quelque chose de positif. D’ailleurs, sa dépression lui servira plus tard lorsqu’elle créera les Détraqueurs : ces créatures qui apparaissent dans Harry Potter and The Prisoner of Azkaban se nourrissent exclusivement de la joie humaine, et les symptômes de sa maladie seront sa principale inspiration pour les décrire .

Parallèlement à l’écriture de son projet, elle reprend un travail : elle enseigne le français. L’horizon se dégage donc pour Joanne, qui, malgré tout, vit dans des conditions difficiles et a du mal à remonter totalement la pente. Elle s’accroche cependant à son rêve d’écrivain, et tente de finaliser son histoire afin de la faire éventuellement publier.

Elle squatte donc les cafés d’Edimbourg, dans lesquels elle se sent plus à l’aise pour écrire, et parvient à mettre un point final au roman.

Elle l’envoie à une multitude de maisons d’édition, les refus tombent en cascade, mais c’est finalement Bloomsbury qui va faire confiance à Joanne et Harry.

Harry Potter and The Philosopher’s Stone, 1ère édition – Bloomsbury

 

Joanne est au septième ciel, mais Barry Cunningham, le chef du département jeunesse, lui conseille de garder tout de même son travail : les livres pour enfants font rarement vivre leurs auteurs….

Pour que l’ouvrage rencontre son public, la maison met tout en oeuvre pour le publier dans les meilleures conditions : le titre évoquant un livre pour garçons, il sera décidé que le genre de l’auteur de devra pas apparaître sur la couverture, car les livres masculins ont plus de succès lorsqu’ils sont écrits par des hommes. Pour cacher son prénom féminin, Joanne choisit de ne garder que ses initiales et de rajouter un second prénom à son identité d’auteur, celui de sa grand-mère Kathleen : « J. K. Rowling » est née.

 

La machine s’emballe

Avant la sortie officielle, plusieurs exemplaires sont envoyés aux journalistes culturels des plus grands quotidiens nationaux. Les critiques sont élogieuses, la narration et le style sont salués, tout comme l’aboutissement des personnages. Ce succès d’estime sera accompagné de la plus belle récompense 6 mois plus tard : les louanges des enfants. Harry Potter and The Philosopher’s Stone recevra la médaille d’Or du Nestlé Children’s Book Prize, un prix décerné par les petits qui lisent eux-mêmes les oeuvres sélectionnées.

La saga Harry Potter – Bloomsbury

Le livre obtient alors une visibilité inespérée auprès des enfants et de leurs parents : 30.000 exemplaires seront vendus au cours de l’année et une multitude de récompenses viendront couronner le succès de J.K Rowling.

Le phénomène dépasse les frontières, et la France est la première à s’intéresser aux droits du livre, qui sort le 16 novembre 1998 chez Gallimard. Les Etats-Unis s’en mêlent et la maison américaine Scholastic rachète les droits du livre pour le publier Outre-Atlantique. C’est l’emballement général : Hollywood s’intéresse au petit sorcier, et les enfants du monde entier découvrent petit à petit l’univers du jeune Harry et de ses amis Hermione et Ron, au rythme de la sortie des traductions.

Comme disent les anglo-saxons, « the rest is history » : 7 livres au total au rythme de 1 par an, 450.000.000 d’exemplaires vendus dans le monde à ce jour, et 75 traductions (même en latin).

8 films ont été réalisés à partir des livres, une pièce de théâtre est venue s’ajouter à la saga l’année dernière, sans compter les histoires dérivées telles que la série des « Animaux Fantastiques ».

Loin d’être niais, le personnage principal, orphelin de ses parents, est un symbole de résilience. Sa résistance, sa détermination, sa droiture sont un exemple pour les enfants du monde entier, ainsi que pour les adultes. Quiconque aura souffert d’un deuil, pourra attester avoir trouvé dans la saga Harry Potter, une source, non seulement d’évasion, mais de réconfort, et un certain accompagnement.

Comme Tintin, Mickey Mouse, Sherlock Holmes, ou Astérix avant lui, Harry Potter devient alors un emblème, une icône, voire un refuge pour certains.

 

Une industrie transformée

Le monde de la littérature pour enfants sort complètement transfiguré de la vague Harry Potter.

Avant Harry, les ouvrages pour les jeunes (autour des 8-10 ans) tournaient autour de 180 pages. Impossible soit-disant de faire lire à un enfant, une aventure de plus de 200 feuilles ! C’est d’ailleurs la principale raison que donnaient les maisons d’édition à J.K. Rowling, à l’époque où son manuscrit lui revenait par la poste : le livre est trop long, l’idée d’une saga ne fonctionnera jamais.

Ce principe n’a pas survécu à la déferlante des énormes tomes de la série du petit sorcier : lorsqu’il s’agit d’Harry Potter, les enfants avalent des centaines de pages, et sont bien plus rapides que leurs parents à finir une histoire ! Lors des sorties des différents volumes, tous étaient capables d’attendre des heures pour récupérer le livre tant désiré, et peu importe le nombre de pages, ils pouvaient le dévorer dans la nuit.

La génération « Harry Potter » n’a pas eu besoin de coup de pouce des parents pour ouvrir un livre, et ça c’est une révolution !

 

Les maisons d’édition ont également découvert qu’il était possible de faire grandir un héros en même temps que les lecteurs : avant Harry Potter, lorsqu’un livre connaissait une suite, il s’agissait en général de la même histoire remaniée pour donner l’impression d’une nouvelle aventure. La saga Harry Potter a vraiment fait évoluer ses héros en même temps que son public : Harry a 11 ans dans Harry Potter and The Philosopher’s Stone, mais finira la série a l’âge de 18 ans. Ses aventures deviennent plus sombres, plus travaillées au fur et à mesure des années.

J.K. Rowling touche alors un public plus large : les enfants, mais aussi les adolescents et les adultes qui changent de tranche d’âge avec Harry.

J’ai moi-même découvert la saga Harry Potter en 2001, alors que j’étais en première année d’université, 3 ans après la sortie du premier tome en français. J’ai dévoré tous les tomes au fur et à mesure de leurs parutions alors que j’avais déjà 18 ans passés. Avec mes amies nous faisions tous les ans le pied de grue à minuit, le soir de la sortie des livres, pour être parmi les premières à les avoir ! J’ai lu Harry Potter de mes 18 ans jusqu’à mes 21/22 ans et je les relis tous régulièrement !

La file d’attente devant une librairie Waterstones à Londres, lors de la sortie de Harry Potter and the Order of The Phoenix – Getty Images

 

Au-delà du plaisir de la lecture, J. K. Rowling a réussi à déclencher une excitation et un amour des livres et des histoires chez des millions d’enfants.

Harry Potter and The Philosopher’s Stone a tout simplement respecté ses lecteurs : des personnages bien construits, des intrigues fouillées et bien ficelées, des problématiques qui peuvent toucher absolument tout le monde. Le talent narratif de J. K. Rowling et le scénario de chaque épisode ont fait pour beaucoup dans le succès de cette oeuvre. 

Même si Harry Potter est aujourd’hui le sorcier de fiction le plus connu au monde, la vraie magicienne de cette histoire est bien J.K. Rowling elle-même. C’est elle qui a finalement jeté un sort sur le monde entier et ensorcelé des millions de lecteurs. On ne la remerciera jamais assez de n’avoir jamais lâché son rêve d’être publiée, et d’avoir cru en son personnage plus qu’elle ne croyait en son talent. 

 

5 choses que vous ne saviez pas sur Harry Potter and The Philosopher’s Stone

 

1/ Harry Potter est né le 31 juillet 1980, tout comme J. K. Rowling qui est née également un 31 juillet. La pièce de théâtre Harry Potter and The Cursed Child a d’ailleurs débuté le 31 juillet 2016.

2/ Le titre de Harry Potter and The Philosopher’s Stone a dû être changé lors de la publication aux Etats-Unis : les petits américains n’auraient, soi-disant, pas été attirés par un livre sur lequel il y aurait eu écrit le mot « philosophe ». Du coup le premier tome s’appelle là-bas « Harry Potter and the Sorcerer’s Stone » (également le nom du film). Il a failli s’appeler « Harry Potter and the School of Witchcraft », mais J.K. Rowling n’aimait pas l’idée d’école dans le titre… Qui en a hérité ? Et bien c’est nous ! Le livre publié par Gallimard en 1998, s’appelle « Harry Potter à l’Ecole des Sorciers« . 

3/ J. K. Rowling est le premier écrivain devenu milliardaire  grâce à son oeuvre : depuis 2016, elle ne fait plus partie du classement des milliardaires, car sa très grande philantropie l’a fait redescendre du podium, elle est donc pour l’instant simplement multi-millionnaire… 

4/ « The Mirror of Erised » (« Le Miroir du Riséd ») est le chapitre préféré de J. K. Rowling. C’est l’un des trois premiers qu’elle ait écrit, lorsqu’elle était au Portugal. Le miroir permet de refléter les désirs profonds de celui qui le regarde. Harry y voit ses parents vivants, qu’il n’a jamais connus. J. K. Rowling en deuil de sa mère au moment où elle écrit ce passage, se reconnaît dans le personnage d’Harry qui souhaite ardemment être réuni avec ses parents.

5/ Les premières éditions de Harry Potter and The Philosopher’s Stone valent une fortune aux enchères : une copie peut valoir autour de 50.000 euros, voire plus si elle est signée « Joanne Rowling » ce qui était le cas des tous premiers exemplaires presse. 

 

Comment célébrer les 20 ans de Harry Potter ?

Plusieurs événements sont prévus à travers le monde mais surtout au Royaume-Uni… le marketing anglo-saxon n’a pas de pareil en ce qui concerne les livres et le 26 juin 2017 sera célébré comme il se doit !

Tout d’abord vous pouvez d’ores et déjà acquérir l’édition limitée de Harry Potter and The Philosopher’s Stone, publiée par la maison d’édition Bloomsbury : quatre versions sont mises en vente, chacune représentant l’une des quatre Maisons de Poudlard. Ces éditions sont absolument magnifiques : elles existent en version reliée ou en poche, et coûtent le prix d’un livre normal.

Vous pouvez donc acheter votre livre aux couleurs de votre maison ! Personnellement je suis une Hufflepuff (Poufsouffle) et très fière de l’être ;), j’ai donc l’exemplaire noir et jaune (pour savoir à quelle maison vous appartenez, il suffit d’aller faire le test sur https://www.pottermore.com) .

Dans ces nouvelles éditions vous trouverez des petits bonus : de nouvelles illustrations, des informations sur votre Maison, et des dossiers sur certains personnages.  Les livres sont disponibles sur toutes les plate-forme de vente de livres et dans toutes les librairies du Royaume-Uni. Un indispensable !!

Editions limitées 20ème anniversaire de Harry Potter and The Philosopher’s Stone – Bloomsbury

 

Vous pourrez notamment faire un tour à Londres dès cet automne pour aller visiter l’exposition qui ouvrira le 20 octobre prochain à la British Library : « Harry Potter, a history of Magic« . Centrée sur l’histoire de la Magie, elle présentera des manuscrits, dessins et peintures liés à l’art divinatoire, et donc quelques illustrations originales des livres de J.K. Rowling.
http://harrypotter.seetickets.com/tour/harry-potter-a-history-of-magic/calendar

 

 

Si vous êtes à Londres en ce 26 juin, toutes les librairies ou presque mettront en place une journée spéciale (notamment la chaîne Waterstones) : jeux, quizz, déguisements en tout genre au rendez-vous.

C’est également l’occasion pour vous de vous rendre aux studios où ont été tournés les 8 films de la saga Harry Potter : Warner Bros Studios Tour – The Making of Harry Potter. J’y suis allée il y a quelques semaines c’est tout simplement fantastique : la plupart des décors y sont (le réfectoire, le dortoir de Gryffondor, la plate-forme 9 3/4, le bureau de Dumbledore etc…), les accessoires aussi, les explications des effets spéciaux… tout est resté dans son jus et la visite dure bien 3 bonnes heures !

A l’occasion des 20 ans de la sortie du livre, une nouvelle exposition y sera installée à partir du 21 juillet : « Wizarding Wardrobes », qui vous présente l’essentiel des costumes de tournage !

Prenez vos tickets à l’avance, car il y a énormément de monde !
https://www.wbstudiotour.co.uk/fr

 

Vous pouvez également vous rendre en Ecosse, sur les traces des lieux où vécut J.K. Rowling : au programme une visite des cafés dans lesquels elle a écrit la plupart des chapitres du premier tome de la série, les lieux dont elle s’est inspirée, et la tombe de Voldemort…oui oui…
https://www.visitbritainshop.com/france/harry-potter-walking-tour-of-edinburgh/

 

Bref vous avez l’embarras du choix, le plus simple étant de relire le livre et de se replonger (ou de se plonger) dans les aventures d’Harry et de se laisser transporter dans le monde du plus célèbre sorcier de l’univers !

 

Happy reading 😉 !

Sosies de Harry Potter provenant de 11 écoles à Bolton en Angleterre – Photo: Danny Lawson/PA

 

The Power by Naomi Alderman
Prix

« The Power » par Naomi Alderman remporte le Baileys Women’s Prize For Fiction 2017

Nous connaissons enfin le nom de la gagnante du Baileys Women’s Prize For Fiction 2017 : il s’agit de la britannique Naomi Alderman avec The Power, livre publié par les édictions Viking. C’est la première fois qu’un ouvrage de science-fiction remporte le prix.

Elle a été couronnée le 7 juin dernier au Royal Festival Hall, Southbank Centre à Londres, et a reçu un joli chèque de 30.000 £, des mains de Tessa Ross, présidente du jury de l’édition 2017. Cette dernière a déclaré que le jury a eu beaucoup de mal à se décider , et ne cessait de revenir à The Power. Cette dystopie féministe les a conquis, et ils ont salué les « grandes idées » et « l’imagination fantastique » de Naomi Alderman. Ils ont perçu « l’urgence et la résonance » qui émanent de cette fiction, et ont prédit que ce livre deviendrait un « classique du futur« .

Naomi Alderman remporte le Bailey’s Women’s Prize for Fiction 2017 pour son roman « The Power » (Photo de John Phillips/Getty Images For Baileys)

 

 

J’avais rédigé un article il y a quelques mois pour vous présenter la shortlist , et The Power faisait partie de mes favoris, malgré quelques réserves au sujet du caractère un peu « jeunesse » de ce roman que je trouvais un peu trop calibré comme une série tv pour adolescent.

 

Le pitch est le suivant : plusieurs femmes ou adolescentes à travers le monde, se réveillent un matin avec un pouvoir ; l’électricité jaillit de leurs mains et leur permet de tuer, de blesser, de détruire, donc d’être extraordinairement puissantes. L’auteur nous fait suivre quatre personnages en particulier : Roxy, fille de mafieux londoniens, Tunde, étudiante en journalisme qui vit à Lagos, Allie une jeune femme américaine au lourd passé familial, et enfin Margot, femme politique américaine dont l’ambition se trouve décuplée grâce à son nouveau pouvoir.

Ce pouvoir contamine de plus en plus de femmes, et le phénomène commence à faire peur aux hommes. L’équilibre s’inverse donc dans la société : les hommes sont obligés de se cacher, de ne pas faire de vague, de raser les murs, ils deviennent vulnérables. Les femmes possèdent donc le « pouvoir » dans tous les sens du terme : elles s’imposent comme le sexe fort grâce à ces nouvelles facultés.

 

Naomi Alderman questionne ici la capacité des lecteurs à s’imaginer ce que serait un monde si la violence émanait essentiellement des femmes, et ce qu’elles feraient de cette opportunité. Puisque l’on suppose toujours que les hommes sont à l’origine des guerres et des phénomènes violents, que se passerait-il si le pouvoir s’inversait ? Comment les genres influent-ils sur la perception que l’on a de l’origine de l’agressivité et de la férocité chez les humains ? 

Qui possède vraiment le pouvoir et que doit-on en faire, lorsqu’il se retrouve (littéralement) entre nos mains ?

 

Voilà toutes les questions qui se retrouvent au coeur du roman : comme je l’avais déjà expliqué sur le blog, j’ai beaucoup aimé le côté « science-fiction féministe » de ce roman. Sans pourtant se situer dans un environnement totalement fictif, puisque tout se passe dans ce monde-ci, dans notre quotidien, il arrive à mélanger dystopie et réalité. Le roman est une métaphore entière de la société patriarcale dans laquelle nous vivons plus ou moins. Et le déroulé des événements, même s’il est complètement imaginaire, permet de comprendre comment la puissance d’un groupe peut oppresser le reste du monde. Et souvent le reste du monde ce sont les femmes.

Naomi Alderman, gagnante du Baileys Women’s Prize for Fiction 2017 – Royal Festival Hall, le 7 juin 2017, London, England. (Photo de Tabatha Fireman/Getty Images For Baileys)

 

Sans être spécialement féministe, je trouve que The Power tombe à point nommé pour essayer de comprendre les combats des femmes aujourd’hui, et pour visualiser les conséquences que peuvent causer la concentration et la possession du pouvoir entre les mains de personnes peu scrupuleuses.

Ce prix arrive néanmoins dans un contexte particulier : comme je le décrivais dans mon précédent article sur The Handmaid’s Tale de Margaret Atwood revenu en tête des ventes ces derniers jours, la mode est au combat par le livre. Nous vivons dans un monde de plus en plus dur à l’égard des minorités, et lorsque les grandes puissances occidentales, tels que les Etats-Unis, se mettent à réduire des droits chèrement acquis par les femmes, les lecteurs se tournent vers la science-fiction et les dystopies pour essayer de comprendre.

“my life would be more possible with the women’s movement existing and no running water than the other way around … And I suppose one of the things the book is about is that the support and the power of other women has been more vital to me than electricity.” (Naomi Alderman, lors de son discours à la réception de son prix, le 7 juin dernier).

“ma vie me semblerait plus supportable avec le féminisme et sans eau courante que l’inverse… Et ce que dit mon livre c’est que le soutien et le pouvoir des femmes m’est bien plus vital que l’électricité. » (Naomi Alderman, lors de son discours à la réception de son prix, le 7 juin dernier).

 

Si l’idée du livre est géniale, et le côté « thriller » très prenant, je déplore juste le côté un peu simplet du déroulement de l’action : les chapitres sont assez courts, et l’on saute vite d’un personnage à un autre ; et j’aurais aimé que les protagonistes soient un peu plus développés. 

c’est un roman très « télévisuel » qui est d’ailleurs en phase de développement pour une adaptation en feuilleton : il est actuellement entre les mains de Sister Pictures, la société de production à l’origine de la série à succès Broadchurch.

 

Naomi Alderman est une habituée des récompenses littéraires et est déjà un écrivain accompli : elle a publié trois autres romans, reçu l’Orange Award for New Writers (qui n’existe plus aujourd’hui) en 2006 pour son premier livre Disobedience (VF: « La désobéissance » traduit par Hélène Papot, éd. de L’Olivier) et le Sunday Times Young Writer of the Year Award.

Félicitations donc à Naomi, mais aussi aux 5 autres nommées de cette année ! Vous pouvez retrouver la shortlist de l’édition 2017 ici si vous souhaitez lire toute la sélection !

 

Happy reading 😉 !

Les nommées au Bailey’s Prize 2017 (de gauche à droite et sans C.E Morgan pour The Sport Of Kings, qui n’était pas présente à la remise du prix) : Naomi Alderman, avec »The Power », Linda Grant, avec « The Dark Circle », Ayobami Adebayo, avec « Stay With Me », Gwendoline Riley, avec « First Love » et Madeleine Thien, avec « Do Not Say We Have Nothing » – Royal Festival Hall, Londres, 7 juin 2017. (Photo de John Phillips/Getty Images For Baileys)

News

« The Handmaid’s Tale » : la série événement adaptée du roman de Margaret Atwood, le propulse en tête des ventes

Le 4 mai dernier, la plate-forme de VOD Hulu, annonçait le renouvellement pour une seconde saison de The Handmaid’s Tale, leur nouvelle série à succès. A peine une semaine après que le premier épisode a été mis en ligne, les fans ont donc pu être rassurés sur l’avenir de ce petit chef d’oeuvre.

Une précipitation de la part des producteurs, qui en dit long sur l’engouement qu’a suscité The Handmaid’s Tale depuis sa mise en ligne.

Il faut dire que la série est adaptée d’un livre qui a connu un succès mondial et dont les ventes ne font que croître, trente ans après sa parution.

 

De quoi ça parle ?

En 1985, la romancière canadienne Margaret Atwood publie The Handmaid’s Tale (VF: « La Servante Ecarlate » traduit par Sylviane Rué en 1987, éd. Robert Laffont), roman d’anticipation, et point d’orgue de sa longue carrière d’écrivain. Trente ans plus tard, le livre est devenu une référence et connaît une seconde jeunesse : d’une part grâce à l’actualité, et les mesures anti-féministes prises par Donald Trump, et d’autre part grâce à son adaptation en une excellente série TV (prévue bien avant l’élection de Donald Trump).

 

La série, disponible sur Hulu, est diffusée depuis fin avril en version originale. Elle sera visible en France sur OCS Max à partir du 27 juin prochain. Au casting on retrouve entre autres Elisabeth Moss, Samira Wiley, Joseph Fiennes, ou Alexis Bledel.

 

L’adaptation, créée par Bruce Miller, reprend exactement la trame du livre : une vision dystopique et tyrannique d’un monde ou la religion a fini par dominer la politique. Les personnages évoluent dans une société totalitaire et machiste, au taux de natalité très bas, dénommée la République de Gilead. Les hommes y occupent essentiellement des positions de pouvoir, et les femmes sont déchues de leurs droits de citoyennes. Celles-ci sont considérées comme des moins que rien et reléguées à trois fonctions : Epouse (femme mariée), Martha (femme de ménage) , ou Servante (reproductrice). Toutes les autres sont tuées ou déportées.

Offred a été séparée de son mari et de sa fille, pour servir de reproductrice à une famille de bourgeois. C’est elle qui nous raconte son histoire, sa vie, et le quotidien des femmes sous le régime violent qui a été mis en place à Gilead.

Elisabeth Moss (dans le rôle de Offred) – The Handmaid’s Tale

La série a été extrêmement bien accueillie par les critiques et le public : c’est l’une des plus grosses productions de la plate-forme Hulu. L’esthétique, la réalisation, l’histoire qui résonne différemment depuis la Marche des Femmes au lendemain de l’élection de Trump… un faisceau d’éléments réussis qui lui assurent un succès assourdissant. La série est néanmoins très violente, à l’image du roman, et certaines scènes sont difficiles à supporter.

Le hasarda a voulu que cette série sorte alors même que l’actualité remet en lumière le livre de Margaret Atwood, une double raison de s’intéresser au texte original.

 

L’histoire d’un best-seller

Le roman a toujours été perçu comme un symbole de résistance : il a d’ailleurs été écrit en plein Berlin Ouest, où vivait l’auteur dans les années 80. Margaret Atwood s’est donc inspirée des régimes totalitaires, de la privation de libertés et de l’oppression pour inventer la République de Gilead. L’invention d’un monde sans pitié pour les femmes, mais qui reste crédible de par ses repères familiers, et ses métaphores, était inédit dans le registre de la dystopie et de la science-fiction. A sa sortie il fut même comparé à 1984 de George Orwell ou encore au Brave New World de Aldous Huxley.

The Handmaid’s Tale – Margaret Atwood

Le texte cinglant de The Handmaid’s Tale lui valut d’ailleurs le prix Arthur C. Clarke en 1987 (prix anglo-saxon récompensant le meilleur roman de science-fiction), et une nomination dans bon nombre d’autres récompenses.

Le mélange entre le puritanisme américain (ambiance chasse aux sorcières de Salem), et le régime dictatorial, le tout soupoudré de féminisme, en firent un best-seller et une référence.

 

Le succès de ce livre ne se dément pas aujourd’hui au contraire : l’actualité l’a fait repartir de plus belle dans le circuit des meilleures ventes ! Les prises de position très misogynes de Donald Trump ont fait ressurgir l’appréhension d’un monde où les femmes verraient leurs droits supprimés. Parmi les décisions anti-féministes du Président des Etats-Unis on compte la restriction des fonds alloués aux organismes d’aide à l’avortement, ou la limitation de la prise en charge des frais de contraception par les entreprises.

Un recul des droits des femmes qui a immédiatement donné envie aux connaisseurs de se re-plonger dans l’histoire de la République de Gilead, et de le recommander autour d’eux.

D’ailleurs en mars dernier, deux projets de loi visant à restreindre le droit à l’avortement ont été votés au Sénat du Texas : des activistes texanes s’étaient alors déguisées en « servantes écarlates » afin de dénoncer ces textes (photo ci-dessous).

Activistes texanes défendant le droit à l’avortement au Sénat du Texas en mars dernier

Comme avec 1984 de George Orwell, ou encore It Can’t happen Here de Sinclair Lewis, les anglo-saxons ont remis en lumière The Handmaid’s Tale,  pour combattre les idées régressives de Donald Trump et illustrer un futur incertain et lugubre. malgré son manque de culture, il contribue quelque part, à la bonne santé des classiques anglo-saxons !

La série TV vient donc s’ajouter aujourd’hui à la liste des raisons qui font de The Handmaid’s Tale un livre à relire, en gardant en tête que tout est possible, que les catastrophes se renouvellent éternellement et que pour les prévenir, rien de mieux que d’en mesurer les conséquences éventuelles, grâce à la littérature et aux grands écrivains.

 

Happy reading 😉 !

 

 

 

 

Fiona McFarlane, gagnante de l' IDTP 2017
Prix

Fiona McFarlane remporte l’International Dylan Thomas Prize 2017

Le recueil de nouvelles The High Places par Fiona McFarlane a donc remporté le prestigieux International Dylan Thomas Prize, qui récompense de jeunes auteurs.

Je vous avais parlé de la shortlist il y a quelques semaines et le gagnant a été annoncé le 10 mai dernier au Pays de Galles, à la Swansea University, partenaire de la remise du prix.

International Dylan Thomas Prize 2017 – Shortlist

 

 

Qui est Fiona McFarlane ?

Elle est australienne , âgée de 39 ans (âge limite pour participer au concours), et possède déjà plusieurs récompenses puisque son premier roman The Night Guest (VF: « L’invité Du Soir », traduit par  Carine Chichereau, éd. L’Olivier) avait été saluée par la critique. Il a reçu le  Voss Literary Prize et le Barbara Jefferis Award en 2014.

Elle a l’habitude de publier ses nouvelles dans des revues telles que The New Yorker, Zoetrope: All-Story, The Missouri Review. 

Elle est souvent comparée à Flannery O’Connor, ou Patricia Highsmith. Fan depuis l’enfance du poète Dylan Thomas, inspirateur du prix, elle doit être d’autant plus flattée de cette récompense.

Fiona McFarlane a étudié notamment à Cambridge et à l’Université du Texas à Austin aux Etats-Unis, et vit actuellement dans sa ville d’origine : Sydney en Australie. Elle est donc une lauréate qui illustre parfaitement le caractère international de ce prix qui récompense un jeune auteur anglophone, par une bourse de 30.000 £.

Pour l’anecdote, Fiona McFarlane est la seconde australienne à avoir remporté le Dylan Thomas Prize : en 2008, son ami l’écrivain Nam Le avait été choisi par le jury pour un recueil de nouvelles.

 

The High Places

The High Places – Fiona McFarlane

Ce livre est une collection de 13 nouvelles. Il a été publié par les éditions Farrar, Straus, Giroux aux Etats-Unis et les éditions Sceptre au Royaume-Uni.

Ces histoires nous transportent aux quatre coins du monde, en explorant les frontières de l’émotionnel chez des personnages hauts en couleur. Dans “Good News for Modern Man”, on part à la découverte d’un scientifique qui vit sur une petite île avec pour seule compagnie le fantôme de Charles Darwin ; dans la nouvelle qui donne son titre au recueil, un fermier australien essaye de combattre la sécheresse en utilisant des méthodes tirées de l’Ancien Testament.
Fiona McFarlane parvient à disséquer les sentiments humains avec brio et a été saluée par les juges pour ses histoires « étourdissantes » et « inoubliables ».
Ils ont parlé d’une oeuvre « mature » qui met en valeur « des personnages et des lieux uniques ».
Cette récompense est donc une très bonne nouvelle pour Fiona McFarlane qui vit uniquement de sa plume et travaille actuellement sur un second roman.
Happy reading 😉 !

 

 

Critiques

« A Book Of American Martyrs », par Joyce Carol Oates

Joyce Carol Oates a toujours nourri une passion pour la boxe : comme elle le décrit elle-même, (http://bit.ly/2p3wKfp) ce sport est la « représentation stylisée d’une lutte à mort ».

Elle en a fait plusieurs sujets d’articles, des essais, qu’elle a d’ailleurs compilés dans un livre publié en 1987, qui s’intitule On Boxing (VF: « De La Boxe« , éd. Tristram, traduit par Anne Wicke, 2012)

Each boxing match is a story, a highly condensed, highly dramatic story -even when nothing much happens: then failure is the story

Un match de boxe c’est une histoire, une intrigue hautement condensée, hautement dramatique -même quand rien ne se passe : alors c’est l’échec qui en devient le sujet.

Si chaque match est un roman, A Book Of American Martyrs c’est l’histoire d’un combat. La mise en scène d’ une bataille autour d’un sujet qui divise l’Amérique : l’avortement.

Une lutte à mort pour la vie ou pour la liberté selon le côté duquel on se place. Deux familles sont sur le ring représentées par leur champion. Et chacun croit combattre pour ce qui est juste.

Les deux héros, les deux martyrs de ce livre sont deux militants de leurs causes respectives ; deux hommes qui ne survivront pas au combat. Car si la boxe est un art, un sport, un spectacle qui se termine par un K.O, une démonstration de force et non un homicide en public, Luther Dunphy et Gus Voorhees, eux, ne se contenteront pas de faire les morts, ils y perdront la vie.

 

 

Résumé

A Book of American Martyrs – Joyce Carol Oates

Luther Dunphy et Gus Voorhees vont se rencontrer pour la première et la dernière fois sur le parking de la clinique dans laquelle ce dernier exerce en tant que chirurgien pro-avortement.
Un matin, Luther Dunphy, fervent chrétien et militant anti-IVG, décide d’attendre le docteur Voorhees sur son lieu de travail, armé et bien décidé à éliminer celui « qui tue les embryons ». Sans peine, ni regret, il lui tire dessus, touchant par ricochet le chauffeur du médecin. Les deux victimes décèdent sur le coup, et Luther Dunphy est arrêté sur le champ sans opposer de résistance.
Les deux familles sont brisées, l’événement passionne les médias ; vont s’ensuivre le procès, la prison, les maladresses dans la gestion du deuil, des années de culpabilité, de dépression et de différends familiaux.

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News

Participez à la ré-écriture du manuscrit des Hauts de Hurlevent d’Emily Brontë !

Il s’agit une initiative fort ingénieuse du Brontë Parsonage Museum, le musée dédié aux soeurs Brontë, qui est situé près de Leeds dans le Yorkshire, en Angleterre.

Hommage à Emily Brontë

Pour célébrer le bicentenaire de la naissance d’Emily Brontë, qui aura lieu l’an prochain, le musée a eu l’idée d’éditer un manuscrit « version 2017 » de Wuthering Heights  (VF: « Les Hauts de Hurle-Vent »), en faisant participer les fans de l’auteure.

Le manuscrit original n’ayant jamais été retrouvé, le Brontë Parsonage Museum pourra ainsi garder une trace écrite du seul roman d’Emily Brontë.

Pour rappel Wuthering Heights a été publié en décembre 1847, trois mois après Jane Eyre , écrit par la soeur d’Emily, Charlotte Brontë . Le livre est alors signé « Ellis Bell » faisant croire au public et aux critiques que l’auteur est un homme. Emily Brontë est morte six mois après la sortie de son unique roman

Les critiques ne furent pas des plus élogieuses à sa sortie : le roman fut considéré comme controversé, gothique, et étrange, notamment par rapport à la cruauté des personnages. Longtemps sous-estimé par rapport à Jane Eyre, il est aujourd’hui considéré comme l’un des plus grands classiques britanniques, dont la noirceur et l’intensité rappellent les tragédies grecques ou shakspeariennes.

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Prix

Les Prix Pulitzer 2017 en littérature

Les 21 récompenses, que l’on appelle les « Pulitzer Prizes », ont été remises hier soir à New York, à l’Université de Columbia, comme le veut la tradition.

Si vous voulez en savoir plus sur l’histoire du Prix Pulitzer vous pouvez lire l’article que je lui avais consacré l’année dernière ici.

Sans plus attendre voilà les 5 gagnants qui nous intéressent sur Eponine & Azelma : les lauréats des catégories Fiction, Biographie, Histoire, Poésie et Document.

 

Prix Pulitzer de la Fiction 2017 : « The Underground Railroad » par Colson Whitehead (éd. Doubleday)

The Underground Railroad – Colson Whitehead

Best-seller du New-York Times, et lauréat du National Book Award, The Underground Railroad est décidément le livre de l’année aux Etats-Unis. Il se murmure même que Barry Jenkins, le réalisateur du film Moonlight, devrait porter cette histoire à l’écran sous forme de série pour Amazon dans les mois à venir.

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