The Jungle Book | Eponine & Azelma

Peinture de Henri Rousseau sur un tigre surpris par une tempête dans la jungle
Articles traduits

Pourquoi aucune adaptation du « Livre de la Jungle » ne pourra jamais traduire le génie du livre original de Kipling

A l’occasion de la sortie du film, « The Jungle Book » réalisé par Jon Favreau, et développé par les studios Disney, Patrick Hennessy s’est penché pour The Telegraph sur la vie et l’oeuvre de Rudyard Kipling, trop souvent délaissée au profit du dessin animé de 1967. L’imagination brillante de Kipling ne pourra selon lui jamais vraiment être retranscrite dans les adaptations de son oeuvre. J’ai traduit l’article pour le blog, et inséré les mêmes photos. 

Traduction (libre) de l’article de Patrick Hennessey « Why no Jungle Book film can match the imaginative brilliance of Kipling’s original tales » daté du 13 avril 2016 et paru sur le site de The Telegraph.

On pourrait légitimement penser que Rudyard Kipling possède quelques détracteurs dans l’Inde moderne. Aujourd’hui célèbre, plus que célébré, surnommé le « prophète de l’impérialisme britannique« , il est facile d’imaginer que le souvenir qu’a laissé Kipling en Inde puisse être teinté, au mieux, d’une maladresse compréhensible, au pire de dédain. Le Punjab a la mémoire longue et peu ont pardonné à Kipling son soutien au Général Dyer, le Boucher d’Amritsar.

Pourtant lorsque je suis parti sur les traces du jeune auteur au Pakistan et en Inde, pour réaliser le documentaire « Kipling’s Indian Adventure« , de Lahore à travers les plaines du Punjab jusqu’aux pieds des montagnes de l’Himalaya, ainsi qu’à Shimla la résidence d’été du Raj, j’ai découvert que non seulement Kipling était très connu, mais que beaucoup de ses oeuvres étaient plutôt bien perçues, et même enseignées à l’école – bien plus qu’ici en Grande Bretagne.

Et peu importe où j’allais où à qui je parlais, l’une de ces histoires était adorée plus que toutes les autres : The Jungle Book (« Le Livre de la Jungle »).

Bien sûr ce succès doit beaucoup au dessin animé de Walt Disney sorti en 1967, la dernier film que Disney ait supervisé lui-même. Dans le Mall, la rue principale de Shimla, à l’ombre du gothique Gaiety Theatre – symbolisant sûrement l’apothéose du Raj – j’ai pu discuter de l’héritage de Kipling avec un groupe de jeunes étudiants. Et à la première mention du Livre de la Jungle, l’un d’entre eux s’est mis à siffler « Il en faut peu pour être heureux« .

Le dessin animé de Disney du Livre de la Jungle

Le Livre de la Jungle, 1967. CREDIT: DISNEY

 

C’est probablement une chance que Rudyard Kipling n’ait pas vécu assez longtemps pour constater les libertés que Disney a pu prendre avec son livre. Mais en dépit de ces divagations bien éloignées du texte original, ce film est parvenu joyeusement et obstinément, à graver l’une des plus belles créations de Kipling dans le coeur de dizaines de millions de spectateurs ; et rien que pour cela il mérite d’être applaudi. Peu importe ce que l’on peut penser des opinions politiques de Kipling, The Jungle Book (1894) et The Second Jungle Book (1895) forment l’une des plus belles oeuvres de la littérature anglaise, un conte allégorique aussi intemporel que les fables d’Aesop, ou qu’Alice au Pays des Merveilles, la fantaisie magistrale écrite par Lewis Caroll, ou encore Le Vent dans les Saules de Kenneth Grahame (1908).

Le Livre de la Jungle est une oeuvre atypique dans la carrière de Rudyard Kipling parce qu’elle n’est que pure imagination. Kipling était un spécialiste de l’observation et du souvenir ; son expérience adolescente de journaliste, l’a transformé en génie de l’analyse et de la représentation. Dans ses premiers écrits, Kipling pouvait décrire aussi précisément les nuits chaudes et étouffantes de l’ancienne cité de Lahore que les caprices des élites dirigeantes perchées dans les montagnes de Shimla, aussi rigoureusement l’impiété des baraques militaires que le désespoir séduisant de la fumerie d’opium.

Baloo et Mowgli dans le rmake du Livre de la Jungle

Baloo et Mowgli dans The Jungle Book (2016) CREDIT: DISNEY

 

Mais les « Livres de la Jungle » sont différents. Tout d’abord ce ne sont pas des compte-rendus journalistiques mais des rêveries, très différentes, donc, de ses précédents travaux. Ces livres représentent l’inquiétant conflit dans la vie et l’oeuvre de Kipling, entre la brillance imaginative et la condescendance patricienne.

Une lecture nuancée, en particulier des premiers textes de Kipling, révèle quelque chose de plus complexe que la figure réactionnaire de l’imagination populaire. Plain Tales from the Hills (« Simples contes des collines »), reflète cette ambiguité : une critique acerbe des faiblesses coloniales est soulignée par une empathie inhérente envers l’Inde. (…)¹

Neel Sethi interprète de Mowgli dans Le Livre de La jungle

Neel Sethi interprète Mowgli dans The Jungle Book (2016) CREDIT: DISNEY

 

Au premier abord, Le Livre de la Jungle restitue la jungle et ses habitants de manière respectueuse. Mais, comme les étudiants de Shimla me l’ont fait remarquer, Mowgli (nommé comme le héros d’un autre roman de Kipling, Kim) n’est pas à sa place dans la jungle ; au lieu de cela il projette une supériorité sur les animaux, qui, finalement jure, lorsque la fière panthère et le puissant ours se soumettent au petit d’homme.

Dans tous les contes qui se déroulent dans la jungle, on entend parler de la Loi de la Jungle, un code de la raison et de la noblesse qui selon certains critiques serait devenu la philosophie de vie de Kipling, à son petit niveau : le travail est récompensé, les plus âgés sont respectés, le courage et l’humilité sont les maîtres-mots et l’individu doit se subordonner à la meute. Il est clair dans le Livre de la Jungle que les animaux qui obéissent à la « Loi » sont supérieurs à ceux qui ne s’y soumettent pas ; il est difficile de ne pas y voir un parallèle gênant entre l’exclusion, par Kipling, de l’Homme-Singe qui vit en dehors de la « Loi », et le rejet de tous ceux qui voulaient secouer le joug de l’Empire britannique, que ce soit en Irlande, en Afrique du Sud ou en Inde.

Shere Kahn dans Le livre de la Jungle 2016

Shere Khan dans The Jungle Book (2016) CREDIT: DISNEY

 

Kipling a longtemps suggéré que le Livre de la Jungle avait été partiellement inspiré par une histoire oubliée, celle d’un chasseur de lions qui finit par vivre avec eux; le chasseur se bat ensuite aux côtés des lions contre de méchants babouins.
Bien que le jeune Kipling ait expliqué avoir piqué le symbole des lions au « Boy’s Own paper » (ndlr : journal créé au 19ème siècle destiné aux enfants), ils sont devenus une métaphore puissante pour illustrer sa politique impériale.

En fait Kipling a écrit Le Livre de la Jungle dans un lieu aussi éloigné que possible du monde de Mowgli, à l’université de Bliss à Brattleboro, dans le Vermont aux Etats-Unis. Il s’agit de la première maison de Kipling alors jeune marié, construite sur la vallée de la rivière du Connecticut où « de décembre à avril, la neige se dépose aux rebords des fenêtres ». Kipling a attribué son inspiration littéraire à son « démon », une sorte d’impulsion créative involontaire, mais l’éloignement géographique a semblé joué dans la libération de son imagination. Pendant l’écriture du Livre de la Jungle, Kipling a confié à un journaliste avoir rassemblé tout ce qu’il a pu « entendre ou rêver à propos de la jungle indienne », en y mettant un soupçon de merveilleux.


Photo du remake du Livre de la Jungle 2016

The Jungle Book 2016 CREDIT: DISNEY

 

L’ambition rétive de ses sept ans de formation en Inde et son insatisfaction après son séjour à Londres, laissèrent place au bonheur familial. La première fille de Kipling, Josephine naît en 1892,alors qu’il commence juste à travailler sur l’histoire de Mowgli; sa deuxième fille, Elsie, vient au monde en 1896, juste après la parution du Second Livre de la Jungle. En 2010, une inscription manuscrite non signée a refait surface, rédigée soi-disant de la main de Kipling, dédiant le Livre de la Jungle à Joséphine, « pour qui il a été écrit par son père ».

Il est impossible de ne pas voir dans le Livre de la Jungle, une innocence joyeuse, que Kipling perdit lorsque Joséphine mourut cinq ans plus tard d’une pneumonie, une tragédie qui aiguisa sa désillusion à l’égard de la Guerre des Boers. S’ensuivit une autre catastrophe, la Première Guerre Mondiale, dans laquelle il perdit son fils, John. Elsie, sa seconde fille, racontait qu’il avait pris l’habitude de réciter des passages du Livre de la Jungle aux enfants, les lumières éteintes dans une chambre semi-obscure; lorsque Kipling écrit en 1920 que « la douleur devient plus forte lorsque la paix arrive car l’on pense alors à ce qui aurait pu être », il est poignant de constater que la génération sacrifiée fut celle des enfants pour lesquels il avait écrit ces histoires.

Le Roi Louie dans le remake du Livre de la Jungle 2016

King Louie, dans The Jungle Book (2016) CREDIT: DISNEY

 

Kipling se retrouve aujourd’hui revalorisé, et même peut-être redevient-il à la mode. Dans son excellente biographie, Kipling Sahib (2008), Charles Allen – l’arrière petit-fils du magnat de la presse Sir George Allen, qui prit sous son aile l’adolescent Kipling, journaliste débutant – attire l’attention sur « Ruddy », l’adolescent transgressif, qui ricanait devant les prétentions coloniales de ses aînés à Lahore, et Shimla et qui s’est immergé dans la culture autochtone Indienne bien plus que tous ses contemporains. En 2008 cette même année, le jour du Dimanche du Souvenir, la BBC a diffusé une adaptation de la bienveillante pièce My Boy Jack, (« Mon fils Jack) » qui traite de la mort du fils de Kipling en 1915, en son premier jour de combat.

Aujourd’hui le remake de Disney du Livre de la Jungle – qui sera suivi en 2018 par une adaptation de la Warner Bros : Jungle Book: Origins – ,  dans une éblouissante version en 3D, va pouvoir faire découvrir Kipling, à une nouvelle génération.
Que ces nouveaux films arrivent à retranscrire ou non la chaleur et l’humour du dessin animé original, peu importe, il suffit de se replonger sérieusement dans la version originale du livre de Kipling pour découvrir un véritable chef d’oeuvre.

¹ : Je me suis permise de couper cette petite partie qui rapporte des extraits d’une nouvelle « Beyond the Pale » que je ne veux pas m’aventurer à traduire, l’article étant compréhensible et gardant tout son sens, sans.

Sourcehttp://www.telegraph.co.uk/books/what-to-read/why-no-jungle-book-film-can-match-the-imaginative-brilliance-of/

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3 Comments

  • Reply original ray ban wayfarers 27 avril 2016 at 5:04

    But in an industry still obsessed with youth, can the updo survive the stigma of being associated with the not so young? In the film Up, Ellie Fredricksen, beloved late wife of the curmudgeonly hero, is depicted with her hair in a neat, grey, bagel sized bun, a cartoonish image of an old lady. Most of the hairstylists I spoke to said that the women experimenting with super sized chignons were their younger clients.

    • Reply Olivia 27 avril 2016 at 10:40

      Well thank you for your comment !

  • Reply Susie 29 janvier 2017 at 6:55

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