Les Pulitzer 2017 en littérature | Eponine & Azelma

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Les Prix Pulitzer 2017 en littérature

Les 21 récompenses, que l’on appelle les « Pulitzer Prizes », ont été remises hier soir à New York, à l’Université de Columbia, comme le veut la tradition.

Si vous voulez en savoir plus sur l’histoire du Prix Pulitzer vous pouvez lire l’article que je lui avais consacré l’année dernière ici.

Sans plus attendre voilà les 5 gagnants qui nous intéressent sur Eponine & Azelma : les lauréats des catégories Fiction, Biographie, Histoire, Poésie et Document.

 

Prix Pulitzer de la Fiction 2017 : « The Underground Railroad » par Colson Whitehead (éd. Doubleday)

The Underground Railroad – Colson Whitehead

Best-seller du New-York Times, et lauréat du National Book Award, The Underground Railroad est décidément le livre de l’année aux Etats-Unis. Il se murmure même que Barry Jenkins, le réalisateur du film Moonlight, devrait porter cette histoire à l’écran sous forme de série pour Amazon dans les mois à venir.

Les jurés du Prix Pulitzer ont salué un « mélange subtil de réalisme et d’allégorie combinant la violence de l’esclavage et la dramaturgie de l’évasion » dans le roman de Colson Whitehead, journaliste américain, et professeur qui en est à son 6ème ouvrage.

Après l’annonce du prix, il a réagi sur Twitter et on peut dire qu’il est ravi…

Le roman chronique le parcours d’une jeune esclave, Cora, qui décide de s’évader d’une plantation, en 1812. Dans sa fuite, Cora tue un jeune garçon blanc et devient alors une criminelle recherchée. Elle prend un train pour s’enfuir de ce Sud oppressant. Le train en question, va s’arrêter dans plusieurs états qui représenteront chacun une façon différente de traiter l’esclavage aux Etats-Unis.
Dans une sorte de « Voyage de Gulliver » , Cora va arpenter le territoire américain et entamer une odyssée sans fin dans un monde pré-guerre civile. Le roman souligne la volonté féroce de Cora de s’en sortir dans cette Amérique brutale et sans concession pour les afro-américains, et sa quête de liberté.
A l’origine le « chemin de fer clandestin » désignait les routes que les esclaves empruntaient, pour se réfugier vers le Nord, voire le Canada, avec l’aide des abolitionnistes. Colson Whitehead rend ce chemin de fer concret dans son livre, en imaginant un vrai train qui suivrait ces routes, sans métaphore. Ses recherches historiques sont très poussées, sa prose est précise et son sujet est maîtrisé. Recommandé par Oprah Winfrey, et même par Barack Obama, ce livre est devenu numéro un des ventes sans trop de difficulté et s’est déjà écoulé à plus de 750.000 exemplaires aux Etats-Unis.

 The Underground Railroad paraîtra le 23 août prochain aux Éditions Albin Michel, traduit de l’anglais par Serge Chauvin.

 

Prix Pulitzer de la Biographie/Auto-biographie 2017 : « The Return: Fathers, Sons and the Land in Between », par Hisham Matar (éd. Random House)

The Return: Fathers, Sons and the Land in Between – Hisham Matar

 

The Return : Fathers, Sons and the Land in Between raconte le retour d’Hisham Matar, en Libye, sa terre d’origine, alors qu’il recherche son père, enlevé et emprisonné 20 ans plus tôt par les hommes de Kadhafi. Jaballa Matar était un fervent opposant au régime, et s’était exilé avec sa famille, notamment en Egypte, avant d’être kidnappé. Lorsque son fils met les pieds en Libye, pour la première fois de sa vie, il ne trouve aucune trace de son père. Il va alors mener l’enquête afin de découvrir ce que son père a bien pu devenir après la mort du dictateur.

Le livre est à la fois une enquête, un portrait d’un pays ravagé et de ses habitants, un ouvrage politique et une auto-biographie.
C’est également une oeuvre qui parle de déracinement, des rapports père-fils et du trou noir que cause la disparition d’un parent, de qui l’on ne sait plus rien du jour au lendemain. Le livre mélange narration et souvenirs et se joue des temporalités.

Hisham Matar, est un auteur de fiction, établi à Londres. Né à New York, il a grandi en Libye puis en Egypte, et a déjà plusieurs oeuvres reconnues à son actif.

The Return : Fathers, Sons and the Land in Between a été publié en France cette année : « La Terre qui les sépare » – traduit de l’anglais par Agnès Desarthe, éd. Gallimard.

 

Prix Pulitzer du livre d’Histoire 2017 : « Blood in the Water: The Attica Prison Uprising of 1971 and Its Legacy », par Heather Ann Thompson (éd. Pantheon)

Blood in the Water: The Attica Prison Uprising of 1971 and Its Legacy – Heather Ann Thompson

Le 9 septembre 1971, 1.300 prisonniers du centre pénitentiaire d’Attica, près de New York, protestent contre leurs mauvais traitements et prennent le contrôle de la prison. Le siège durera quatre jours durant lesquels ils prendront leurs gardiens en otage afin de négocier de meilleures conditions de vie.

Le 13 septembre, des centaines de militaires débarquèrent afin de mettre fin aux troubles. 39 personnes sont mortes : parmi elles, des détenus mais aussi des surveillants ; une centaine d’hommes ont été blessés. Les prisonniers rebelles ont été jugés , mais les militaires et policiers ayant attaqué n’ont jamais été inquiétés.

Blood In The Water retrace le parcours de tous ceux qui ont été impliqués dans cette histoire : les familles des victimes, les blessés, les gardiens, les avocats… bref Heather Ann Thompson redonne la parole à ceux qui n’ont pas été écoutés, voire entendus à l’époque. 

La protestation d’Attica est l’une des plus importantes manifestations s’étant déroulée sur le territoire américain. Et ce livre rend justice à ce fait divers trop peu connu.

Heather Ann Thompson est historienne ; elle enseigne à l’Université du Michigan. Elle est spécialiste de l’incarcération et de ses impacts. Elle a publié dans The New York TimesTimeThe AtlanticSalonDissentNew Labor Forum, et The Huffington Post. Elle a écrit deux autres ouvrages l’un qui porte sur la politique de la ville de Detroit, et l’autre sur l’activisme.

 

Prix Pulitzer du Document 2017 : « Evicted: Poverty and Profit in the American City », par Matthew Desmond (éd. Crown)

Evicted: Poverty and Profit in the American City – Matthew Desmond

 

Evicted : Poverty and Profit in the American City est un vrai reportage sur la pauvreté aux Etats-Unis, particulièrement sur les développements de celle-ci depuis la crise de 2008. On part à Milwaukee, rencontrer 8 familles  au bord du gouffre et financièrement dépassées. Bas salaires, dettes, drogue et manque de soins médicaux hantent ces différentes familles , qui font pourtant tout pour s’en sortir.

L’originalité du livre c’est que l’on suit également les propriétaires de leurs logements : deux personnages qui doivent gérer ces 8 familles avec plus ou moins de patience. Les retards de paiement qui s’accumulent, vont entraîner des expulsions et c’est justement le sujet du livre. Alors que les évictions étaient plutôt rares aux Etats-Unis, depuis 2010 elles sont devenues une routine pour les propriétaires.

Matthew Desmond concentre son reportage sur ces familles qui doivent se replier sur des logements insalubres, et sur les conséquences de la crise sur le logement des démunis. Il a passé des années aux côtés de ces témoins, afin de raconter leur histoire.

Matthew Desmond est sociologue. Il enseigne à Harvard et co-dirige le projet Justice and Poverty . Il est déjà l’auteur d’un livre récompensé On the Fireline, a co-écrit plusieurs autres ouvrages sur les inégalités.  Il a écrit pour le New York Times et le Chicago Tribune

 

Prix Pulitzer de Poésie 2017 : « Olio », par Tyehimba Jess (éd. Wave Books)

Olio – Tyehimba Jess

 

Il s’agit du deuxième ouvrage de Tyehimba JessOlio  mêle les paroles de chansons, les poèmes et la narration. Tyehimba Jess s’est intéressé aux vies des chanteurs afro-américains depuis la moitié du 19ème siècle jusqu’à la Première guerre mondiale. Le recueil dénonce l’oppression raciale et le combat de ces artistes pour exercer leur talent.

 

Tyehimba Jess est un poète et écrivain natif de Detroit. Son premier livre de poèmes Leadbelly, a gagné le National Poetry Series en 2004. Il a été nommé meilleur recueil de poésie de l’année 2005 par le Library Journal et la Black Issues Book Review.  C’est également un spécialiste du slam qu’il mêle à la poésie. Il enseigne son art à la Juilliard School, l’University of Illinois, Urbana-Champaign, et au College of Staten Island à New York City.

Happy reading ! 😉

 

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