Génocides & Crimes contre l'Humanité | Eponine & Azelma

Critiques

« East West Street: On the Origins of Genocide and Crimes Against Humanity » par Philippe Sands

 

Salle 600 du Palais de Justice de Nuremberg. Automne 1946.

Hersch Lauterpacht et Hans Frank, tous deux avocats, sont à l’intérieur. Ce lieu héberge le procès le plus connu du monde, celui de Nuremberg.
Mais tous deux ne sont pas là pour les mêmes raisons. Ils ont en commun leur métier, mais aussi une ville: Lviv aujourd’hui située en Ukraine, mais polonaise pendant la guerre (anciennement Lemberg, ou Lwow), dans laquelle ils ont tous deux séjourné à des époques différentes de leurs vies.

Hersch Lauterpacht, est l’un des procureurs de l’équipe anglaise. Il est à l’origine de l’introduction de la notion de « crime contre l’Humanité » dans le Statut de Nuremberg.
Hans Frank, qui se tient sur le banc des accusés aux côtés de ses 20 autres collègues, a ordonné pendant la guerre, l’exécution, entre autres, de centaines de milliers de juifs polonais, dont beaucoup étaient originaires de Lviv/Lemberg.
Il est l’ancien avocat d’Hitler, et le chef du gouvernement de la Pologne occupée. Il sera pendu le 16 octobre 1946, pour crimes contre l’Humanité.

Alors qu’il doit rédiger l’acte d’accusation de Hans Frank, en septembre 1946, Hersh Lauterpacht apprend que ce criminel nazi est également à l’origine de l’exécution de tous les membres de sa propre famille.

Le banc des accusés Nazis au moment du verdict du procès de Nuremberg trial – 2 octobre, 1946. 1er rang : à partir de la gauche, Hermann Goering, Rudolf Hess, Joachim Von Ribbentrop, Wilhelm Keitel, Alfred Rosenberg, Hans Frank, Wihelm Frick, Julius Streicher, Walther Funk and Hjalmar Schacht. 2ème rang : à partir de la gauche, Karl Doenitz, Erich Raeder, Baldur von Schirach, Fritz Sauckel, Alfred Jodl, Franz Von Papen, Arthur Seyss-Inquart, Albert Speer, Konstantin Von Neurath and Hans Fritzsche.

 

Le procès de Nuremberg est, certes, un épisode inédit dans l’Histoire : pour la première fois, des dignitaires, des chefs de gouvernement, des responsables politiques, sont jugés pour leurs crimes de guerre, devant le monde entier.

Mais East West Street: On the Origins of Genocide and Crimes Against Humanity, démontre que Nuremberg n’est pas qu’un verdict : la condamnation de 24 personnes à la pendaison ou à la prison. Le statut de Nuremberg, issu de cette épopée juridique est aussi à l’origine des bases du droit international humanitaire, grâce notamment au courage et à l’investissement de deux hommes.

Si Hans Lauterpacht, a créé le concept de « crimes contre l’Humanité », charge retenue contre les dignitaires nazis, un autre juriste, Raphaël Lemkin , travaillant auprès de l’équipe américaine, a inventé le terme de « génocide », non retenu dans le Statut du Tribunal, mais adopté par l’Assemblée Générale des Nations Unies en 1948 .

Contrairement à son collègue qui a dû faire face au bourreau de sa famille, Raphaël Lemkin n’était pas présent à Nuremberg pour raisons de santé. Mais il a participé à la création d’une notion, qui, à elle seule, a donné naissance au droit international pénal, tel qu’on le connaît aujourd’hui. 

East West Street, On the Origins of Genocide and Crimes Against Humanity – Philippe Sands (éd. Orion Publishing)

East West Street: On the Origins of Genocide and Crimes Against Humanity par Philippe Sands, raconte comment deux avocats, juifs, victimes des persécutions antisémites durant leur jeunesse, ont contribué à établir les fondements du droit pénal international, alors qu’ils souffraient encore eux-mêmes de l’absence d’information sur le devenir de leurs oncles, tantes, neveux ou grands-parents, déportés ou exécutés pendant la guerre. 

L’auteur, Philippe Sands, ne connaît pas cette partie de l’Histoire lorsqu’il entreprend des recherches, en 2010, sur l’histoire de son propre grand-père, Leon Buchholz. Il n’a d’ailleurs à ce moment-là aucune intention de publier un livre.

Lorsqu’il arrive à Lviv, ville où est né son grand-père, il découvre que cet endroit, qui ne représentait jusque là pour lui rien d’autre que le berceau de sa famille maternelle, est en fait l’épicentre du droit humanitaire. Raphaël Lemkin, et Hersch Lauterpacht y ont étudié le droit ; Hans Frank y a tué des innocents.

L’histoire de ces quatre personnages , Leon Buchholz, Raphaël Lemkin, Hersch Lauterpacht et Hans Frank, donne naissance à un livre curieux mais extraordinaire, qui décrit des destins hors du commun.

 

Une saga familiale

Philippe Sands

Philippe Sands, grand avocat en droit pénal international et défenseur des droits de l’Homme, va se retrouver, par un complet hasard, sur la piste des fondateurs de la matière sur laquelle il travaille tous les jours.

Ce livre débute par l’histoire de son grand-père maternel, Léon, lui aussi originaire de Lviv/Lemberg, cette ville qui constitue le lien entre les quatre hommes, et qui représenterait presque le cinquième personnage de cet ouvrage. Appartenant aujourd’hui à l’ Ukraine, cette capitale historique de la Galicie a fait partie de l’Autriche jusqu’en 1918 (elle s’appelle alors Lemberg), puis de la Pologne jusqu’en 1939 (elle prend le nom de Lwow).

En 2010 , invité à Lviv pour y donner une conférence sur les Droits de l’Homme, Philippe Sands saisit alors l’occasion pour se pencher sur la vie de ce grand-père qui lui a toujours semblé très mystérieux. Comme beaucoup de déracinés et de rescapés, il n’a jamais voulu parler de son enfance.

« C’est compliqué, c’est le passé, pas important. » (p.5)

En enquêtant sur la jeunesse de Léon à Lviv/Lemberg, Philippe Sands va se rendre compte que l’histoire de sa famille, de ses ancêtres, de cette ville qui représente ses racines, est intimement liée à l’histoire du droit.

C’est là que ce livre qui pourrait n’être qu’un ouvrage juridique barbant, devient un thriller, et une saga dans laquelle on se plonge avec émotion.

Le jeune Leon Buchholz (au centre), avec ses parents et ses frères et soeurs – Lemberg, 1913

L’auteur va donc retourner physiquement sur les traces du père de sa mère, Leon Bulchholz, né en 1904. Leon grandit à Lemberg avec ses 3 frères et soeurs. Lorsque l’aîné, Emil meurt à la guerre en 1914, Léon part à Vienne vivre avec sa grande soeur, alors mariée. Il construit sa vie paisiblement. Après l’Anschluss avec l’Allemagne nazie, le 

Pendant la guerre, Leon rejoint plusieurs organisations juives, dont certaines issues de la Résistance comme le Comité Juif d’Action Sociale et de Reconstruction.
Philippe Sands en déduit qu’il aura vécu une vie clandestine pendant la majeure partie de la guerre.

Leon n’a su que bien plus tard, ce qui était arrivé aux membres de sa famille étant restés à Lemberg et à Vienne. Il découvrira notamment que sa mère, Malke, a été fusillée dans la forêt de Treblinka le 23 septembre 1942. Le reste de sa famille n’a pas connu meilleur sort.
Sur les 70 membres que comptait sa famille, Leon est le seul survivant.

Philippe Sands est un enquêteur hors pair : il a décortiqué chaque bout de papier, chaque morceau de vie de Leon, chaque photo pour essayer de faire parler celui qui n’a jamais voulu. Il réussit avec brio à retracer la vie de son grand-père maternel, à faire revivre toute une famille.

Et même si cette histoire n’est pas extra-ordinaire par rapport à celles d’autres juifs polonais ou autrichiens dans les années 30, elle est spéciale parce que c’est la sienne.

Ce chapitre sur Leon est indispensable à la compréhension de l’ouvrage, car avant de découvrir comment sont nées les notions de « génocide » et de « crimes contre l’Humanité »,  il faut savoir de quoi on parle. L’une ou l’autre notion désigne un crime contre un groupe d’individus. Contre un ensemble d’ « histoires » avant tout. Ce sont des personnes physiques, des carrières, des familles, des pères, des mères, que l’on a voulu éliminer, et il faut que le lecteur soit conscient de la réalité de la vie quotidienne de ces victimes, avant de parler de droit.

Il s’avère que l’auteur est, lui, directement concerné par ces notions : non seulement par son métier, mais aussi par l’histoire ce grand-père.

Lorsque l’on rencontre la famille de Leon, qu’on le voit grandir, avoir un métier, se marier, il est impossible de ne pas être touché et ému par son destin. La suite du livre n’en est que plus justifiée : comment a-t-on réussi à venger juridiquement les vies de tous « les Leon » qui ont subi cette persécution ?

 

Raphaël Lemkin et Hersch Lauterpacht : la vengeance par le droit

Les deux hommes ont en commun d’avoir été tous deux élèves à l’Université de Lviv/Lemberg, et d’avoir tous deux travaillé sur le statut de Nuremberg. Ils ne se sont pour autant jamais croisé.

Hersch Lauterpacht

Hersch Lauterpacht , après ses études, laissera sa famille derrière lui, à Lemberg, pour partir s’installer à Londres et enseigner le droit à Cambridge.

A l’été 1945, Robert Jackson, le procureur en chef pour les Etats-Unis au Tribunal de Nuremberg, vient le chercher pour l’aider à rédiger le statut de Nuremberg, et ainsi trouver le meilleur qualificatif pour désigner les chefs d’accusations qui seront portés contre les leaders nazis.

Hersch Lauterpacht qui travaille sur la question depuis longtemps, lui suggère alors le terme de « crime contre l’Humanité » : cette notion impliquerait qu’un Etat ne pourrait plus impunément supprimer une masse d’individus sans conséquence.

Le terme sera adopté par Robert Jackson, et la notion sera intégrée dans le statut de Nuremberg, après plusieurs remaniements, sous la définition suivante :

« assassinat, extermination, réduction en esclavage, déportation et tout autre acte inhumain commis contre toute population civile, avant ou pendant la guerre, ou bien les persécutions pour des motifs raciaux ou religieux lorsque ces actes ou persécutions, qu’ils aient constitué ou non une violation du droit interne du pays où ils ont été perpétrés, ont été commis à la suite de tout crime rentrant dans la compétence du tribunal »

La notion de « crime contre l’Humanité » sera ainsi transposée en droit international pénal, et elle assure encore aujourd’hui la protection des groupes d’individus contre les tueries de masse.

 

Raphaël Lemkin

Raphaël Lemkin, lui est né en Russie, à Bezwodne. Il étudie la linguistique et le droit à Lviv/Lemberg, et devient ensuite procureur à Varsovie, puis avocat. Il quitte la Pologne en 1939, lorsque la guerre éclate, parcourt l’Europe, et débarque aux Etats-Unis en 1941. Il part avec son frère, en sachant que 49 membres de leur famille ont péri sous les ordres des nazis. Passionné par les questions de droit international, il travaille pendant longtemps sur le massacre des arméniens de 1915. Il crée alors le terme de « génocide » (à partir de la racine grecque génos,  qui signifie « espèce », et du terme latin caedere, qui veut dire « massacrer ».) qui apparaît pour la première fois dans son livre Axis Rule in Occupied Europe publié en 1944.

Le génocide, selon Raphaël Lemkin, permet de prévenir le meurtre d’une masse d’individus, lorsque ces actions sont dirigées contre le groupe ethnique, religieux, auquel ils appartiennent. C’est le groupe que l’on veut tuer et non les individus. La différence est dans l’intention.

Lorsque le fameux Robert Jackson, l’appelle à ses côtés pour travailler sur la mise en place du procès, Raphaël Lemkin milite pour que le génocide, soit retenu dans l’acte d’accusation. A sa grande déception, c’est la notion de crime contre l’humanité, défendue par qui sera conservée.

Notes de Raphael Lemkin, Rare Book & Manuscript Library, Columbia University.
Remerciements Philipe Sands.

Comme l’explique très bien Philippe Sands, la bataille fût longue, car chacun campait sur ses arguments. Encore aujourd’hui il est difficile pour des gens n’ayant jamais appréhendé ces deux notions de faire la différence. Philippe Sands y répond lors de ses conférences, avec cet exemple :

« Imagine the killing of 100,000 people who happened to come from the same group (…), Jews or Poles in the city of Lviv. For Lauterpacht, the killing of individuals, if part of a systematic plan, would be a crime against humanity. For Lemkin, the focus was genocide, the killing of the many with the intention of destroying the group of which they were a part. For a prosecutor today,  the difference between the two was largely the question of establishing intent : to prove genocide, you needed to show that the act of killing was motivated by an intent to destroy the group, whereas for crimes against humanity, no such intent had to be shown. » (p. xxix)

« Prenez l’assassinat de 100.000 personnes qui auraient fait partie d’un même groupe (…), juifs ou polonais dans la ville de Lviv. Pour Lauterpacht, le meurtre de ces individus, s’il fait partie d’un plan systématique, est un crime contre l’Humanité. Pour Lemkin, il faut se concentrer sur le génocide, le fait de tuer autant de personnes avec l’intention de détruire le groupe dont ils font partie. Pour un procureur, aujourd’hui, la différence entre les deux notions est donc le plus souvent une question d’intention : pour prouver le génocide vous devez démontrer que l’acte de tuer a été motivé par l’intention de détruire le groupe, tandis que pour le crime contre l’Humanité, il n’y a pas besoin de prouver cette intention. » 

 

Cette question est au coeur du livre, et les explications de l’auteur son fluides et captivantes. Les arguments de chacun sont extrêmement bien exposés, et l’on comprend que tous les termes du Statut de Nuremberg ont été travaillés dans les moindres détails, après des heures et des heures de débats.

Et même si Raphaël Lemkin et Hersch Lauterpacht ne sont pas arrivés à s’entendre sur ces deux notions, elles sont aujourd’hui toutes deux fondatrices du droit international pénal. Raphaël Lemkin a eu gain de cause auprès de l’ONU, lorsqu’elle adopte en 1948, la Convention pour la prévention et la répression du crime de génocide. Le « crime contre l’Humanité » de Hersch Lauterpacht est aujourd’hui intégré à l’article 7 du Statut de Rome de la Cour pénale internationale.

 

Des notions qui ont permis de condamner à mort les coupables nazis, dont Hans Frank, le « boucher de la Pologne »

Les familles de Leon Buchholz, de Raphaël Lemkin et de Hersch Lauterpacht ont toutes été tuées en Pologne et en Lituanie, pays dont elles étaient originaires. A Varsovie, à quelques kilomètres de Lviv, vivait homme qui a donné l’ordre d’exécuter ces populations : le chef du gouvernement de la Pologne occupée, Hans Frank, surnommé le « bourreau de la Pologne ».

Bras droit d’Hitler, il est notamment passé à Lviv en août 1942 pour annoncer la solution finale. Un mois après ce discours, 75.000 juifs originaires de Lviv, seront exécutés. Il était également venu faire une visite à Vienne en  mai 1933 alors qu’il n’était que ministre. Il aurait donc pu y croiser Leon. Cela ne s’est pas fait.

En revanche, c’est le petit-fils de Léon, Philippe, qui rencontrera, des décennies plus tard, un descendant de la famille Frank : Niklas, le fils du bourreau de sa famille maternelle.

Niklas Frank, entre son père Hans, et sa mère Brigitte

Contre toute attente, l’auteur du livre et le fils de l’officier nazi vont bien s’entendre et devenir amis : Niklas n’est pas homme à louer les actes de son père. Il est très lucide sur le criminel qu’il a été. Preuve en est, cette phrase glaçante qu’il prononce, lorsqu’il accompagne Philippe Sands visiter la salle 600 du Palais de Justice de Nuremberg :

« This is a happy room, for me, and for the world. » (p.xxiii)

« C’est une pièce joyeuse, pour moi, et pour le monde entier. » 

Niklas ne se déplace jamais sans une photo du cadavre de son père. Il est impitoyable à son égard et admet qu’il méritait la mort. Il est d’ailleurs le premier fils de nazi à avoir publiquement dénoncé les actes de son père.

Malgré tout, pour les nazis, comme pour les victimes d’ailleurs, la guerre ne prend pas toute la place. Et la vie quotidienne doit continuer. Dans son livre, Philippe Sands réussit à retranscrire les petits moments de joie, les détails insignifiants de la vie des uns et des autres, mais aussi l’indifférence légère des bourreaux à l’horreur qu’ils infligent à leurs victimes.

Interrogé sur l’abondance des anecdotes familiales dans son livre, et surtout sur l’incroyable distance que ressentaient les nazis, alors qu’ils vivent des moments décisifs, Philippe Sands raconte dans une interview à Vanity Fair un épisode intéressant : quelques heures après avoir annoncé le meurtre de 100.000 juifs à l’université de Lviv, Hans Frank perd aux échecs contre la femme de son adjoint. Il grognera toute la journée, attristé de cette défaite. Alors même qu’il vient de donner l’ordre de massacrer toute une population, c’est ce jeu d’échecs qui lui gâche sa journée.

« What does that tell us? I think what it leads to is a sense that terrible horrors are part of the normal, and that the normal assists in making them happen. »

« Qu’est-ce que cela nous montre ? Je pense que cela prouve que les horreurs les plus terribles font partie de l’ordinaire, et que l’ordinaire contribue à les faire émerger. »

Si Philippe Sands est devenu avocat en droit international pénal, ce n’est peut-être pas par hasard. S’il n’a jamais pu parler de ces événements avec Leon, qu’il a pourtant connu, et à qui il a régulièrement rendu visite pendant son enfance, il a remédié à ce silence en faisant parler les criminels de guerre quels qu’ils soient, tout au long de sa carrière.

Le livre est admirablement écrit : les vies des uns et des autres seront sans cesse impactées par les décisions prises par les ou les autres. Dans chaque partie, dédiée à chaque fois à l’un des personnages, un bout de la vie des autres intervient ; un rappel, une alarme sur ce qui se passe de l’autre côté.

Philippe Sands arrive à romancer l’histoire du droit international moderne, et s’il réussit si bien, c’est grâce à ce grand-père, point de départ de toutes ses recherches, et qui, en tant que victime, se trouve être le dénominateur commun de tous les chapitres.

En écrivant ce livre , Philippe Sands fait fusionner sa vie professionnelle avec sa vie personnelle. Son histoire avec l’Histoire.

 

Les Héros de l’Histoire

Hans Frank, et les autres ont donc été condamné à la pendaison pour « crimes contre l »Humanité », une notion introduite dans le statut de Nuremberg par un avocat juif , qui avait également perdu la majorité de sa famille sous les ordres du « boucher de la Pologne ». Le contexte de la Shoah a également fait émerger le concept de génocide, oeuvre d’un autre avocat juif, qui encore, aujourd’hui, permet de faire condamner les plus grands criminels de guerre.

Ces deux avocats ont réussi à comber deux vides juridiques, à défaut d’avoir jamais pu combler le vide affectif, laissé, béant, par les habitants de Lviv.

Ils ont réussi à trouver les trois ou quatre mots justes pour condamner les tueurs ; alors que la plupart des survivants se mureront dans le silence pendant de nombreuses années.

Raphaël Lemkin et Hersch Lauterpacht  ont fait l’inverse de ce que voulaient les nazis : faire reconnaître l’existence d’un groupe par son appartenance à une race ou une religion, faire vivre l’individu, même caché sous une montagne de cadavres.

Les bourreaux voulaient faire taire les familles juives, les réduire à néant, briser leurs carrières intellectuelles et les éliminer ; leurs actes sont devenus le point de départ d’une réflexion qui servira à punir tous les criminels de guerre à venir.

Philippe Sands, en ravivant le souvenir de son grand-père, et par son formidable travail d’enquête, fait revivre pour la postérité, ces deux génies du droit qui ont, quelque part, réussi à renverser la situation.

Grâce à leur travail, ils sont surtout devenus les humbles justiciers des fantômes de Lviv.


 Bibliographie

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