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Portrait de Paul Auster, par Lotte Hansen.
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Paul Auster interviewé pour le site « Electric Literature », à l’occasion de la sortie de « 4 3 2 1 », son nouveau roman

Paul Auster est l’un des écrivains américains les plus aimés en France et ça tombe bien, car lui aussi est passionné par notre pays. Il y a quelques jours paraissait aux Etats-Unis son dernier roman, le premier depuis sept ans : 4 3 2 1

Figure de proue des écrivains new-yorkais, il vit à Brooklyn depuis 25 ans avec sa femme, l’écrivain Siri Hustvedt.

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Barack Obama, le président qui lisait.

Alors que le monde entier s’apprête à écouter le discours d’investiture du 45ème président des Etats-Unis, Donald J.Trump, Barack Obama quitte le pouvoir sur une vraie note littéraire. Le président sortant a accordé sa dernière longue interview dans la presse à la plus grande critique littéraire américaine : Michiko Kakutani (@michikokakutani), du New York Times. 

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Photo cover Autumn by Ali Smith
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L’ « Observer » (supplément week-end du Guardian) a rencontré Ali Smith, qui publie « Autumn » son 8ème roman – Traduction.

En Grande-Bretagne chaque sortie d’un livre d’Ali Smith est un événement. Elle est moins connue chez nous, où seulement quatre de ses livres ont été publiés en français. 

Née en 1962, elle est écossaise mais vit aujourd’hui à Cambridge. 

Elle publie son premier recueil de nouvelles en 1995 : « Free Love and Other Stories«  . Elle remporte alors le Saltire First Book of the Year Award. Depuis sa cote auprès des lecteurs n’a pas cessé de grimper et les récompenses pleuvent ! Elle fait des allers-retours entre les nouvelles et le roman. Son premier roman « Like » est sorti en 1997. Suivront « Hotel World« , « The Accidental« , « There but for The« , et « How To Be Both« , le dernier paru, en 2014. 

Certains la qualifient de digne héritière de Virginia Woolf, en tout cas sa langue est riche, elle n’hésite pas à jouer avec les perspectives à la manière d’un peintre. Elle couvre toujours des thèmes ambitieux mais avec souvent une pointe d’humour. Elle s’égare parfois dans les jeux de mots et l’imagination. 

En 2015 elle a été faite Commandeur de l’Ordre de l’Empire Britannique. 

« Autumn » est sorti le 20 octobre dernier, est sera le premier roman d’une série de quatre (comme les quatre saisons mais est-ce bien utile de le préciser…) . Il s’agit du premier livre « post-Brexit ». Le roman est ambitieux : il se veut une analyse sociale et une méditation sur 2016, cette année presque écoulée. Et cette prise de distance passe par des personnages : Daniel est centenaire, sa voisine Elisabeth née en 1984 a l’avenir devant elle, dans un pays divisé par le référendum et laissé en pièces juste avant l’été. 

L’histoire de cette amitié possède en vérité plusieurs couches et de flashback en flashback, Ali Smith essaie de comprendre la société d’aujourd’hui : ces murs, ces barrières, qui se dressent petit à petit entre les peuples, ces divisions qui rendent fou…et le temps qui passe. (Je vous laisse apprécier le « see you next week » sur la page de garde ;))

Dédicace d'Ali Smith au début de son livre: "see you next week"

« See you next week »

 

 

Traduction (libre) de l’article d’Olivia Laing, daté du 16 octobre 2016 et paru dans The Observer (édition du dimanche du Guardian).

Ali Smith dans son jardin

Ali Smith chez elle à Cambridge, Octobre 2016 – Photo: Antonio Olmos pour l’Observer

Chez Ali Smith, la porte d’entrée est entrouverte. Elle vit à Cambridge, dans une maison, presque à l’abri des regards, au milieu d’un lotissement de cottages victoriens. Les jardins se font face, les barrières ayant été retirées depuis longtemps. Nous sommes à la fin du mois de septembre, et le pommier qu’elle aime tant est encore chargé de fruits. Un pull vert jeté sur ses épaules, elle me fait signe de monter la rejoindre jusqu’à son studio pour admirer un dernier rayon de soleil.

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Couverture de Zero K. par Don DeLillo
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Don DeLillo revient avec un nouveau roman « Zero K » : son interview par le L.A. Times.

Dans la famille « auteurs-qui-ne-parlent-jamais-à-la presse-qui restent-enfermés-chez-eux-avec-leur-plume-et-dont-la-parole-est-rare-et-précieuse », je demande Don DeLillo !
Il s’agit de l’un des auteurs les plus mystérieux et néanmoins talentueux, de sa génération.

Portrait de Don De Lillo

Don DeLillo

Don DeLillo, fils d’immigrés italiens, est né Donald Richard DeLillo le 20 novembre 1936 à New York, dans le Bronx.

Après des études de communication il commence par travailler dans la publicité avant de décider d’arrêter à l’aube de ses trente ans. Il écrit son premier roman en 1971, Americana (Americana, éd. Actes Sud, 1992).

On trouve déjà ses thèmes de prédilection dans ce premier roman : la quête existentielle, la fascination pour l’image, l’angoisse de la mort. Même s’il est beaucoup plus personnel que ceux qui suivront.

Il publie ensuite nombre de best-sellers : White Noise en 1985 (Bruits de fond éd.Stock, 1986), Libra en 1988 (Libra, éd. Stock, 1989), The Names en 1989, (Les Noms éd. Actes Sud, 1990), Underworld en 1997 (Outremonde éd. Actes Sud, 1999), The Falling Man en 2007 (L’Homme qui Tombe éd. Actes Sud, 2008), Point Omega en 2010 (Point Omega, éd. Actes Sud, 2010). Ils sont pour la plupart traduits par Marianne Véron.

Devenu avec les années un auteur culte, il est également lauréat de nombreux prix prestigieux comme The National Book Award, et The Pen / Faulkner Award.

Aujourd’hui il est souvent cité comm l’un des quatre romanciers américains majeurs avec Thomas Pynchon, Philip Roth et Cormac McCarthy.

Cette semaine, il publie Zero K son 16ème roman : teinté de science-fiction et de beaucoup d’humour, il traite de la mort par le biais de la cryogénisation.

Couverture de Zero K. par Don DeLillo

Zero K, by Don DeLillo – éd. Scribner, 2016

Cette technique de conservation du corps, qui paraît totalement fictive est en fait bien réelle : quelques centres existent aujourd’hui aux Etats-Unis, ils offrent la possibilité à ceux qui le veulent de se faire cryogéniser en espérant que les nouvelles techniques, permettront dans le futur, de les ranimer ! Illégal en France, ce processus permet de maintenir le corps du défunt à -196 degrés grâce à la vitrification (on ne rentrera pas dans le détail). Et d’attendre sagement que les technologies et la science évoluent afin de pouvoir accéder à la résurrection. En échange de quelques dizaines de milliers de dollars bien évidemment. Sachez que 2000 personnes dans le monde ont déjà passé le pas.

Pour en revenir au roman de DeLillo, nous suivons donc Jeff et son père Ross, multi-milliardaire. Ross, la soixantaine est marié à Artis Martineau, belle-mère de Jeff, dont la santé décline. En tant qu’investisseur dans un centre de cryogénisation, il décide d’accompagner Artis se faire cryogéniser alors même qu’elle n’est pas décédée. Jeff plus sceptique, débarque au milieu du désert, dans le Centre en question, afin d’y retrouver son père et sa belle-mère…

Zero K est donc un roman sur la mort mais surtout le choix. Peut-on choisir de mourir et de se réveiller plus tard ? Peut-on défier la mort ? A-t-on le droit, avec de l’argent, d’assouvir son rêve d’immortalité ?

Je n’ai pas lu le livre, mais j’ai l’impression qu’il plaît bien aux critiques. Extrêmement bien rédigé comme à son habitude, le livre questionne notre rapport aux technologies et notre angoisse de la mort. L’homme croit pouvoir tout contrôler avec du pouvoir, de l’argent et la science. Et le livre lance le débat, puisque le père et le fils vont s’interroger sur l’intérêt de cette technique de conservation.

Le roman sortira bien entendu en France, a priori en 2017, chez Actes Sud évidemment, l’éditeur français de l’oeuvre de DeLillo.

En attendant voici une interview qu’il a donné la semaine dernière à une journaliste du L.A Times, profitons-en c’est rare !

Interview de Don DeLillo, par Carolyn Kellogg sur site du L.A. Times, traduite en français et datée du 29 avril 2016.

Si vous voulez joindre Don DeLillo, pas la peine de lui envoyer un e-mail ; il n’utilise pas de messagerie électronique. Il préfère communiquer par fax. Et rédige encore ses romans sur une machine à écrire.

Oublions cette réticence technologique, DeLillo est aujourd’hui un titan de la littérature américaine. Agé de 79 ans, il est l’auteur de 16 romans, dont White Noise (Bruits de fond éd.Stock, 1986), qui a remporté le National Book Award , et les bests-sellers  Underworld (Outremonde éd. Actes Sud, 1999) et Libra (Libra, éd. Stock, 1989).
En 2004, le Ransom Center (ndlr : Université du Texas) a acquis les archives de DeLillo.
En 2015, l’écrivain a reçu la Médaille de la National Book Foundation pour sa contribution aux Lettres américaines.

Dans son nouveau roman Zero K, le personnage de Jeff retrouve son père dans un centre de cryogénisation afin de l’aider à préparer sa cryogénisation et celle de sa belle-mère.

DeLillo réservera une de ses rares apparitions au Writer’s bloc de Los Angeles, le 11 mai prochain, où il débattra avec la romancière Rachel Kushner.

Il y a quelques jours il m’a parlé de Zero K au téléphone, mais aussi de l’écriture et de l’isolement.

Photo de Don DeLillo

Don DeLillo

Vous avez un style vraiment reconnaissable, bouillonnant et intense. J’aimerais vous parler un peu du travail en amont. Lorsque vous vous asseyez pour écrire, comment ces phrases vous viennent-elles ?

Ce n’est pas très facile à expliquer ni très facile à comprendre. Je ne suis pas sûr de comment se forme un paragraphe ou une phrase. Je ne peux pas dire que c’est automatique, mais je dirais plutôt que c’est intuitif. Et avec le temps je suis devenu de plus en plus conscient des lettres qui se forment sur la page, les lettres et les mots. Et des correspondances, pas seulement les sonorités mais les correspondances visuelles entre les lettres au sein d’un mot, ou d’un mot à l’autre. C’est un peu mystérieux. C’est comme si une page imprimée ne devait pas seulement posséder un sens littéraire, mais aussi un sens visuel.

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Peinture de Henri Rousseau sur un tigre surpris par une tempête dans la jungle
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Pourquoi aucune adaptation du « Livre de la Jungle » ne pourra jamais traduire le génie du livre original de Kipling

A l’occasion de la sortie du film, « The Jungle Book » réalisé par Jon Favreau, et développé par les studios Disney, Patrick Hennessy s’est penché pour The Telegraph sur la vie et l’oeuvre de Rudyard Kipling, trop souvent délaissée au profit du dessin animé de 1967. L’imagination brillante de Kipling ne pourra selon lui jamais vraiment être retranscrite dans les adaptations de son oeuvre. J’ai traduit l’article pour le blog, et inséré les mêmes photos. 

Traduction (libre) de l’article de Patrick Hennessey « Why no Jungle Book film can match the imaginative brilliance of Kipling’s original tales » daté du 13 avril 2016 et paru sur le site de The Telegraph.

On pourrait légitimement penser que Rudyard Kipling possède quelques détracteurs dans l’Inde moderne. Aujourd’hui célèbre, plus que célébré, surnommé le « prophète de l’impérialisme britannique« , il est facile d’imaginer que le souvenir qu’a laissé Kipling en Inde puisse être teinté, au mieux, d’une maladresse compréhensible, au pire de dédain. Le Punjab a la mémoire longue et peu ont pardonné à Kipling son soutien au Général Dyer, le Boucher d’Amritsar.

Pourtant lorsque je suis parti sur les traces du jeune auteur au Pakistan et en Inde, pour réaliser le documentaire « Kipling’s Indian Adventure« , de Lahore à travers les plaines du Punjab jusqu’aux pieds des montagnes de l’Himalaya, ainsi qu’à Shimla la résidence d’été du Raj, j’ai découvert que non seulement Kipling était très connu, mais que beaucoup de ses oeuvres étaient plutôt bien perçues, et même enseignées à l’école – bien plus qu’ici en Grande Bretagne.

Et peu importe où j’allais où à qui je parlais, l’une de ces histoires était adorée plus que toutes les autres : The Jungle Book (« Le Livre de la Jungle »).

Bien sûr ce succès doit beaucoup au dessin animé de Walt Disney sorti en 1967, la dernier film que Disney ait supervisé lui-même. Dans le Mall, la rue principale de Shimla, à l’ombre du gothique Gaiety Theatre – symbolisant sûrement l’apothéose du Raj – j’ai pu discuter de l’héritage de Kipling avec un groupe de jeunes étudiants. Et à la première mention du Livre de la Jungle, l’un d’entre eux s’est mis à siffler « Il en faut peu pour être heureux« .

Le dessin animé de Disney du Livre de la Jungle

Le Livre de la Jungle, 1967. CREDIT: DISNEY

 

C’est probablement une chance que Rudyard Kipling n’ait pas vécu assez longtemps pour constater les libertés que Disney a pu prendre avec son livre. Mais en dépit de ces divagations bien éloignées du texte original, ce film est parvenu joyeusement et obstinément, à graver l’une des plus belles créations de Kipling dans le coeur de dizaines de millions de spectateurs ; et rien que pour cela il mérite d’être applaudi. Peu importe ce que l’on peut penser des opinions politiques de Kipling, The Jungle Book (1894) et The Second Jungle Book (1895) forment l’une des plus belles oeuvres de la littérature anglaise, un conte allégorique aussi intemporel que les fables d’Aesop, ou qu’Alice au Pays des Merveilles, la fantaisie magistrale écrite par Lewis Caroll, ou encore Le Vent dans les Saules de Kenneth Grahame (1908).

Le Livre de la Jungle est une oeuvre atypique dans la carrière de Rudyard Kipling parce qu’elle n’est que pure imagination. Kipling était un spécialiste de l’observation et du souvenir ; son expérience adolescente de journaliste, l’a transformé en génie de l’analyse et de la représentation. Dans ses premiers écrits, Kipling pouvait décrire aussi précisément les nuits chaudes et étouffantes de l’ancienne cité de Lahore que les caprices des élites dirigeantes perchées dans les montagnes de Shimla, aussi rigoureusement l’impiété des baraques militaires que le désespoir séduisant de la fumerie d’opium.

Baloo et Mowgli dans le rmake du Livre de la Jungle

Baloo et Mowgli dans The Jungle Book (2016) CREDIT: DISNEY

 

Mais les « Livres de la Jungle » sont différents. Tout d’abord ce ne sont pas des compte-rendus journalistiques mais des rêveries, très différentes, donc, de ses précédents travaux. Ces livres représentent l’inquiétant conflit dans la vie et l’oeuvre de Kipling, entre la brillance imaginative et la condescendance patricienne.

Une lecture nuancée, en particulier des premiers textes de Kipling, révèle quelque chose de plus complexe que la figure réactionnaire de l’imagination populaire. Plain Tales from the Hills (« Simples contes des collines »), reflète cette ambiguité : une critique acerbe des faiblesses coloniales est soulignée par une empathie inhérente envers l’Inde. (…)¹

Neel Sethi interprète de Mowgli dans Le Livre de La jungle

Neel Sethi interprète Mowgli dans The Jungle Book (2016) CREDIT: DISNEY

 

Au premier abord, Le Livre de la Jungle restitue la jungle et ses habitants de manière respectueuse. Mais, comme les étudiants de Shimla me l’ont fait remarquer, Mowgli (nommé comme le héros d’un autre roman de Kipling, Kim) n’est pas à sa place dans la jungle ; au lieu de cela il projette une supériorité sur les animaux, qui, finalement jure, lorsque la fière panthère et le puissant ours se soumettent au petit d’homme.

Dans tous les contes qui se déroulent dans la jungle, on entend parler de la Loi de la Jungle, un code de la raison et de la noblesse qui selon certains critiques serait devenu la philosophie de vie de Kipling, à son petit niveau : le travail est récompensé, les plus âgés sont respectés, le courage et l’humilité sont les maîtres-mots et l’individu doit se subordonner à la meute. Il est clair dans le Livre de la Jungle que les animaux qui obéissent à la « Loi » sont supérieurs à ceux qui ne s’y soumettent pas ; il est difficile de ne pas y voir un parallèle gênant entre l’exclusion, par Kipling, de l’Homme-Singe qui vit en dehors de la « Loi », et le rejet de tous ceux qui voulaient secouer le joug de l’Empire britannique, que ce soit en Irlande, en Afrique du Sud ou en Inde.

Shere Kahn dans Le livre de la Jungle 2016

Shere Khan dans The Jungle Book (2016) CREDIT: DISNEY

 

Kipling a longtemps suggéré que le Livre de la Jungle avait été partiellement inspiré par une histoire oubliée, celle d’un chasseur de lions qui finit par vivre avec eux; le chasseur se bat ensuite aux côtés des lions contre de méchants babouins.
Bien que le jeune Kipling ait expliqué avoir piqué le symbole des lions au « Boy’s Own paper » (ndlr : journal créé au 19ème siècle destiné aux enfants), ils sont devenus une métaphore puissante pour illustrer sa politique impériale.

En fait Kipling a écrit Le Livre de la Jungle dans un lieu aussi éloigné que possible du monde de Mowgli, à l’université de Bliss à Brattleboro, dans le Vermont aux Etats-Unis. Il s’agit de la première maison de Kipling alors jeune marié, construite sur la vallée de la rivière du Connecticut où « de décembre à avril, la neige se dépose aux rebords des fenêtres ». Kipling a attribué son inspiration littéraire à son « démon », une sorte d’impulsion créative involontaire, mais l’éloignement géographique a semblé joué dans la libération de son imagination. Pendant l’écriture du Livre de la Jungle, Kipling a confié à un journaliste avoir rassemblé tout ce qu’il a pu « entendre ou rêver à propos de la jungle indienne », en y mettant un soupçon de merveilleux.


Photo du remake du Livre de la Jungle 2016

The Jungle Book 2016 CREDIT: DISNEY

 

L’ambition rétive de ses sept ans de formation en Inde et son insatisfaction après son séjour à Londres, laissèrent place au bonheur familial. La première fille de Kipling, Josephine naît en 1892,alors qu’il commence juste à travailler sur l’histoire de Mowgli; sa deuxième fille, Elsie, vient au monde en 1896, juste après la parution du Second Livre de la Jungle. En 2010, une inscription manuscrite non signée a refait surface, rédigée soi-disant de la main de Kipling, dédiant le Livre de la Jungle à Joséphine, « pour qui il a été écrit par son père ».

Il est impossible de ne pas voir dans le Livre de la Jungle, une innocence joyeuse, que Kipling perdit lorsque Joséphine mourut cinq ans plus tard d’une pneumonie, une tragédie qui aiguisa sa désillusion à l’égard de la Guerre des Boers. S’ensuivit une autre catastrophe, la Première Guerre Mondiale, dans laquelle il perdit son fils, John. Elsie, sa seconde fille, racontait qu’il avait pris l’habitude de réciter des passages du Livre de la Jungle aux enfants, les lumières éteintes dans une chambre semi-obscure; lorsque Kipling écrit en 1920 que « la douleur devient plus forte lorsque la paix arrive car l’on pense alors à ce qui aurait pu être », il est poignant de constater que la génération sacrifiée fut celle des enfants pour lesquels il avait écrit ces histoires.

Le Roi Louie dans le remake du Livre de la Jungle 2016

King Louie, dans The Jungle Book (2016) CREDIT: DISNEY

 

Kipling se retrouve aujourd’hui revalorisé, et même peut-être redevient-il à la mode. Dans son excellente biographie, Kipling Sahib (2008), Charles Allen – l’arrière petit-fils du magnat de la presse Sir George Allen, qui prit sous son aile l’adolescent Kipling, journaliste débutant – attire l’attention sur « Ruddy », l’adolescent transgressif, qui ricanait devant les prétentions coloniales de ses aînés à Lahore, et Shimla et qui s’est immergé dans la culture autochtone Indienne bien plus que tous ses contemporains. En 2008 cette même année, le jour du Dimanche du Souvenir, la BBC a diffusé une adaptation de la bienveillante pièce My Boy Jack, (« Mon fils Jack) » qui traite de la mort du fils de Kipling en 1915, en son premier jour de combat.

Aujourd’hui le remake de Disney du Livre de la Jungle – qui sera suivi en 2018 par une adaptation de la Warner Bros : Jungle Book: Origins – ,  dans une éblouissante version en 3D, va pouvoir faire découvrir Kipling, à une nouvelle génération.
Que ces nouveaux films arrivent à retranscrire ou non la chaleur et l’humour du dessin animé original, peu importe, il suffit de se replonger sérieusement dans la version originale du livre de Kipling pour découvrir un véritable chef d’oeuvre.

¹ : Je me suis permise de couper cette petite partie qui rapporte des extraits d’une nouvelle « Beyond the Pale » que je ne veux pas m’aventurer à traduire, l’article étant compréhensible et gardant tout son sens, sans.

Sourcehttp://www.telegraph.co.uk/books/what-to-read/why-no-jungle-book-film-can-match-the-imaginative-brilliance-of/

Vivien Leigh (as Titania) dans "A Midsummer Night’s Dream"
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Être une femme et jouer Shakespeare dans l’Angleterre du 17ème siècle

Si vous passez par Londres, en bon fan de littérature, vous devez allez voir l’exposition « Shakespeare In Ten Acts » qui s’ouvre demain, 15 avril, et se tiendra jusqu’au 6 septembre, à l’occasion des 400 ans de la mort du dramaturge.
L’exposition est à la British Library (forcément) et elle survole 400 ans et plus d’histoire Shakespearienne : des premières productions sur scène aux adaptations les plus récentes. On y trouve des costumes, des manuscrits, des livres etc…
Et on y parle notamment de la libération des actrices, qui à l’époque n’avaient pas le droit de jouer les personnages féminins sur scène. 

Le Guardian (plus précisément son supplément du dimanche, The Observer) nous raconte comment les comédiennes se sont émancipées et ont réussi à s’imposer sur scène au 17ème siècle.

Traduction (libre) de l’article de Vanessa Thorpe « Secret lives of women who broke taboo to act in Shakespeare », daté du Dimanche 10 avril 2016, paru dans The Observer.

Will Kempe, Richard Burbage, et David Garrick, grandes figures du théâtre élisabéthain , n’ont jamais réussi à graver leurs noms dans le marbre, mais ils ont conservé jusqu’à aujourd’hui une jolie réputation sur les planches.
Mais qu’en est-il des actrices qui ont joué à leurs côtés ? Leurs noms ainsi que leurs réputations, ont été complètement oubliés.

Jusqu’en 1660, les rôles féminins dans les pièces de Shakespeare étaient majoritairement interprétés par de jeunes garçons ou de jeunes hommes. Mais de nouvelles recherches menées par la British Library ont révélé les détails des carrières de quelques-unes de ces actrices, qui ont osé joué des personnages shakespeariens sur scène, en dépit des interdictions et des préjugés.

Taxées à l’époque de prostituées, ou au mieux, de jolies diversions, ces six ou sept grandes actrices ont dû se battre pour se faire une place au sein de compagnies exclusivement masculines. Tout en repoussant régulièrement les avances des riches spectateurs, prêts à payer de petits extras pour assister aux changements de costume…

La British Library détient d’ailleurs une copie d’un incroyable prologue, destiné à l’époque, à avertir le public de la présence d’une réelle actrice sur scène un soir de représentation. Pour la première fois une véritable femme va jouer Desdemona dans Othello.
Ecrit par l’acteur et poète Thomas Jordan, à l’hiver 1660, le prologue promet que cette actrice est  « loin d’être ce que l’on peut appeler une prostituée, en Desdémone blessée par le Maure ».

Ces mots, originellement prononcés devant le public sur la scène du théâtre Vere Street à Lincoln’s Inn, avec d’autres documents très rares, composent  le cœur de l’exposition « Shakespeare In Ten Acts », qui célèbre les 400 ans de la mort de l’écrivain. Le prologue de Jordan souligne la puissance sexuelle de ce moment historique, tout en essayant de diminuer son importance :

 «I come unknown to any of the rest,

to tell you news, I saw the Lady dress’t,

the woman plays to day, mistake me not,

No man in Gown, or Page in Petty-coat,

A woman to my knowledge, yet I cann’t

(If I shoud dye), make affidavit on’t.»

On pourra également voir dans cette exposition, une copie originale de la proclamation royale datée de 1662, ayant permis aux femmes d’apparaître sur une scène professionnelle. Depuis 1647, une ordonnance puritaine avait complètement interdit les représentations théâtrales, mais treize ans plus tard, deux troupes, l’une dirigée par William Davanant, l’autre par Thomas Killigrew, obtiennent l’autorisation de se produire sur scène.
C’est deux ans après, que Charles II, grand fan de théâtre, décrète officiellement que « tous les rôles féminins mis en scène par l’une de ces deux troupes pourront être interprétés par des femmes ».

C’est la compagnie de Killigrew qui choisit de mettre en scène Othello en cet hiver 1660 ; la commissaire de l’exposition Zoë Wilcox, pense savoir quelle est l’identité de l’actrice qui a joué ce fameux premier rôle féminin, bien qu’une note gribouillée sur le prologue, suggère qu’il aurait pu s’agir d’une certaine Mademoiselle Morris. « Il y a très peu de preuves écrites, mais on pense qu’il s’agissait d’une certaine Ann Marshall. C’est ce qui semble le plus logique ,» dit-elle.

Ann Marshall, connue aussi sous le nom de Mademoiselle Quin, devint une star du théâtre, tout comme sa sœur, Rebecca.
Pendant un temps on a cru que la première Desdemona féminine avait été jouée par Margaret Hughes, une actrice qui finira par rejoindre la troupe originale du Théâtre Royal de Drury Lane, et connaîtra une grande carrière ; elle deviendra également la maîtresse du Prince Rupert, un cousin de Charles II.

Margaret Hughes, l'une des premières actrices à avoir fait carrière au 17ème siècle. Photo : Kean Collection/Getty Images.

Margaret Hughes, l’une des premières actrices à avoir fait carrière au 17ème siècle. Photo : Kean Collection/Getty Images.

Parmi les autres grandes actrices qui osèrent passer le pas, on trouve également Ann Barry et Mary Saunderson (ou Mademoiselle Betterton), la première à avoir interprété Juliette dans Roméo et Juliette et Lady Mcbeth.

Mais ces nouvelles stars provoquèrent de violentes réactions. Le 3 janvier 1661, après une représentation de The Beggars’ Bush par la troupe de Killigrew, Pepys écrivit : « c’est la première fois que je vois des femmes arriver sur scène. »
Durant plusieurs années, ces femmes ont plus été perçues comme des objets de curiosité pour des fans voyeuristes, qui prenaient une pièce de théâtre pour un peep show.

L’exposition propose également de découvrir les pages d’un journal, le Female Tatler, qui déplorait alors une nouvelle mode : les hommes venaient au théâtre et demandaient à s’asseoir dans les coulisses pour regarder les actrices mettre leurs costumes, au lieu de regarder la pièce dans la salle.
Le travestissement ne manqua pas de provoquer certains frissons sexuels parmi les spectateurs, et ces changements ont entraîné une moralisation de la société. Lorsque la délinquante (ndlr : pickpocket) Moll Cutpurse (de son vrai nom Mary Frith), la fameuse « Roaring Girl » londonienne qui avait l’habitude de s’habiller en homme, est devenue le sujet d’une pièce populaire et est apparue sur scène afin de promouvoir le spectacle, elle fut arrêté pour indécence.

De même, Edward Kynaston, un acteur qui avait continué d’interpréter des femmes malgré tout, développa un très grand attrait parmi les hommes et les femmes. « Ses riches admiratrices féminines sortaient avec lui régulièrement rien que pour se promener publiquement à ses côtés, alors qu’il était encore en costume shakespearien » raconte Zoë Wilcox.


Maxine Peake et Dame Harriet Walter , deux actrices contemporaines ayant joué des rôles shakespeariens masculins dans des productions récentes, témoignent pour cette cette exposition, dans des interviews vidéo . Les deux  comédiennes soulignent le travestissement et la fluidité de l’interversion des genres qui ont toujours existé dans les pièces du dramaturge.
« Evidemment, je connaissais l’histoire des gens qui jouaient Hamlet au temps de Ellen Terry , et Sarah Bernhardt », a déclaré Harriet Walter , qui a joué Brutus dans Jules César au sein d’un casting entièrement féminin au Donmar Warehouse à Londres . « Mais il y avait beaucoup plus… il y avait bien plus d’actrices jouant des rôles masculins, que ce que nous en savons aujourd’hui. Alors telle est la question : pourquoi n’a-t-on pas plus écrit là-dessus? ».

Source : http://www.theguardian.com/culture/2016/apr/10/secret-lives-of-women-shakespeare