Calendrier Littéraire de l'Avent | Eponine & Azelma

Hop sur la pile !, News

Calendrier Littéraire de l’Avent 2016

Joyeux Noël à tous et je vous souhaite plein de beaux livres sous le sapin !69-425x356-santa-reading-i

 


Décembre oblige, voici le premier Calendrier Littéraire de l’Avent d’Eponine & Azelma !

Les meilleurs livres de l’année 2016 vont défiler sur 25 jours… Certains ont déjà eu l’honneur d’un post sur le blog, mais d’autres, pas du tout. Il n’y a aucun classement de compétition ; je vous les présente par ordre de parution. Tous ont connu un énorme succès cette année dans les pays angle-saxons. Voici donc l’occasion de vous faire une petite liste, et pourquoi pas d’en mettre quelques-uns sous le sapin !

Bonus : 25 Décembre 
Harry Potter and The Cursed Child – J.K Rowling

Harry Potter and the cursed child, par J. K. Rowling, Jack Thorne, John Tiffany

Harry Potter and the cursed child, par J. K. Rowling, Jack Thorne, John Tiffany

Je sais, le calendrier de l’Avent est censé se terminer le 24 décembre, mais j’ai eu envie de boucler cette liste par un best-seller de l’année qui colle bien avec le matin de Noel : Harry Potter and The Cursed Child ! On ne présente plus le sorcier le plus célèbre du monde et d’ailleurs ! On a tout lu et entendu sur ce dernier « tome » de la saga. Pas vraiment un livre, pas vraiment la suite, pas vraiment bien… bref toujours est-il que le script de cette pièce n’est pas très long et une histoire de sorciers, même ayant grandi, reste une histoire d’Halloween parfaite et une lecture de circonstance. Comme tout le monde le sait, Harry Potter a grandi, employé du Ministère de la Magie il est père de trois enfants. Albus Potter, l’un des trois, a du mal à gérer son héritage et son entrée à Pouillard va être un peu bousculée. Pour certains c’est une grande déception, pour d’autres un plaisir régressif, peu importe Harry Potter c’est incontournable ! Alors à défaut de pouvoir aller voir la pièce à Londres, on se contente de ce 8ème opus.

Harry Potter and the cursed child – J. K. Rowling, Jack Thorne, John Tiffany
Editeur : Little Brown
Pages : 352 pages
Année : 2016

24 Décembre
Moonglow, par Michael Chabon

Cover de Moonglow - Michael Chabon

Moonglow – Michael Chabon

Moonglow est une sorte d’ovni littéraire : il s’agit de mémoires, racontées par le petit-fils d’un vieil homme mourant. Les confessions grand-père ont été inspirées par la vie du propre grand-père de l’auteur, le romancier juif-américain Michael Chabon, et par les multiples anecdotes qu’il lui a racontées à la veille de sa mort. Le livre fourmille donc de flashbacks, de questions sur l’identité, et de secrets de famille… Le personnage du grand-père et même celui de la grand-mère du narrateur, sont tous deux admirablement bien construits et émouvants. Evidemment on ne connaît pas la part de vrai et de faux dans ces histoires, mais est-il nécessaire d’en savoir plus ? Le roman brasse des sujets, et des moments de vie aussi divers que l’Holocauste, la santé mentale, la passion des fusées… Bref un joyeux désordre qui forme une vie et qui a construit la famille du narrateur. Michael Chabon tient là l’un de ses meilleurs romans, lui qui ne l’oublions pas, a remporté le Prix Pulitzer en 2001.

Moonglow – Michael Chabon
Editeur : Harper
Pages : 448
Année : 2016

23 Décembre
The Mothers, par Britt Bennett

Cover de The Mothers - Brit Bennett

The Mothers – Brit Bennett

The Mothers est un premier roman dont l’intrigue se noue autour d’un secret : après le suicide de sa mère, la jeune Nadia lycéenne, âgée de 17 ans, s’entiche de Luke, le fils du pasteur. Nadia tombe enceinte et part à la clinique pour avorter. Elle ne dit rien à personne et ment à tout son entourage, ainsi qu’à Aubrey sa meilleure amie qui n’a elle-même jamais connu sa mère.
On suit ensuite le destin de ces trois personnages : Nadia, Luke, et Aubrey, dans leur vingtaine. Les relations sont compliquées : Luke et Aubrey se sont mariés et Nadia les voit construire leur relation et ne peut s’empêcher de se projeter. Doit-elle regretter les ratés de sa relation avec Luke ? Son avortement ? Le livre s’appelle The Mothers car finalement c’est une histoire, basée non pas sur la maternité, mais sur les mères : la mère absente d’Aubrey, la suicide de la mère de Nadia, l’avortement de cette dernière… Tous les personnages ont vécu des traumatismes, et dans cette petite communauté chrétienne et afro-américaine, il y a des événements qu’il vaut mieux ne pas révéler.  La jeune voix de Brit Bennett est rafraîchissante et elle brosse le portrait de ses personnages avec une grande acuité : les difficultés à sortir de l’adolescence, les choix à assumer. Ce livre a été très bien accueilli par les critiques et Brit bennette est clairement une jeune auteure de 26 ans à surveiller !

The Mothers – Brit Bennett
Editeur : Riverhead Books
Pages : 288
Année : 2016


22 Décembre

Swing Time, par Zadie Smith

Book cover de Swing Time par Zadie Smith

Swing Time – Zadie Smith

 

Swing Time est un des livres qui a suscité le plus d’attentes cette année. Zadie Smith est un écrivain de talent multi-récompensée, et qui ne déçoit jamais. Le livre est un grand roman social sur l’amitié entre deux filles aux origines diverses, dans le Londres des années 80 à 2000. Tracey et la narratrice (qui n’est jamais nommée) se rencontrent à l’adolescence. Elles ont une passion commune pour la danse. Seul problème : Tracey a beaucoup de talent mais la narratrice n’en a pas autant, elle a les pieds plats. Tracey parvient à ses fins en intégrant une compagnie de danse, tandis que son amie abandonne les chorégraphies et part sur les routes, devenant l’assistante personnelle d’une chanteuse à succès. Le roman repose sur les différences entre les deux amies et leurs destins respectifs : est-on plus heureux lorsque l’on quitte son pays pour réussir ? Comment gérer l’échec ? Au centre du livre  également, la relativisation des étiquettes sociales de chacun des personnages. Et évidemment l’amitié féminine, l’adolescence et la famille. C’est un grand roman moderne et néanmoins intemporel.

Swing Time – Zadie Smith
Pages : 464
Editeur : Penguin Press
Date : 2016


21 Décembre

The Wangs vs. The World, par Jade Chang

Cover The Wangs Vs The World - Jade Chang

The Wangs Vs The World – Jade Chang

The Wangs vs. The World c’est une épopée familiale à travers l’Amérique : Charles Wang, chef d’entreprise, se retrouve ruiné après la crise de 2008. Il décide alors de quitter Los Angeles, de récupérer leurs enfants qui se trouvent dans des internats bien trop coûteux à présent, aux quatre coins des Etats-Unis, dans le but de partir en Chine à la recherche de ses racines. Evidemment ce road trip devient complètement loufoque et on le sait bien, ce n’est pas la destination qui compte, mais le voyage. Et les Wang, comme le lecteur, vont être servis. Les personnages sont ultra attachants, le contexte économique est remarquablement bien décrit par Jade Chang. Il y a beaucoup d’humour, de comédie, mais aussi de désillusions. L’ American Dream en prend un coup mais la famille va enfin se retrouver, se concentrer sur son histoire ; surtout Charles qui tient à se ressourcer dans sa terre natale. C’est surtout une histoire de seconde génération d’immigrés, de réussite puis de descente de l’échelle sociale, et c’est un roman qui prouve que l’argent ne peut acheter les liens familiaux et que lorsque c’est tout ce qu’il reste, il vaut mieux les préserver.

The Wangs vs. The World – Jade Chang
Editeur : HarperAvenue
Pages : 368
Année : 2016

20 Décembre
Autumn, par Ali Smith

Cover de Autumn - Ali Smith

Autumn – Ali Smith

En cette rentrée littéraire anglo-saxonne, Ali Smith a détonné avec son roman post-brexit, le premier du genre.
Autumn se déroule justement à l’automne 2016, trois mois, donc, après que le Royaume-Uni ait décidé de sa sortie de l’UE.
Le roman part de l’amitié entre un vieil homme centenaire et une jeune femme de 30 ans, et revient sur celle-ci par flashbacks, couvrant ainsi 50 années.
Autumn se veut une analyse sociale des années écoulées dans un Royaume-Uni qui se réveille en cet automne 2016, avec la gueule de bois. Il est également le premier livre d’une série de quatre (qui représenteront évidemment les quatre saisons, et qui traiteront du temps qui passe).
Le roman colle vraiment à l’actualité ce qui est très rare : Ali Smith a donc absorbé très vite l’état du pays et s’en est inspiré pour angler son récit. Autumn est un patchwork d’histoires, un mille-feuilles en quelque sorte. C’est un livre politique et sociologique, sur fond de personnages attachants. Seul bémol : Ali Smith qui dénonce la frénésie ambiante, les opinions changeantes et le temps qui file, écrit là un roman qui ne restera peut-être pas dans la postérité par manque de recul sur son sujet. Mais peu importe, Ali Smith est l’une des grandes auteurs anglaises de cette décennie et j’ai hâte de découvrir les trois autres romans qui formeront cette série des quatre saisons.

Autumn – Ali Smith
Editeur : Hamish Hamilton
Pages : 258
Année : 2016

19 Décembre
The Wonder, par Emma Donoghue

Cover de The Wonder - Emma Donoghue

The Wonder – Emma Donoghue

The Wonder se situe en Irlande dans les années 1850 : c’est l’histoire d’une petite fille de 11 ans, Anna, qui décide d’arrêter de s’alimenter, mais qui continue de vivre malgré tout. Une infirmière va alors être dépêchée sur place pour essayer de comprendre comment la petite peut survivre. Il s’agit d’un thriller psychologique basé sur de faits réels: entre le 16ème et le 20ème siècle, plusieurs affaires de jeunes filles qui ne mangeaient plus mais survivaient, sont apparues. Leurs raisons pouvaient être religieuses ou politiques ; on les appelait les « fasting girls« . Elles suscitaient alors la curiosité de leur entourage et de leurs médecins.
Ici Anna n’a pas mangé depuis 4 mois et cette infirmière, Lib, est là pour vérifier ses dires et surtout constater le miracle ou la fraude. Evidemment rien ne va se passer comme prévu, la relation entre Lib et Anna va changer et le mystère autour de la santé d’Anna, s’épaissir.
Emma Donoghue est une spécialiste du thriller psychologique : elles est l’auteur du fameux Room (VF: « Room » trad. de Virginie Buhl, Paris, Éditions Stock), une histoire inspirée par l’affaire Fritzl, adaptée il y a quelques mois au cinéma. The Wonder est dans la lignée de ses travaux précédents : un « page-turner » un poil gothique, avec du suspense, et de la superstition. La prose d’Emma Donoghue n’est pas fabuleuse dans ce roman-ci, il faudra aller lire Room pour se faire une idée du talent de cette jeune femme. Néanmoins on passe un très bon moment avec The Wonder.

The Wonder – Emma Donoghue 
Editeur : Picador
Pages : 304
Année : 2016


18 Décembre 

Here I Am, par Jonathan Safran Foer

Cover de Here I Am - Jonathan Safran Foer

Here I Am – Jonathan Safran Foer

Jonathan Safran Foer revient au roman avec Here I Am. Il l’avait délaissé pour la « non-fiction » avec son dernier succès Eating Animals (VF : « Faut-il Manger Les Animaux?« , traduit pas  Gilles Berton et Raymond Clarinard, éd. de l’Olivier), un plaidoyer pour le mode de vie végétarien.
Julia et Jacob sont mariés et vivent à Washington DC avec leurs trois enfants Sam, Max et Benjy. De religion juive, ils essaient d’appliquer avec plus ou moins de succès, leurs traditions à l’éducation de leurs enfants. A force d’être trop consciencieux ils en finissent par s’éloigner de leur progéniture plus qu’autre chose. Au milieu de tout cela, on rencontre également le vieux grand-père de Jacob , Isaac, ses parents ainsi que ses cousins : ils vivent en Israel mais sont sur le point de débarquer.
Il s’agit d’un roman sur les liens familiaux, sur la quête de l’identité à travers la religion, mais aussi un livre politique : que représente Israel pour les juifs d’Amérique ? C’est le 3ème roman de l’écrivain américain, et certains critiques y ont trouvé des éléments autobiographiques, bien que Jonathan Safran Foer nie totalement ces hypothèses. L’humour noir et les dialogues ciselés de Here I Am en font un des « must-read » de cette année, comme chacun des livres de Foer. Si vous aimez, Philip Roth ou Jonathan Franzen, foncez sur Here I Am, vous retrouverez la même ambiance et les mêmes questionnements que dans ces romans juifs américains.

Here I Am – Jonathan Safran Foer
Editeur : Farrar, Strauß and Giroux
Pages :
Année : 2016


17 Décembre

Behold The Dreamers, par Imbolo Mbue

Cover de Behold the Dreamers - Imbolo MBue

Behold the Dreamers – Imbolo MBue

Behold The Dreamers (VF: « Voici Venir les Rêveurs » , traduit par Sarah Tardy, éd. Belfond) ou Les Illusions Perdues… C’est un roman sur l’envers du décor de l’American Dream et la difficulté de quitter sa terre natale pour voguer vers d’autres horizons pas toujours plus cléments.
Jende, Neni et leur fils Lioni ont quitté le Cameroun pour leur rêve d’Amérique. Pour décrocher sa green card, Jende doit trouver un emploi. Il est soulagé lorsqu’il est embauché comme chauffeur par un grand banquier de Wall Street. Une complicité inattendue va alors se nouer entre le grand chef d’entreprise et l’immigré clandestin. Seule ombre au tableau : nous sommes en 2007 et la crise des subprimes pointe le bout de son nez.
Imbolo Mbue, elle-même native du Cameroun, sait mieux que personne décrire les espoirs, les découragements mais aussi la bonne humeur qu’il faut développer pour se serrer les coudes lorsque tout ne va pas dans le bon sens. La rencontre de Jende et son patron est un choc des cultures, mais c’est surtout le décalage de cette famille et de ses valeurs avec l’ « american way of life » qui rend le roman drôle et tendre à la fois. Le livre ne tombe jamais dans le pathos, au contraire, et l’attente qu’il a suscitée est méritée. Tout comme The Girls d’Emma Cline, Behold The Dreamers a été annoncé comme un coup de tonnerre dans l’édition : Random House a acquis les droits du manuscrit en 2014 pour un million de dollars, et depuis, sa sortie était très attendue. Behold The Dreamers n’est pas LE livre de l’année mais c’est un joli roman sur la question de l’émigration.

Behold The Dreamers- Imbolo Mbue,
Editeur : 
Random House
Pages :
400
Année : 
2016

15 Décembre
The Underground Railroad, par Colson Whitehead

Cover de The Underground Railroad - Colson Whitehead

The Underground Railroad – Colson Whitehead

Best-seller du New-York Times , et lauréat du National Book Award, The Underground Railroad chronique l’évasion d’une esclave en 1812.
Ceasar , venu tout droit de Virginie, arrive sur une plantation de coton en Géorgie pour y travailler en tant qu’esclave. Il rencontre Cora. Ils décident tous les deux de s’échapper ensemble mais tout ne se passe pas comme prévu. Cora tue un jeune garçon blanc dans sa fuite et devient une criminelle recherchée. Elle prend alors un train pour s’enfuir de ce Sud oppressant. Le train en question, va s’arrêter dans plusieurs états qui représentent chacun une façon différente de traiter l’esclavage aux Etats-Unis.
Dans une sorte de « Voyage de Gulliver » , Cora va arpenter l’Amérique et entamer une odyssée sans fin dans un monde pré-guerre civile. Le roman souligne la volonté féroce de Cora de s’en sortir dans cette Amérique brutale et sans concession pour les afro-américains, et sa quête de liberté.
A l’origine le « chemin de fer clandestin » désignait les routes que les esclaves empruntaient, pour se réfugier vers le Nord, voire le Canada, avec l’aide des abolitionnistes. Colson Whitehead rend ce chemin de fer concret dans son livre, en imaginant un vrai train qui suivrait ces routes, sans métaphore. Ses recherches historiques sont très poussées, sa prose est précise et son sujet est maîtrisé. Choisi par Oprah Winfrey, et même par Barack Obama, ce livre est devenu numéro un des ventes sans trop de difficulté!

The Underground Railroad – Colson Whitehead
Editeur : 
Doubleday
Pages :
320
Année : 
2016

 

15 Décembre
Grief Is The Thing With Feathers, par Max Porter

Grief Is The Thing With Feathers by Max Porter

Grief Is The Thing With Feathers- Max Porter

 

Je triche un peu avec Grief Is The Thing With Feathers (VF: « La douleur porte un costume de plumes » traduit par Charles Recoursé, éd. du Seuil) , car il est sorti fin 2015, mais c’est cette année qu’il a explosé chez les libraires !
Max Porter a obtenu l’International Dylan Thomas Prize 2016 et a été nommé dans de nombreux autres prix.
Le livre, mi-roman, mi-fable, raconte l’histoire de deux jeunes garçons qui doivent faire face à la mort soudaine de leur mère. En plein milieu de cette période de désespoir, un corbeau rend visite à la famille, mais pas n’importe lequel : celui issu du recueil de poèmes Crow de Ted Hugues, dont le père de famille est un grand admirateur et spécialiste. L’oiseau va alors jouer le rôle de baby-sitter et de guérisseur en aidant la famille à faire son deuil.
Pour information Ted Hughes est un (si ce n’est le plus grand) poète anglais. Il a même été nommé poète officiel de la Reine en 1984, jusqu’à sa mort en 1998. Il a été mariée à la poétesse américaine Sylvia Plath, ayant même été accusé d’être à l’origine du suicide de cette dernière. Son recueil de poèmes Crow, paru en 1970 chez Faber & Faber, est son oeuvre la plus remarquable.
Grief is The Thing With Feathers est une oeuvre atypique mais néanmoins remarquable et bouleversante : Max Porter réussit à intégrer l’univers du poète Ted Hughes dans un roman en lui rendant un fabuleux hommage ; et, en plus de ce côté fantastique, l’histoire centrale reste plausible. Ce père qui doit réapprendre à vivre avec ses deux enfants orphelins de mère, est attachant et plein d’espoir. Le corbeau, animal d’habitude synonyme de noirceur, est en fait la lumière qui va apaiser toute cette petite famille décimée.
Le récit est sensible et poétique, et Max Porter réussit à parler de chagrin et de mélancolie avec émotion et grâce.

Grief Is The Thing With Feathers – Max Porter
Editeur :
Faber & Faber 
Pages :
128
Année :
2015

14 Décembre
The Lesser Bohemians, par Eimear McBride

Cover de The Lesser Bohemians - Eimear McBride

The Lesser Bohemians – Eimear McBride

Eimear McBride est une auteure irlandaise qui a fait des débuts fracassants il y a 3 ans avec son 1er roman A Girl Is a Half-formed Thing (VF: « Une fille est une chose à demi » , traduit de l’anglais par Georgina Tacou, éd. Buchet Chastel)
Elle a, entre autres, remporté le Goldsmiths Prize en 2013, et le  Baileys Women’s Prize for Fiction en 2014. 
Elle était donc attendue au tournant avec ce deuxième livre. Eily, jeune adolescente irlandaise âgée de 18 ans arrive à Londres pour étudier la comédie. Elle rencontre Stephen, un acteur âgé de 38 ans, un poil torturé. Ils entament une liaison explosive et le livre raconte cette histoire d’amour de bout en bout, ainsi que plus largement, une année dans la vie d’Eily. 

Selon son auteur, le roman est d’abord dédié à la ville de Londres, puisqu’au moment de sa rédaction, elle était elle-même loin de la capitale anglaise qu’elle adore. Le livre est également une ode à la fin de l’adolescence et au frisson de l’indépendance. Comme pour l’héroine de son premier roman, la vie sexuelle d’Eily prend une place considérable et va participer à définir qui elle est. Mais Eily est une femme forte qui maîtrise son destin et le prouve du début à la fin. La prose d’Eimear McBride est toujours aussi fulgurante : le lecteur n’est plus seulement un observateur, il rentre dans l’esprit des personnages et surtout celui d’Eily. Ses techniques de narration tiennent presque du théâtre. Eimear McBride, souvent comparée à James Joyce, est en tout cas l’une des auteures les plus talentueuses des lettres anglo-saxonnes.

 

The Lesser Bohemians – Eimear McBride
Editeur : Faber & Faber
Pages :
320
Année :
2016

13 Décembre
The Association Of Small Bombs, par Karan Mahajan

Cover de The Association Of Small Bombs - Karan Mahajan

The Association Of Small Bombs – Karan Mahajan

Autant le dire tout de suite : ce roman sur le terrorisme n’est pas celui qui va ensoleiller votre mois de décembre… Mais si vous êtes prêts à vous plonger dans une analyse sensible et juste des conséquences du terrorisme, chez les victimes et les bourreaux, lisez celui-là plutôt que n’importe quel autre. A Delhi en 1996, deux frères, Tushar et Nakul Khurana, partent récupérer le poste de télévision familial, dans une échoppe de réparation d’éléctronique. Ils sont accompagnés de leur ami Mansoor. Soudain, une bombe explose sur le marché tuant aussitôt les deux frères, et épargnant, physiquement du moins, leur ami Mansoor. La famille Khurana est dévastée, tandis que Mansoor essaie de vivre avec le traumatisme. Le roman nous fait vivre les conséquences de cet attentat sur les familles des victimes, mais aussi sur les terroristes eux-mêmes, souvent des activistes radicalisés.
Karan Mahajan nous emmène dans les coulisses de la tragédie, décrypte la violence, essaie de comprendre ce qui se passe dans la tête de tous les protagonistes. La description de l’explosion, puis le traitement du deuil, sont fins et précis. Il vise, en fait, à nous faire prendre conscience de l’horreur des attentats dans ces régions fébriles, même lorsque ce sont de « petites » bombes qui ne font pas les gros titres des journaux occidentaux. Il soulève l’éternel et récurrent problème des journalistes : les « morts au kilomètre ». Doit-on parler de chaque attentat avec la même importance, même si l’on s’habitue malheureusement à ce que certaines régions soient régulièrement touchées ?

The Association of Small Bombs est le 2ème livre de l’américain Karan Mahajan ; il a été nommé pour le National Book Award cette année, et fait partie de la liste des 10 meilleurs livres de 2016, dressée par le New York Times Book Review.

The Association of Small Bombs – Karan Mahajan
Editeur : 
Chatto & Windus
Pages :
288
Année : 
2016


12 Décembre
Do Not Say We Have Nothing, par Madeleine Thien

Cover de Do not say we have nothing - Madeleine Thien

Do not say we have nothing – Madeleine Thien

Do Not Say We Have Nothing faisait partie de la shortlist du Man Booker Prize 2016, et c’était mon favori ! Malheureusement son auteure, la canadienne Madeleine Thien, n’a pas remporté le prix, c’est le talentueux Paul Beatty qui a raflé la récompense avec The Sellout.
Il n’empêche que le sujet de cette fiction est passionnant : une saga familiale complexe retraçant l‘histoire de la Chine du 20ème siècle, avec pour héros, des musiciens, sans cesse pris dans les tourments de la politique du pays. Au début du roman nous sommes en 1990 et nous rencontrons Marie, 10 ans ; elle est issue d’une famille d’immigrés chinois réfugiés à Vancouver, et vient de perdre son père qui s’est suicidé. Elle vit donc avec sa mère, qui tente de faire bonne figure. Quelques mois plus tard, Ai-Ming, 19 ans, sonne à la porte et se présente comme une amie de la famille : elle aussi vient de quitter la Chine suite aux événements de Tiananmen. Les deux jeunes filles s’entendent comme des soeurs et elles échangent sur le passé de leurs deux familles. La vie de leurs ancêtres nous replonge alors dans un siècle d’histoire de la Chine, depuis les années 40 jusqu’aux années 2000.
Les tortures, les détentions, les interdictions, les protestations, rien n’a été épargné aux parents et grands-parents de Marie et Ai-Ming. Le fil rouge de l’histoire est la relation entre les deux pères des deux jeunes filles : Kai, le père de Marie, était le professeur de musique de Sparrow, le père d’Ai-Ming. Leur amitié domine tout le livre, et la musique prend alors une place centrale dans l’histoire. C’est une fiction fabuleuse, surtout pour ceux qui n’y connaissent absolument rien en Histoire chinoise, comme moi… On plonge directement dans la vie de tous ces personnages, on s’attache à Marie et on aimerait comme elle comprendre d’où vient son père et pourquoi il s’est suicidé sans explication. Le livre est très bien écrit, extrêmement émouvant, ponctué de textes de chansons, de poèmes, de sigles chinois, et évidemment de notes de musique. Vous aurez sûrement besoin d’une feuille de papier pour établir un arbre généalogique afin de ne pas vous y perdre mais on s’identifie à tous les personnages et l’on tourne les pages comme celles d’un thriller. L’un des plus beaux livres de 2016 !

Do Not Say We Have Nothing
Editeur : Granta Books
Pages : 480
Année : 2016


11 Décembre

The Girls, par Emma Cline

The Girls - Emma Cline

The Girls – Emma Cline

Emma Cline est une jeune auteure américaine dont The Girls est le premier roman ; pourtant elle a mis en ébullition le milieu littéraire. A seulement 27 ans, elle aurait reçu 2 millions d’euros d’avance pour ce manuscrit deux ans avant sa publication. Les droits du roman ont évidemment déjà été achetés pour le cinéma. Un peu trop peut-être me direz-vous ? OUI. Les américains aiment les histoires de réussite fulgurante, et Emma Cline n’échappe à la règle. The Girls est un très bon roman mais pourquoi un tel engouement? Je cherche encore…
Evie Boyd est une jeune adolescente de 14 ans qui s’ennuie dans la torpeur de l’été 1969. Elle ne s’entend pas avec sa mère et se cherche des modèles… Elle décide d’intégrer une bande de jeune hippies qui la fascine, et se fond rapidement dans le groupe tombant sous la coupe de Russell, un gourou pervers. Evie va alors troquer sa liberté contre l’asservissement : en bonne suiveuse, elle accompagne le groupe, et donc Russell, dans tous ses délires (sexuels, meurtriers, délictueux…).
C’est un livre sur l’adolescence, l’indépendance et Emma Cline rend compte avec maestria de cette période de la vie d’une jeune femme. Evie ne se rend pas compte qu’à défaut de liberté, elle va sacrifier sa jeune rébellion et se retrouver soumise aux règles du groupe. Le livre est évidemment inspiré d’un fait divers sordide : les meurtres odieux commis par « La Famille » , la secte de Charles Manson, à Los Angeles pendant l’été 69. Et notamment de celui de Sharon Tate, épouse de Roman Polanski et enceinte de 8 mois et demi au moment de sa mort.
Emma Cline réussit le tour de force d’arriver à justifier la bêtise humaine par le désenchantement adolescent. Il faut donc lire ce livre même si pour moi, il a été un poil sur-vendu, notamment dans les pays anglo-saxons où chaque apparition d’Emma Cline a déclenché l’hystérie cet été. Emma Cline a en tout cas du talent et un grand avenir devant elle si elle passe le test du 2ème roman !

The Girls – Emma Cline
Editeur :  Chatto & Windus
Pages : 368
Année : 2016

10 Décembre
Barkskins – Annie Proulx

Cover de BarKskins - Annie Proulx

Barkskins – Annie Proulx

Le nom d’Annie Proulx ne vous dit peut-être rien, elle n’est en effet pas si populaire en France, mais elle est pourtant l’auteur d’une célèbre nouvelle qui a donné naissance à un très grand film : Brokeback Mountain. L’auteure américaine a commencé sa carrière dans le journalisme en publiant des nouvelles. Elle passe ensuite aux romans, et remporte de prestigieux prix tels que le National Book Award et le Prix Pulitzer de la fiction, tous deux pour The Shipping News (VF: « Noeuds et dénouements », traduit en français par Anne Damour, éd. Rivages) sorti en 1993.
L’environnement est au coeur de son dernier roman Barkskins : deux immigrés français Charles et René, débarquent en « Nouvelle-France » (premier empire colonial français en Amérique du Nord) à la fin du 17ème siècle. Ils travaillent dans la forêt qu’ils sont censés défricher, au service d’un « seigneur ». Charles décide de se sauver de chez ce monsieur après avoir compris qu’il pouvait faire fortune grâce à la forêt, tandis que René reste sur la propriété et fonde une famille avec une amérindienne. Le roman suit la vie et le destin de ces deux hommes et de leurs familles, deux destins complètement différents, sur 300 ans. Le commerce international et la déforestation sont donc à l’honneur dans cette saga épique et historique. Mais Annie Proulx évoque aussi la colonisation, les frontières et le destin des amérindiens. C’est une véritable histoire de l’Amérique du Nord ainsi qu’ un plaidoyer pour l’écologie. La prose d’Annie Proulx a été unanimement saluée à la sortie de ce livre. Il fait partie des 25 meilleurs de l’année, et est assurément LE roman de sa vie.

Barkskins – Annie Proulx
Editeur : Scribner
Pages : 736
Année : 2016

9 Décembre
The Little Red Chairs, par Edna O’Brien 

The Little Red Chairs - Edna O'Brien

The Little Red Chairs – Edna O’Brien

 

Publié en septembre dernier en France (VF: « Les petites Chaises Rouges », traduit par Aude de Saint Loup et Pierre-Emmanuel Dauzat, éd. Sabine Wespieser), The Little Red Chairs est le 24ème roman d’Edna O’Brien, la très célèbre auteure irlandaise. Je lui avais consacré une critique ici : il s’agit d’un roman qui prend sa source dans les horreurs de la guerre de Bosnie. Vladimir Dragan, soit-disant guérisseur, débarque dans un petit village irlandais afin d’y installer son cabinet. très charmeur et séduisant, il est apprécié de tous les habitants, surtout des femmes… Il entame notamment une liaison avec Fidelma, femme mariée, qui tombe amoureuse de lui… L’idylle s’arrête lorsque Vlad est arrêté pour crimes de guerre durant la guerre de Bosnie… Tout le village estomaqué, apprend qu’il est en fait l’un des pires meurtriers que la terre ait porté et qu’il doit bientôt être jugé à La Haye, à la Cour Pénale Internationale. Fidelma va donc devoir prendre un autre chemin qui croisera celui de Vlad au Tribunal…
Edna O’Brien tient là l’un de ses plus grands romans, rassemblant les thèmes qui lui sont chers : l’Irlande, l’identité, l’émancipation des femmes… Mais en abordant le contexte du crime de guerre, en brossant le portrait de Radovan Karadzic, qui apparaît clairement sous les traits de Vlad. Avec sa prose précise et lyrique, avec son empathie vis-à-vis de son héroïne naïve mais attachante, avec son traitement du problème des réfugiés, Edna O’Brien nous offre un superbe roman historico-politique.

The Little Red Chairs – Edna O’Brien
Editeur : Faber & Faber
Pages : 320
Année : 2016

 

8 Décembre 
The Essex Serpent, par Sarah Perry 

The Essex Serpent - Sarah Perry

The Essex Serpent – Sarah Perry

Tout juste élu « livre de l’année » par Waterstones , The Essex Serpent et sa si jolie couverture continuent leur petit bonhomme de chemin dans le coeur des lecteurs anglo-saxons…
Je lui avais consacré un petit article ici , car je l’avais a-do-ré. Si vous aimez les sciences, les légendes du Loch Ness, Moby Dick, Jane Austen, et Downton Abbey, pas forcément dans cet ordre, vous allez aussi l’apprécier ! Nous sommes en pleine ère victorienne et la jeune veuve londonienne Cora Seagrave, déserte la capitale après les funérailles de son mari pour un mystérieux petit village perdu dans l’Essex. Pourquoi ? Car il se murmure qu’une bête bizarre et monstrueuse peuple les eaux de la côte… Cora, curieuse et férue de biologie se passionne pour cette histoire et s’installe dans le village en question. Elle y rencontre, entre autres, William Ransome le pasteur local, qui lui ne croit pas en la légende urbaine du coin… Au contraire, très rationnel sur le sujet, il n’apprécie pas cette rumeur qui pousse les villageois à déserter la religion pour une adoration ridicule envers cette « bête ». S’en suivront de nombreuses conversations passionnées et des échanges musclés autour des certitudes de Cora et de Ransome. Et l’on sent rapidement que ce dernier, bien que marié, pourrait développer plus que des sentiments amicaux pour Cora…
Ce livre est exceptionnel : l’histoire mystérieuse de ce serpent nous tient en haleine, mais évidemment c’est le récit parallèle des amitiés de Cora, et les personnages secondaires qui nous séduisent le plus. Sarah Perry possède un don pour les faire exister, et ils ont chacun une profondeur qui nous donne l’impression qu’ils pourraient sortir du livre à tout moment. Au coeur du roman également : l’éternel débat entre sciences et foi. Les échanges entre Cora et Ransome sont plus que savoureux, et la personnalité de Cora, féministe et indépendante est irrésistible.
Il s’agit du 2ème roman de Sarah Perry et elle confirme son talent de conteuse et sa capacité à moderniser le passé par le biais de ses personnages si forts et en avance sur leur temps. The Essex Serpent s’est également fait remarquer par sa sublime couverture, alors pour le plaisir je vous montre ci-dessous sa nouvelle version (bleue), sortie après que Waterstones en ai fait son « livre de l’année 2016″… Vive le marketing littéraire!

9781781255445

The Essex Serpent – Sarah Perry
Editeur : Serpent’s Tail
Pages : 432
Année : 2016

7 Décembre
The Gene, par Siddhartha Mukherjee

Cover de The Gene par Siddhartha Mukherjee

The Gene – Siddhartha Mukherjee

 

Siddhartha Mukherjee est un célèbre médecin et chercheur, en oncologie. Diplômé de Stanford, Oxford, et Harvard il a remporté le Prix Pulitzer de l’essai, en 2011 avec son livre sur le cancer : The Emperor of All Maladies: A Biography of Cancer (VF: L’Empereur de toutes les maladies. Une biographie du cancer, traduit par Pierre Kaldy, éd. Flammarion). Dans ce livre il avait pris le parti de traiter le cancer comme une ennemi dont il faut connaître toutes les stratégies d’attaque, afin de le vaincre. L’auteur y célébrait le courage et la ténacité des grands chercheurs, et y expliquait les débuts du combat contre cette maladie increvable.
Dans The Gene, An Intimate HistorySiddhartha Mukherjee reprend un peu les mêmes codes et le même schéma, pour les appliquer au gène. Il commence le livre en nous racontant que dans sa famille court une maladie mentale depuis plusieurs générations. Et l’on est tout de suite accroché par ce sujet qui paraît rabat-joie au premier abord. Siddhartha Mukherjee dresse un portrait-robot du gène, et nous propose une sorte d’étude sur l’hérédité à travers les âges. Il nous relate l’histoire de cette merveilleuse découverte qui date de 1909, comme une sorte de « prequel » à sa biographie du cancer. En effet, selon lui, le cancer est en quelque sorte un code génétique qui tourne mal ; il était donc indispensable de commencer par le début pour mieux comprendre le corps humain.
De Darwin jusqu’au Nazis, l’auteur nous décrit toutes les phases d’expérimentation du code génétique, et nous apprend à quel point la génétique n’est pas juste un sujet de recherche, mais est bien la base de la vie et de l’identité.
Ce livre a fait un carton  dans les pays anglophones : c’est LE livre de « non-fiction » de l’année. Comme je le répète souvent sur le blog, les anglo-saxons sont très friands de « non-fiction » et les libraires savent les écouter ! The Gene était partout sur les étagères des magasins  cet été. Le bouche à oreille ainsi que le succès de son premier livre ont donc permis au Professeur Muhkerjee de prouver que les sujets les plus inaccessibles peuvent plaire au plus grand nombre s’ils sont bien abordés.
The Gene, An Intimate History – Siddhartha Mukherjee
Editeur : Scribner
Pages : 608
Année : 2016

6 Décembre 
LaRose, par Louise Erdrich

Cover de LaRose de Louise Erdrich

LaRose – Louise Erdrich

Louise Erdrich est l’une de mes auteures préférées : elle est notamment l’une des meilleures, si ce n’est LA meilleure, représentante de la littérature indienne. Maintes fois récompensée pour son oeuvre, elle a d’ailleurs reçu le National Book Award en 2012 pour The Round House (VF: Dans le silence du vent, traduit par , éd. Albin Michel). Elle possède également une librairie à Minneapolis, spécialisée dans quoi ? La littérature amérindienne évidemment…!
LaRose est un roman qui réunit toutes les qualités des fictions de Louise Erdrich : des personnages hauts en couleurs, la quête d’identité, le catholicisme, ou l’histoire familiale…. Landreaux Iron, tue accidentellement le fils de son voisin et ami, âgé de cinq ans, lors d’une partie de chasse. Traumatisé et lui-même père d’un petit garçon du même âge, il part se confier à un prêtre. Le lendemain, il décide d’offrir son propre fils, LaRose, à son voisin en « dédommagement ». Le petit LaRose devient alors un enfant spécial, chargé de réconcilier finalement deux familles avec la perte et le deuil. Louise Erdrich nous dresse alors le portrait de chaque « LaRose » ayant peuplé les générations des ancêtres de Landreaux, ce prénom ayant été donné depuis plus de cent ans dans sa famille, surtout à des femmes. Le livre mêle alors le passé et le présent dans une sorte de mix d’histoires qui pourraient en dérouter plus d’un, mais qui parviennent à happer le lecteur en lui permettant de toujours suivre le fil.
Ce roman magistral et poignant a surtout pour thème central le deuil, et la règle qui veur que chaque être est fait de ceux qui l’ont précédé. Il illustre les connections entre les générations et le lien qui existe entre les générations d’une même famille par-delà la mort.
Comme d’habitude, et plus que jamais Louise Erdrich sait faire apparaître avec brio les fantômes du passé pour expliquer le présent…

LaRose – Louise Erdrich
Editeur : Harper
Pages : 
384
Année : 
2016

 

 

5 Décembre
Lab Girl, par Hope Jahren

Cover de Lab Girl - Hope Jahren

Lab Girl – Hope Jahren

 

Lab Girl, soit « La fille du Labo« , est une auto-biographie de la chercheuse américaine Hope Jahren. Géochimiste et géobiologiste, elle y mêle ses souvenirs personnels et la vulgarisation scientifique. Multi-récompensée en sciences, elle n’est pourtant pas dénuée de talent en matière littéraire : son livre figure sur les plus prestigieuses listes des meilleurs livres de l’année (Washington Post, Entertainment Weekly etc…).
Hope Jahren raconte son enfance dans le Minnesota, sa passion pour les arbres et les plantes qui l’ont poussée à devenir botaniste. Puis l’insécurité liée au métier de chercheur, la difficulté à trouver des fonds pour mener à bien ses travaux. Et puis surtout sa relation amicale et professionnelle avec son collègue Bill. Au milieu de ses anecdotes personnelles, surgissent des explications pédagogiques sur la vie secrète des plantes, des fleurs, la recherche etc… Ce qui pourrait sembler incongru ou indigeste ressemble en fait au cours de biologie parfait ! Jamais ennuyeux et toujours instructif, le livre est en fait l’histoire d’une vie : celle d’une femme courageuse évoluant dans un milieu difficile, et dont la carrière décolle lorsqu’elle découvre ce que personne n’avait vu avant (il s’agit de l’analyse isotopique de forêts de l’Éocène… ne me demandez pas ce que c’est…)  La « non-fiction »  a toujours la cote auprès des anglo-saxons , surtout quand il s’agit de sujets improbables (le calendrier n’est pas fini …) et ce livre-là  peu sa part de succès cette année !  A vos microscopes !

Lab Girl – Hope Jahren
Editeur : Knopf 
Pages :
304
Année : 
2016

4 Décembre
Kill ‘Em and Leave: Searching for James Brown and the American Soul, par James McBride

Cover de Kill 'Em and Leave: Searching for James Brown and the American Soul par James McBride

Kill ‘Em and Leave: Searching for James Brown and the American Soul – James McBride

 

Kill ‘Em and Leave: Searching for James Brown and the American Soul pourrait se traduire littéralement par « Tue-les et va-t’en : à la recherche de James Brown et de la Soul américaine ». Pourtant ce n’est pas exactement le cas : cette phrase était en fait le modo de James Brown et pourrait ressembler plus à : « Mets-les à genoux et quitte la scène »

Un très long titre donc pour un livre ambitieux écrit par le gagnant du National Book Award 2013 : James McBride.

Plus habitué aux mémoires ou aux romans, James McBride s’est lancé avec brio dans une biographie du géant de la soul américaine. Evidemment ce n’est pas une biographie traditionnelle avec chronologie, fiche d’identité des grands-parents, etc… McBride est parti à la recherche des musiciens, des amis, des cousins du chanteur… bref il s’est entretenu avec tous ceux qui connaissaient l’âme de James Brown et qui sont les mieux placés pour parler de lui. Le livre ne suit pas le chemin habituel de la biographie : il s’agit presque d’une quête spirituelle pour James McBride, écrivain afro-américain qui en profite pour dépeindre avec exactitude l’atmosphère embuée de ces années-là : les relations raciales, la crise économique, le business de la musique et la pression qui pesait sur les épaules du « Parrain de la Soul ».

Cette biographie emmène le lecteur dans les recoins les plus mystérieux de la vie de James Brown, par l’intermédiaire de la plume légère et précise de James McBride. L’auteur avait obtenu le National Book Award en 2013 avec The Good Lord Bird (VF : « L’Oiseau du Bon Dieu », Gallmeister, trad. François Happe) ; il est également journaliste et musicien… Personne d’autre que James McBride n’aurait donc pu mieux raconter la vie de son homonyme gesticulant…

Kill ‘Em and Leave: Searching for James Brown and the American Soul – James McBride
Editeur : 
Spiegel & Grau
Pages :
232
Année :
2016

3 Décembre 
The Sellout, par Paul Beatty

 

Cover de The Sellout par Paul Beatty

The Sellout – Paul Beatty

Voilà la star de l’année : le Man Booker Prize 2016 ! L’équivalent de notre Prix Goncourt pour les romans écrits en langue anglaise. Paul Beatty a non seulement remporté ce trophée, mais il inaugure la liste des vainqueurs de nationalité américaine ; les écrivains originaires des Etats-Unis n’étaient pas admis à concourir pour le Man Booker avant cette édition.
Le livre est souvent décrit comme une satire : Paul Beatty fait traduire son personnage principal devant la Justice pour avoir voulu rétablir l’esclavage dans sa petite ville de banlieue. Un comble pour un héros afro-américain… Comme vous le devinez, tout le livre est absurde et reprend les codes des grands romans américains en les détournant pour dénoncer le racisme et éveiller les consciences. L’auteur démonte ainsi les clichés avec ironie, et recentre le débat autour de l’appropriation de la culture noire notamment par les « blancs ». Sujet très polémique aux Etats-Unis en ce moment, notamment dans le milieu de la pop-culture (rap, cinéma etc…), le vol des codes de la tradition « black » pour réussir, est de plus en plus monnaie courante. Paul Beatty se sert de son roman pour dérober lui-même les codes blancs afin d’éveiller les consciences. The Sellout (VF : Moi contre les États-Unis d’Amérique traduit de l’anglais par Nathalie Bruaux – Éditions Cambourakis) a été salué par les critiques du monde entier et a également remporté le National Book Critics Circle Award. La chaîne de librairies britanniques  FOYLE’S en a fait son livre de l’année 2016, alors foncez !

The Sellout – Paul Beatty
Editeur : Oneworld Publications
Pages :
304
Année : 
2016

2 Décembre
A Little Life, par Hanya Yanagihara

Couverture de A Little Life

A Little Life by Hanya Yanagihara (éd. Picador)

Celui-là, on l’aime ou on le déteste ! J’en ai parlé sur le blog ICI et j’ai a-do-ré ce livre ! Sorti fin janvier en poche au Royaume-Uni, il a beaucoup fait parler de lui, pour ses thèmes d’abord (sans vouloir divulgâcher le roman, on aborde la mort, la pédophilie, l’homosexualité, l’échec…), et enfin pour la personnalité du personnage principal du livre : Jude. Mais d’abord un résumé…

JudeWillemMalcolm et J.B, quatre amis inséparables, s’installent à New York à la fin de leurs études. La bande se réunit assez souvent, sort dans les fêtes new-yorkaises, les galeries, déjeune au restaurant coréen du coin. Bref, une vie riche et une carrière prometteuse semblent destinées à chacun d’entre eux.
Jude, avocat, est le plus secret et le plus complexe de la bande. On ne lui connaît ni passé ni famille. Ses amis n’en savent pas plus que le lecteur. On découvre assez vite qu’il a quelques soucis de santé, notamment des blessures aux jambes qui l’handicapent et lui causent des crises de douleur incontrôlables.

Et voilà que l’on suit ces quatre-là sur trente ans de réussite, d’échecs, de relations amicales et amoureuses, de construction, d’emménagements, de déménagements… avec au centre de ces trente années, l’évolution du personnage de Jude et la révélation de son mystérieux passé. D’où vient-il ? Pourquoi est-il blessé aux jambes ? Quelle enfance a-t-il vécu ? Quelle adolescence ?

Je ne referai pas ma critique ici puisque j’ai déjà consacré un article sur le blog. En résumé ce sont les personnages ultra-attachants qui m’ont fait tourner les pages de ce pavé sans jamais me lasser. L’empathie que l’on éprouve pour Jude est incontestable et son passé mystérieux remarquablement bien amené, excepté quelques longueurs. Ce roman questionne chacun d’entre nous sur la famille, l’amitié, la vie en général et c’est très bien. Certains ont trouvé que le personnage de Jude était « too much » : trop dépressif, un passé trop lourd, une succession de malheurs qui n’en finissent pas. C’est ce qui a déplu aux détracteurs du roman. Vous vous ferez votre propre opinion si vous le lisez, tout dépend de la sensibilité de chacun… Mais c’est l’un de mes livres préférés de l’année, si ce n’est MON livre préféré en 2016.

A Little Life – Hanya Yanagihara
Editeur : Picador
Pages :
736
Année :
2016

 

1er Décembre 

Cover of The Noise Of Time - Julian Barnes

The Noise Of Time – Julian Barnes

The Noise Of Time (VF: « Le Fracas du temps », traduit par Jean-Pierre Aoustin aux éditions Mercure de France) est sorti en janvier dernier ; il s’agit du 11ème roman de Julian Barnes, dont le thème est la vie tourmentée de Dmitri Chostakovitch (1906-1975), compositeur de génie. Sous Staline, les artistes n’avaient aucune vraie liberté : surveillés de près, jugés bourgeois ou gauchistes ils risquaient à tout moment la déportation. Une seule solution pour s’en sortir : collaborer avec le régime. C’est la porte de sortie qu’avait choisie Chostakovitch pour ne pas perdre son métier et sa famille. Il restera rongé par la culpabilité toute sa vie.
Le roman explore les raisons de ce choix et ses conséquences, en choisissant trois des moments les plus humiliants de l’existence du musicien. D’abord l’année 1936, lorsque son opéra « Lady Mcbeth de Mzensk » est joué au Bolchoï devant Staline qui déteste et désigne Chostakovitch comme « Ennemi du Peuple ». Puis, sa réhabilitation en 1948, lorsqu’il est forcé à lire des discours de propagande au Congrès de la Paix à New York : il n’en pense pas un mot et les papiers lui sont remis sans qu’il y ait touché une seconde. Enfin en 1960 à la mort de Staline : bien loin d’être délivré d’un poids, le compositeur sera harcelé par le Parti qu’il est forcé à rejoindre.

Julian Barnes pose les questions essentielles : qu’aurait-on fait à sa place ? Pouvait-il faire autrement ? Est-il un lâche ? Le roman a surtout pour thème central la terreur instaurée par le régime de Staline, et la culpabilité. La tragédie, la honte, la réalité historique sont dépeints avec l’élégance qui caractérise si bien Julian Barnes.

The Noise Of Time – Julian Barnes
Editeur : Jonathan Cape
Pages : 192
Année : 2016

 

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