"Book of Numbers", Joshua Cohen - Review | Eponine & Azelma

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Critiques

« Book of Numbers », by Joshua Cohen

BookofNumbers  Le « Book of Numbers » de Joshua Cohen, best-seller national sorti l’été dernier aux Etats-Unis, est un livre très ambitieux, qualifié de « The Great American Internet Novel » outre-Atlantique.

Le plus grand roman américain écrit sur Internet, rien que ça.

Grand par la valeur, à chacun d’en juger, ce qui est certain c’est qu’il est très volumineux… presque 600 pages, un « pavé numérique » en somme.

Il s’agit du quatrième livre de Joshua Cohen auteur souvent qualifié d’avant-gardiste par la critique américaine. L’écrivain, résidant à New York a surtout établi une grande partie de sa carrière en Europe en tant que journaliste et critique littéraire. Juif-américain il est souvent comparé à Philip Roth pour sa verve et son humour acerbe, Jonathan Franzen ou encore David Foster Wallace. Mélangeant ses influences américaines à ses inspirations européennes, son style « juif-américain » en fait un héritier de la littérature new-yorkaise, post-seconde guerre mondiale.

« Book of numbers » met en scène un narrateur, Joshua Cohen, écrivain new-yorkais raté, et cynique, qui se retrouve embauché par un homonyme, milliardaire et fondateur du moteur de recherche Tetration, pour rédiger ses mémoires.

Joshua Cohen devient donc le « ghost-writer » (tiens il s’agit aussi du titre du premier roman de Philip Roth) d’un autre Joshua Cohen.

Quoiqu’un peu réfractaire aux nouvelles technologies, sauf lorsqu’il s’agit d’espionner le blog de son ex-femme, le narrateur s’embarque dans un périple aux quatre coins du monde afin de recueillir les confidences de son sujet le « Principal », comme il l’appelle.

Des confidences qui vont bientôt aller très loin, transformant le livre en un thriller technologique lorsque le narrateur découvre les méthodes peu orthodoxes de Tetration qui exploite (évidemment), les données de ses utilisateurs et en tire profit.

La première partie du roman est assez accrocheuse, et l’on rentre facilement dans l’histoire avec cet incipit savoureux, lancé comme un défi aux e-readers :

« If you’re reading this on a screen fuck off. I’ll only talk if I’m gripped with both hands. »

« Si vous lisez ceci sur un écran allez vous faire foutre. Je ne parlerai que si l’on me tient avec les deux mains 

 

Une langue sans concession, franche et maline ; on sait ce à quoi il faut s’attendre après les deux premières lignes.

On découvre ensuite le personnage du narrateur et le snobisme des milieux littéraires new-yorkais. Un écrivain si égocentrique qu’il estime que l’échec de son premier roman sorti le 10 septembre 2001 est dû aux évènements du lendemain qui ont gâché sa promotion…

« 10 years ago this September, 10 Arab Muslims hijacked two airplanes and flew them into the Twin Towers of my Life & Book. My book was destroyed-my life has never recovered. »

« Il y a 10 ans, en ce mois de Septembre, 10 arabes musulmans ont piraté deux avions et les ont lancés sur les Tours jumelles de ma Vie et mon Livre. Mon livre a été détruit et ma vie ne s’en est jamais remise. »

Déstabilisant au départ, mais amusant, le style de Cohen, la malice de ses tournures de phrases, ses jeux de mots et la vivacité de sa langue nous emportent avec enthousiasme dans un tourbillon d’informations et de personnages.

Si la première partie du livre est consacrée au narrateur et à sa rencontre avec son « Principal » mélange de Steve Jobs et de Mark Zuckerberg, c’est ensuite que les choses se corsent et qu’il faut s’accrocher pour arriver à la fin.

Ainsi tout le milieu du roman est consacré aux retranscriptions des entretiens entre les deux personnages.

C’est long, indigeste, écrit volontairement à la truelle avec un style très plat et journalistique ; c’est en fait un recueil de brouillons et de notes recopiés tels quels, pour montrer au lecteur à quoi ressemble le travail de l’écrivain.

Le titre du roman prend alors tout son sens.  « Book of Numbers » c’est aussi le titre du quatrième Livre de la Bible consacré à la traversée du Désert du peuple d’Israël, une traversée qui dura 40 ans…

Imaginez 40 ans d’évolution technologique racontée sur 300 pages… la traversée du désert « indeed » surtout pour le lecteur : des débuts du génie milliardaire à l’université, jusqu’à sa rencontre avec son associé génial Moe, aucun détail de la fondation de Tetration ne nous est épargné…

Le style charmant de Joshua Cohen (l’auteur) se transforme alors en une punition : on a l’impression qu’il se regarde écrire et se satisfait de ses connaissances et de sa maîtrise du sujet, en oubliant un peu le lecteur qui se retrouve à la traîne.

La partie la plus touchante des confidences du « Principal » Joshua Cohen, étant la conversation prophétique qu’il entretint, petit, avec son grand-père immigré Joseph, sous les étoiles…

Joseph lui explique alors qu’il avait pris l’habitude enfant de confier ses émotions à une étoile en espérant qu’elles seraient stockées dans cette étoile. Et que sa famille de l’autre côté du monde pourrait y avoir accès grâce à la communication entre les étoiles. Préfiguration évidente du Cloud et de la connexion généralisée entre les hommes.

«Then he told me (…) I could invest the star with my emotions, I could make this star the outside pocket for everything inside me, and that the family still over in Europe would have their own star and would do the same thing too, all of them, all of us, sending and receiving. »

«Il m’a raconté que je pouvais confier mes émotions à l’étoile, je pouvais transformer cette étoile en poche externe pour tout ce que je ressentais, et que la famille là-bas en Europe, aurait sa propre étoile, et pourrait faire de même, eux, nous, envoyer et recevoir. »

La troisième partie devient plus intéressante et Joshua Cohen retrouve là de sa superbe en mettant ses personnages en danger puisque la face cachée de Tetration va poser quelques soucis à notre « ghost-writer » .

Les personnages secondaires se révèlent excellents, des potagonistes qui pourraient sortir tout droit de la cuisse de Julian Assange et d’Edward Snowden, même si l’auteur assure que le livre était déjà à un stade avancé lors des révélations fracassantes  de ce dernier.

Mais il vaut mieux ne pas en dire plus pour ne pas gâcher la fin.

Certes la dernière partie du « Book of numbers » vaut le détour, mais était-il obligatoire de souffrir sur 300 pages pour y arriver ?

Le livre qui a créé une certaine émulation aux Etats-Unis n’a pas forcément obtenu les mêmes critiques en Europe, notamment en Grande-Bretagne. Les américains perpétuellement à la recherche de leur « grand roman » sont-ils tombés dans un panneau que certains arriveront à éviter ? « Book of numbers » est passionnant pour qui arrive à s’accrocher, car malgré une intrigue bien ficelé, et un thème ultra-moderne, Joshua Cohen peine à nous emmener avec lui en se perdant dans des digressions inutiles.

« Book of Numbers », par Joshua Cohen

Random House, 592 p.

Pas de sortie en France pour l’instant.

 

 

 

 

 

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