Barack Obama, le président qui lisait | Eponine & Azelma

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Barack Obama, le président qui lisait.

Alors que le monde entier s’apprête à écouter le discours d’investiture du 45ème président des Etats-Unis, Donald J.Trump, Barack Obama quitte le pouvoir sur une vraie note littéraire. Le président sortant a accordé sa dernière longue interview dans la presse à la plus grande critique littéraire américaine : Michiko Kakutani (@michikokakutani), du New York Times. 

Outre le fait qu’il est lui-même auteur de plusieurs ouvrages, Barack Obama n’a jamais caché sa grande passion pour la littérature. Chaque fois que le président jetait son dévolu sur un titre, celui-ci se retrouvait immédiatement en tête des ventes. Chaque été les américains se ruaient sur sa liste de « summer books ». 

Lecteur avide et grand amateur de Marilynne Robinson, Toni Morrison, Jonathan Franzen, Alexandre Soljenitsyne, Ernest Hemingway et j’en passe, l’ex-président des Etats-Unis a toujours incité les jeunes générations (ses filles y compris) à s’inspirer des grands auteurs, et à lire le plus possible. Il a souvent placé des extraits de livres ou des citations de ses auteurs favoris dans ses discours. 

Lors de son discours d’adieu le 10 janvier dernier, il s’est même permis de citer un personnage de roman, Atticus Finch, le héros de To Kill A Mockingbird par Harper Lee.

Son éloquence, son sens du rythme, sa voix et son amour des mots et du phrasé, en ont fait un immense orateur. 

Avant de quitter le pouvoir Barack Obama s’est donc confié à Michiko Kakutani sur son rapport à la littérature, la place qu’il lui a confié pendant sa présidence, l’importance qu’il lui a donné dans ses prises de décision, et ce qu’elle lui a apporté pendant son mandat. 

Où l’on apprend que l’Histoire et les histoires doivent fusionner pour permettre au peuple d’être entendu. Ce sont les histoires individuelles qui forment un peuple, pas la race, ni l’origine, ni la religion.

Voilà donc une version traduite par mes soins (soyez indulgents…:)), de cette interview, et vous trouverez la liste des livres dont Barack Obama parle en bas de la page.


Les livres que vous avez offerts à votre fille Malia en les téléchargeant sur son Kindle, lesquels étaient-ce ? Vos livres préférés ?

Il s’agit du palmarès habituel, comme Les Nus et les Morts ou Cent ans de Solitude, qu’elle n’avait pas encore lus.
Et puis il y a quelques ouvrages qui datent un peu, mais que je trouve très instructifs tels que Le Carnet d’Or de Doris Lessing par exemple. Ou The Woman Warrior, par Maxine Hong Kingston (NDLR : non traduit en français.).
Ce que j’ai trouvé intéressant c’est de devoir faire des choix, et de retirer des livres que j’estimais très puissants, mais qui pourraient ne pas émerger lorsqu’elle ira à la fac.

 

Avez-vous eu l’occasion d’en discuter avec elle ?

J’ai eu la chance de discuter avec elle de quelques-uns d’entre eux. Elle s’intéresse beaucoup au cinéma et à la réalisation, donc la façon dont on raconte une histoire revêt un grand intérêt pour elle. Elle venait de terminer Paris Est Une Fête. Je ne l’avais pas inclus dans la liste, et elle a vraiment été captivée par l’habitude qu’avait Hemingway d’écrire une chose sincère par jour.

Barack Obama interviewé par Michiko Kakutani

Le President Obama dans le Bureau Ovale vendredi 13 janvier, pendant cette interview avec Michiko Kakutani, la critique littéraire en chef du New York Times.

 

Qu’est-ce qui vous a donné envie d’écrire des livres ?

J’adorais lire quand j’étais petit, d’abord parce que je voyageais beaucoup, et qu’à certains moments je me sentais déraciné, et un peu « outsider ». Lorsque j’ai déménagé en Indonésie, j’étais ce grand garçon à la peau foncée que l’on repérait tout de suite. Ensuite, lorsque j’ai quitté l’Indonésie pour Hawaii, je possédais probablement le savoir-vivre et les coutumes d’un ado indonésien.

Du coup, la possibilité d’avoir ces mots qui étaient « transportables », qui vous appartenaient, dans lesquels vous pouviez vous perdre, était très attrayante. Ensuite à l’adolescence, j’ai un peu laissé tomber la lecture, mis à part les livres imposés au lycée, et je me suis concentré sur le basketball et les filles, bref sur des activités moins saines.

 

Dreams From My Father - Barack Obama

Dreams From My Father – Barack Obama

Je crois qu’on est tous passés par là.

Oui. Je pense que j’ai redécouvert l’écriture, la lecture et la réflexion lors de ma première ou de ma deuxième année à la fac, et j’ai utilisé tout cela pour me reconstruire, un processus que je décris dans Dreams Of My Father (NDLR : en français, « Les Rêves de Mon Père »).

 

Il s’agit de cette époque à New-York, durant laquelle vous lisiez énormément.

J’étais assez fermé — ce n’est pas une blague. Je possédais une seule assiette, une seule serviette, et j’achetais mes vêtements dans des friperies. Et j’étais très sombre et plutôt dénué d’humour. Mais tout cela m’a amené à redécouvrir le pouvoir des mots qui permettent de réaliser qui l’on est, et ce que l’on pense, et ce en quoi on croit, et ce qui est important, et de trier et interpréter ce qui nous arrive.

C’est pour ça que lorsque j’ai obtenu mon diplôme, j’ai tout de suite su que je voulais m’engager dans la politique, ou du moins j’avais cette vague notion de vouloir travailler dans une organisation, mais j’ai aussi voulu continuer à écrire et raconter des histoires, cela m’était très précieux. Je rentrais alors du travail le soir et j’écrivais dans mon journal ou bien je rédigeais une histoire ou deux.

C’était très utile dans mon travail communautaire. Parce que lorsque j’ai commencé, mon premier employeur m’a dit que ce qui rapprochait les gens et ce qui leur donnait envie d’agir, ce n’était pas simplement l’objet de leur lutte, mais le fait qu’ils partageaient leurs histoires. Et il m’a confié que si vous saviez écouter les histoires des gens et que vous arriviez à trouver ce qui est sacré là-dedans, vous serez alors capable de forger des relations qui durent.

Ma passion pour le service public et la politique, a ensuite fusionné avec l’idée de la narration.

 

A quoi ressemblaient vos nouvelles ?

C’est intéressant, lorsque je les lis je me rends compte que beaucoup d’entre elles parlaient de personnes âgées.

A mon avis cela tient au fait que je travaillais dans des collectivités où les gens étaient bien plus âgés que moi. On allait les voir dans les églises, et l’âge moyen de ces personnes étaient de 55, 60 ans. Quelques-unes avaient réussi à s’élever dans la classe moyenne, mais à peine. Elles se retrouvaient témoins de la dégradation de leur communauté, dans laquelle elles avaient investi leurs espoirs et leurs rêves, l’endroit même qu’elles avaient choisi pour élever leurs enfants. Les aciéries fermaient les unes après les autres, la population changeait. Il y avait ce sentiment de perte et de déception.

C’est pour cela qu’une partie des nouvelles que j’écrivais à l’époque reflétait ce sentiment, cette atmosphère. L’une d’elles raconte l’histoire d’un vieux pasteur noir sur le point de perdre son église ; son bail se termine, et cette femme diacre, très loyale, tente alors de lui remonter le moral. Une autre parle d’un couple de personnes âgées — un couple blanc de L.A., — dont le mari était dans la pub, il écrivait des jingles. Il est retraité et est devenu bougon. Et sa femme essaie de le convaincre que sa vie n’est pas terminée.

Donc quand je repense à ce qui m’intéresse, il n’y a pas beaucoup d’aventures à la Jack Kerouac, de road-trips, de découvertes de jeunesse. Il s’agit plus d’histoires emplies de mélancolie et qui font réfléchir.

Barack Obama à Chicago, après avoir obtenu son diplôme à la Harvard law School

Barack Obama à Chicago, après avoir obtenu son diplôme à la Harvard law School

Est-ce que l’écriture vous a permis de comprendre qui vous étiez ?

Oui je pense. Pour moi, et particulièrement à ce moment-là, écrire m’a permis de résoudre pas mal de problèmes dans ma vie — le racisme, la classe sociale, la famille. Et je crois vraiment que j’ai réussi à intégrer tous ces morceaux de moi-même dans un tout, grâce à l’écriture.

Les gens disent souvent de moi que je suis très cool, et composé. Et ce qui est vrai c’est qu’en général je sais où est ma place et qui je suis, et ce qui est important pour moi. Et je pense que tout cela est étroitement lié au processus de l’écriture.

 

Est-ce que vous avez continué ce travail au cours de votre mandat ?

Pas autant que je l’aurais voulu. Je n’avais juste pas le temps.

 

Mais vous tenez une sorte de Journal ?

J’en ai tenu un, mais pas avec la rigueur que j’aurais souhaité. L’essentiel de ce que j’ai pu écrire pendant mon mandat, ce sont mes discours, ceux, en tout cas, qui étaient les plus importants pour moi.

 

Comment est-ce que l’écriture de vos discours, ainsi que le fait d’être au coeur de l’Histoire, et de devoir gérer des crises, vous ont-t-ils influencé en tant qu’auteur ?

Je ne suis pas encore sûr. Je le réaliserai quand j’écrirai mon prochain livre. Certains aspects de la rédaction de discours, ressemblent à la composition de n’importe quel texte : est-ce que ce mot est vraiment nécessaire? Est-ce le bon terme? Y-a-t-il un bon rythme ? Comment cela sonne-t-il à l’oral ?
Je pense sincèrement que pour rédiger un bon discours, il ne faut jamais oublier que les mots sont énoncés, et qu’il faut un son, un feeling aux mots, qui doit se transmettre même quand on les lit en silence.
Donc en pensant comme ça, il y aura forcément une cohérence.

Mais c’est aussi la raison pour laquelle je me forçais à prendre le temps de lire des romans pendant mon mandat, vu que mes lectures consistaient le plus souvent en des briefings et des memos ou des propositions. Et ne faire travailler que la partie analyse de votre cerveau toute la journée, vous fait parfois oublier, non pas seulement la poésie de la fiction, mais sa profondeur.

La fiction m’a été utile pour comprendre, et ne jamais oublier, les vérités qui se cachent derrière les thèmes sur lesquels on débat tous les jours, et c’est un bon moyen d’entendre et d’écouter les multiples voix de ce pays.

 

Avez-vous des exemples de romans ou d’écrivains ?

Le dernier roman que j’ai lu c’est The Underground Railroad de Colson Whitehead (NDLR : non traduit en français). Il relate la façon dont la douleur de l’esclavage s’est transmise de génération en génération, sans parler forcément de l’aspect visible, mais plutôt de ce qui a changé dans les esprits et les coeurs.

Cover de The Underground Railroad - Colson Whitehead

The Underground Railroad – Colson Whitehead

Cela rejoint un peu ce que vous avez dit dans votre discours d’adieu en citant Atticus Finch, lorsque vous avez parlé des gens qui restent isolés dans leur bulle. La fiction peut faire avancer —

Elle établit des ponts entre eux. Je me suis lié d’amitié avec [la romancière] Marilynne Robinson, de qui je suis très proche aujourd’hui. Et nous nous écrivons souvent. J’ai découvert ses livres en Iowa, là où se déroulent Gilead et quelques-uns de ses plus grands romans. Et j’ai tout de suite adoré sa plume, d’abord parce que je croisais ses personnages tous les jours. Et sa façon de décrire ce qui les liait intimement —  ces gens que je rencontrais et à qui je m’adressais tous les jours — me renvoyait à mes grands-parents, originaires du Kansas, et qui ont atterris à Hawaii, mais dont les racines et l’éducation ressemblaient à celles de ces personnages.

Je crois vraiment que si j’ai réussi à mieux cerner ce qu’il se passait dans la vie des gens, durant toute ma présidence, c’est grâce à l’art de la fiction en général, et non grâce à un ou deux romans spécifiques. La fiction fait travailler ces muscles et je crois vraiment qu’elle m’a aidée.

Et évidemment, parfois j’ai juste envie de lire un roman pour penser à autre chose. [Rires] Parfois, on se plonge dans une fiction juste pour être ailleurs.

Barack Obama et l'écrivain Marilynne Robinson

Barack Obama et l’écrivain Marilynne Robinson

Quels sont ces romans justement?

C’est intéressant, les lectures qui me permettent d’échapper à la réalité sont en fait un mix de plein de choses — souvent de la science-fiction. Je suis resté un moment sur cet ouvrage de science-fiction en trois volumes : Le Problème à Trois Corps

 

Oh, par Liu Cixin, qui a gagné le Hugo Award.

— qui était vraiment très original. Il n’était pas axé tant sur les personnages que sur  un balayage de —

 

Il parle vraiment du destin de l’univers.

Exactement. Son périmètre est immense. Donc c’était assez amusant à lire, parce que mes petits problèmes quotidiens avec le Congrès me paraissaient alors mineurs. Les extra-terrestres étaient sur le point d’arriver. [Rires]

Il y aussi des thrillers que je trouve particulièrement bien écrits. Je pense que Gone Girl est un livre de bonne qualité littéraire et très bien construit.

 

J’ai adoré sa structure. 

Oui, et l’histoire était vraiment très bien tournée. Et dans un style similaire, je trouve que Les Furies, par Lauren Groff, est également un roman très puissant.

Couverture de Fates and Furies de Lauren Groff

Fates and Furies – Lauren groff

 

J’aime beaucoup ces structures où vous voyez différents points de vue.

Ce que je dois gérer aussi pour faire mon job. [Rires]

 

Y-a-t-il certains livres qui ont été pour vous des références pendant ces huit années ?

Je dirais que Shakespeare est toujours indispensable. Pourtant, comme la plupart des adolescents au lycée, quand on nous a fait lire, je ne sais pas, La Tempête ou même autre chose, je me suis dit « Mon Dieu que c’est ennuyeux ». Et puis à la fac, j’ai suivi un cours fantastique sur Shakespeare qui m’a donné envie de lire ses tragédies et de les étudier plus en profondeur. Et cela a été essentiel pour moi, dans le sens ou cela m’a permis de comprendre comment les schémas se répètent et se répercutent sur les êtres humains.

 

On pourrait trouver ça réconfortant ?

Song Of Solomon - Toni Morrison

Song Of Solomon – Toni Morrison

En tout cas cela me donne un sens de la perspective. Les oeuvres de Toni Morrison — particulièrement un livre comme Le Chant De Salomon, sont celles qui me viennent à l’esprit quand je pense aux personnes qui traversent certaines épreuves. Il ne s’agit pas juste de décrire la souffrance, mais il y a aussi de la joie, de l’éclat et du mystère.

Il y a des écrivains avec qui je ne partage pas les mêmes opinions, mais dont les écrits forment une base de réflexion sur certains sujets — V. S. Naipaul, par exemple. Son A La Courbe Du Fleuve, qui commence comme ceci, « Le monde est tel qu’ils est; les hommes qui ne sont rien, qui s’autorisent à ne rien faire, n’y ont pas leur place. » Et je pense toujours à cette phrase, et à ses romans quand je constate la dureté du monde, particulièrement en matière de politique étrangère, et je résiste et je me bats aussi parfois contre cette façon de penser, assez cynique, mais plus réaliste. Et pourtant, parfois je pense néanmoins que c’est vrai.

Donc on peut dire que j’utilise l’écriture comme ça : comme un faire-valoir et en même temps comme un sujet sur lequel on peut débattre.

J’ai lu quelque part que Lincoln adorait Shakespeare, et pendant qu’il gérait la Guerre Civile, lire les pièces de théâtre historiques lui apportait beaucoup de réconfort et de recul.

Les écrits de Lincoln eux aussi ont cet effet. C’est un très bon écrivain.

Je placerais le Second Discours Inaugural devant n’importe quel texte américain — aussi bon que n’importe quel autre. L’un des plus grands plaisirs de la présidence se trouve dans la Chambre Lincoln, il y a là-bas une copie manuscrite du discours de Gettysburg, l’un des cinq exemplaires rédigés pour un organisme de bienfaisance. Et il m’est arrivé, le soir, d’aller dans cette pièce, située juste à côté de mon bureau privé, juste pour le lire.

Et le sens de la perspective y est indispensable. A une époque ou les évènements se succèdent si rapidement, et où les informations arrivent en cascade, la faculté de ralentir et de prendre du recul, ainsi que la capacité de se mettre dans les chaussures de quelqu’un d’autre — ces deux choses-là sont très précieuses à mes yeux. Suis-je un meilleur président grâce à ces principes ? Je ne sais pas. Mais ce que je sais c’est qu’ils m’ont permis de maintenir un certain équilibre durant ces huit ans, parce que tout vous tombe dessus très rapidement et vous n’avez aucun répit.

 

Les écrits de Lincoln - Library Of America

Lincoln : Speeches and Writings : 1859-1865 (Library of America)

Avez-vous un poème, ou un texte, ou même un auteur vers lequel vous vous tournez, après des évènements comme la tuerie de Newtown, ou la crise économique?

Je pense que pendant ces périodes, les écrits de Lincoln, les écrits de King, de Gandhi, de Mandela — ce sont eux que j’ai trouvés bénéfiques, parce que ce dont vous avez besoin à ce moment-là c’est un peu de solidarité. Dans les moments très difficiles, ce travail peut mener à l’isolement. Parfois, vous devez donc faire quelques bonds dans l’Histoire, pour trouver des personnes qui ont ressenti cette même impression. Churchill est un auteur très doué. Et j’adore le style de Teddy Roosevelt. C’est un personnage hors normes.

 

Avez-vous lu beaucoup de biographies présidentielles ?

Elles m’ont été très utiles, parce qu’il existe une mode en ce moment, incompréhensible, qui consiste à penser que tout événement aujourd’hui est exceptionnellement désastreux, incroyable ou difficile. Et c’est recevoir une bonne leçon que de se référer à Roosevelt essayant de se dépêtrer de la Seconde Guerre Mondiale, ou à Lincoln essayant de savoir s’il devrait se débarrasser de [George B.] McClellan alors que les ennemis sont juste à 20, 30, ou 40 miles de là.

 

Après les élections j’ai regardé Eyes on the Prize, un documentaire sous forme de mini-série sur le mouvement des droits civiques.

C’était utile.

 

On voit vraiment le chemin parcouru, et en l’espace de quelques générations.

Et c’est pour cette raison que j’apprécie de voir mes filles  lire des livres que j’ai moi-même lu il y a 30 ou 40 ans, parce que je veux qu’elles puissent prendre du recul — non pas dans un but d’auto-satisfaction, mais plutôt pour leur inculquer l’idée que lorsqu’on est déterminé, courageux, et audacieux, on peut tout ré-inventer.  C’est stimulant pour elles.

President Obama, et ses filles Sasha, et Malia, chez Upshur Street Books, Washington, D.C. (Carolyn Kaster / Associated Press)

President Obama, et ses filles Sasha, et Malia, chez Upshur Street Books, Washington, D.C. (Carolyn Kaster / Associated Press)

Quels livres recommanderiez-vous, en cette période de crise ?

Je devrais probablement vous retourner la question ou la poser à des gens qui ont eu, ces derniers temps, plus de temps que moi pour lire. Je dois vous dire que depuis les élections, je suis très occupé, plus que je ne l’aurais pensé. Et l’une des activités que je vais reprendre au plus vite, c’est de me plonger dans une pile de livres !

Mais  je sais qu’en ce moment, il y a tout un tas d’écrivains, jeunes pour la plupart, qui sont probablement en train d’écrire le livre dont j’ai besoin. [Rires]  Ils ont un peu d’avance sur moi, là tout de suite. Donc après mon mandat, en plus de préparer la jeune génération de leaders à gérer les problèmes liés au changement climatique ou au port d’armes, ou à la réforme de la justice pénale, j’espère bien pouvoir les inciter à créer du lien entre eux et leur montrer que la fiction ou la non-fiction, sera une part importante de leur réflexion.

Lorsqu’une si grande part de notre politique est consacrée à gérer ce choc des cultures, conséquence de la mondialisation, de la technologie et de l’immigration, le rôle des histoires qui est d’unifier — et non pas de diviser,  de motiver plutôt que de marginaliser — est plus important que jamais.

Il se passe quelque chose de spécial lorsque l’on se calme et que l’on prend le temps, ce qui diffère de l’action d’écouter de la musique, de regarder la télévision ou même les meilleurs films.

Et nous devons gérer chaque jour une masse d’informations et très peu de temps pour les étudier et y réfléchir. On est alors tenté d’émettre des jugements un peu rapides, et de se servir de stéréotypes, de laisser de côté certaines choses, parce que notre cerveau essaie juste de fonctionner normalement.

 

On est bombardé d’informations. La technologie avance tellement rapidement.

Mais vous savez, je ne me fais pas de souci pour la survie du roman. L’Homme est une espèce qui aime les histoires.

Je pense justement que l’une des raisons d’être d’un homme politique qui veut aller de l’avant, c’est de s’atteler à raconter une histoire toujours plus belle sur ce qui nous lie en tant que peuple. Et l’Amérique est unique en ce qu’elle est arrivée à coudre tous ses éléments disparates ensemble — nous ne sommes pas une seule race, nous ne sommes pas une seule tribu, les gens ne sont pas arrivés ici en même temps.

Ce qui nous lie c’est une idée, et une histoire qui raconte qui nous sommes et c’est ce qui nous importe. Et je veux être sûr que cela continue comme ça.

 

Je sais que vous appréciez les livres Junot Díaz et Jhumpa Lahiri, et ils s’adressent à l’immigration ou au rêve américain.

Je pense que les livres de Lahiri, les livres de Díaz, parlent effectivement à un pan très particulier de l’immigration contemporaine. Mais à côté de ça, ils évoquent aussi cette combinaison — qui est, je pense, universelle— de l’ envie de vouloir aller vers un monde meilleur, associée au sentiment de déracinement et de nostalgie. Leurs romans sont donc directement connectés à une grande partie de la littérature américaine.

Dans les grands livres écrits par des auteurs juifs comme Philip Roth ou Saul Bellow, on retrouve cette sensation d’être à part, de vouloir s’intégrer, de ne pas être tout à fait sûr de ce que l’on abandonne  — de ce que l’on est prêt à abandonner et de ce que l’on n’est pas prêt à abandonner. Et je pense que cet aspect particulier de la fiction américaine est encore aujourd’hui d’une très grande actualité.


Liste des livres abordés dans l’ITW : 

« The Naked And The Dead » , en français : Les Nus et Les MortsNorman Mailer

« One Hundred Years of Solitude », en français : Cent Ans De SolitudeGabriel Garcia Marquez

« The Golden Notebook » , en français Le Carnet d’OrDoris Lessing

The Woman Warrior – Maxine Hong Kingston

« A Moveable Feast » , en français : Paris Est Une FêteErnest Hemingway

« Dreams From My Father », en français : Les Rêves de mon PèreBarack Obama

« The Underground Railroad » – Colson Whitehead

« Gilead », en français : GileadMarilynne Robinson

« Gone Girl », en français : Gone GirlGillian Flynn

« Fates and Furies », en français : Les FuriesLauren Groff

« The Tempest », en français : La TempêteWilliam Shakespeare

« Song Of Solomon », en français : Le Chant de SalomonToni Morrisson

« A Bend In The River », en français : A La Courbe Du FleuveV.S. Naipaul

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1 Comment

  • Reply Hop sur la pile #4 | Eponine & Azelma 24 février 2017 at 11:08

    […] avoir traduit pour le blog cette interview de Barack Obama, j’ai voulu acquérir certains des livres dont il parlait. J’ai donc acheté celui-ci […]

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