Paul Beatty gagne le Man Booker Prize | Eponine & Azelma

News, Prix

Paul Beatty remporte le Man Booker Prize avec The Sellout

Le Man Booker Prize 2016 a donc été décerné à Paul Beatty pour son roman The Sellout (VF : Moi contre les États-Unis d’Amérique traduit de l’anglais par Nathalie Bruaux – Éditions Cambourakis). A 54 ans, il devient le premier auteur américain à recevoir la prestigieuse récompense. Il y avait 5 autres nommés dans cette shortlist : je vous en avait parlé sur Eponine & Azelma ici .

Paul Beatty

Paul Beatty

En effet, depuis 2013, tout écrivain de langue anglaise a le droit de présenter son roman aux juges à partir du moment où il a été publié au Royaume-Uni. Avant cette date seuls les écrivains issus du Commonwealth en avaient le droit.

Paul Beatty est actuellement professeur d’écriture créative à l’Université de Columbia. Il possède un Master of Fine Arts du Brooklyn College dans cette même matière et est titulaire d’une maîtrise de Psychologie à l’université de Boston.

The Sellout est son quatrième roman.

Paul Beatty a démarré sa carrière d’écrivain en participant à des concours de slam : en 1990 il gagne alors un contrat d’édition et publie son premier recueil de poésie : Big Banks Takes Little Bank. S’en suivent un autre recueil de poèmes et un premier roman The White Boy Shuffle, en 1996 (VF : American Prophet, traduit par Nathalie Bru – Passage du Nord-Ouest), très bien accueilli par la presse américaine.

L’écrivain publie ensuite Tuff en 2000, puis Slumberland en 2008 (VF : Slumberland, traduit par Nicolas Richard – Seuil), et enfin The Sellout, sorti l’an passé aux Etats-Unis.

The Sellout a bien failli passer à côté du Man Booker Prize, pour la simple et bonne raison qu’il a essuyé 18 refus de publication au Royaume-Uni !

Heureusement la petite maison d’édition indépendante « Oneworld » a accepté de le publier, et le livre, déjà lauréat du National Book Critics Circle Award (prix décerné par les critiques littéraires américains), a pu continuer sa course jusqu’au Man Booker !

Pour la petite histoire, il s’agit du 2ème Man Booker Prize consécutif pour Oneworld qui avait déjà flairé le bon coup l’an passé en publiant A History of Seven Killings par Marlon James.

 

The Sellout est en fait une satire des relations raciales aux Etats-Unis : on suit le narrateur qui se retrouve traduit devant la Cour Suprême des Etats-Unis pour avoir voulu réhabiliter l’esclavage et la ségrégation, car c’est ce qu’il pensait être le mieux pour la vie de son quartier. Une expérience évidemment paradoxale pour un afro-américain. Paul Beatty use ici d’une ironie implacable. Le roman est drôle mais grinçant, et tente d’éveiller les consciences par l’absurde.

Le jury du Man Booker Prize a aimé « la prise de risques, l’audace » et la façon dont Paul Beatty « a su mêler la comédie et la tragédie dans quelque chose de nouveau et puissant ».

L’historienne Amanda Foreman, présidente du jury, a déclaré que ce roman était important dans le contexte actuel avec le mouvement BlackLives Matter.

L’auteur a également été félicité pour sa description touchante de sa ville natale, Los Angeles : dans son livre, l’action se déroule à Dickens, banlieue fictive de la Cité des Anges, mais rayée de la carte pour ne pas faire honte à la Californie…

 

Paul Beatty sur scène après avoir accepté son Man Booker Prize

Paul Beatty sur scène après avoir accepté son Man Booker Prize

 

Le lauréat était en larmes mardi soir à Londres, lorsqu’il a reçu le prix. Il a notamment déclaré « cela a été un long voyage pour moi » et affirmé que l’écriture « lui a donné de la vie ».

Paul Beatty a admis dans son discours que « ce livre a été très difficile à écrire » et qu’il comprend « qu’il puisse être également difficile à lire ».

Il a également parlé de l’appropriation culturelle, un sujet à la mode en ce moment. Les écrivains ou artistes « blancs » se servent régulièrement de la culture noire-américaine pour produire films, livres et autres œuvres musicales. Mais la question se pose rarement inversement. Le gagnant du Man Booker prize 2016 est revenu sur ce débat dans son discours en affirmant que « chacun peut écrire ce qu’il souhaite » ; « l’appropriation culturelle ne doit pas aller que dans un sens ».

Comme il le déclare dans cet article du Telegraph , « être noir c’est un job à plein temps » et lorsque la journaliste Judith Woods, lui demande s’il préfère être qualifié de « noir » ou d’« afro-américain », Paul Beatty lui répond avec l’humour qui le caractérise « Grand. Dites juste que je suis grand, ça me va. »

 

 

Previous Post Next Post

You Might Also Like

No Comments

Leave a Reply