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juin 2017

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Harry Potter and The Philosopher’s Stone : le 1er tome de la saga fête ses 20 ans !

« Mr and Mrs Dursley, of number four, Privet Drive, were proud to say that they were perfectly normal, thank you very much. »

L’incipit le plus célèbre de toute la littérature jeunesse a aujourd’hui 20 ans : le 26 juin 1997, 500 copies de Harry Potter and The Philosopher’s Stone par J.K Rowling furent mises en vente au Royaume-Uni, dans une indifférence relative, avant que la magie n’opère en quelques semaines.

En juin 1997, les français écoutent Ricky Martin qui cartonne avec « Maria », ou Pascal Obispo qui court après une certaine « Lucie ». Les frères Hanson chantent « Mmbop », et les 2Be3 possédent deux singles dans le Top 50 des ventes… Gustavo Kuerten remporte son premier Roland Garros, et dans les salles obscures on fait la queue pour aller voir La Vérité Si Je Mens  ou Le Cinquième Elément.

De l’autre côté de la Manche, on écoute le 3ème album d’Oasis, Radiohead, Les Cardigans, et les Spice Girls qui préparent leur deuxième opus… et au cinéma on se presse devant ConAir et Batman & Robin.

Au chapitre de la littérature jeunesse, Beatrix Potter, Roald Dahl ou Rudyard Kipling occupent tranquillement depuis des lustres les premières places des tops des ventes.

Mais le petit Harry Potter, en embuscade, s’apprête à jeter un sort sur la pop culture du monde entier, et tous autant que nous étions à l’époque serons bientôt envahis par le phénomène : nous, nos enfants, nos neveux ou nièces, nos ados.

Entre 1997 et 1999, le premier tome des aventures de Harry Potter sera traduit dans le monde entier, et tous les enfants n’auront bientôt plus que ce prénom à la bouche.

Devenu symbole britannique, il a emporté tout le monde avec lui, dans un tourbillon de magie et ne cesse, encore à ce jour, de faire de nouveaux adeptes.

20 ans se sont écoulés depuis la publication du premier tome de ses aventures, et le Royaume-Uni va bien sûr fêter l’événement, ainsi que ses fans dans le monde entier.

 

Harry Potter and The Philosopher’s Stone : le parcours du combattant de J. K. Rowling

 

« Dad this is so much better than anything else ».

Ceci est la critique enthousiaste de la jeune, mais néanmoins visionnaire, Alice Newton, 8 ans en 1996, lorsqu’elle termine le manuscrit de Harry Potter and The Philosopher’s Stone.

Son père, Nigel Newton, n’est autre que le PDG de la petite maison d’édition Bloomsbury. Sur les conseils de Barry Cunningham, le responsable de la division Jeunesse, il emporte chez lui ce texte signée d’une certaine Joanne Rowling, complètement inconnue à l’époque, et le fait lire à sa fille qui le dévore instantanément.

L’histoire tourne autour d’un petit sorcier nommé Harry : orphelin, il est élevé par son oncle et sa tante qui ne l’apprécient pas beaucoup et le logent sous l’escalier, dans un placard. A l’occasion de son onzième anniversaire, Harry reçoit une lettre pour la première fois de sa vie : il est invité à rejoindre les rangs d’une école de sorciers, la plus prestigieuse au monde. Complètement déboussolé, il apprend alors que ses parents sont sorciers, et qu’ils sont morts en tentant de le protéger d’un mage noir nommé Voldemort.

Harry s’en est sorti vivant, avec une simple cicatrice sur le front. Il devient alors une célébrité dans le monde des Sorciers, et sera surnommé « the boy who lived » (« le garçon qui a survécu »). Son oncle et sa tante lui ont évidemment caché toute cette histoire, et il n’est au courant ni de son statut, ni de sa célébrité…

Après bien des embûches, Harry parvient à rejoindre Hogwarts (« Poudlard » en français) et y rencontre, entre autres, Hermione et Ron ses meilleurs amis avec qui il vivra de multiples aventures tout au long des 7 tomes de la saga.

Harry Potter – Harry Potter and The Philosopher’s Stone, illustrated edition (2015)

Après avoir lu l’histoire, sur les conseils de sa fille, et complètement convaincu du succès qu’il tient entre les mains Nigel Newton décide de miser sur ce petit garçon à lunettes.

Joanne Rowling reçoit alors le coup de fil qu’elle n’attendait plus : contre une avance de 2.500£, Bloomsbury devient l’éditeur le plus chanceux du monde, et Joanne peut réaliser son rêve et sortir de sa dépression. Après 22 refus de diverses maisons d’édition, elle peut enfin faire partager cette histoire qu’elle porte en elle depuis 7 ans.

 

 

De Joanne Rowling à J. K. Rowling

Avant d’arriver à apposer son nom sur la couverture de son livre, Joanne a essuyé de multiples revers.

En 1994, après un mariage raté au Portugal, Joanne Rowling rentre en Grande-Bretagne, sa fille âgée de quelques mois sous le bras. Sans emploi et mère célibataire, elle vit des allocations et sombre dans une terrible dépression. Elle s’était exilée à Porto en 1991 après la mort de sa mère, facteur déclencheur de sa maladie, mais n’est pas parvenue à construire une vie stable au Portugal.

J. K. Rowling

Elle arrive alors en Ecosse, à Edimbourg, où vit sa soeur, et tente tant bien que mal de retrouver des raisons de vivre. Parmi elles, cette histoire qu’elle rédige déjà depuis 4 ans par bribes : les aventures d’un petit garçon orphelin qui se trouverait plongé dans un monde de sorciers.

En 1990, alors qu’elle se trouvait dans un train reliant Manchester à Londres, Joanne qui a toujours eu une imagination fertile, et qui s’est toujours passionnée pour l’écriture, laisse son esprit vagabonder… Elle visualise soudain une idée de roman : un gamin nommé Harry qui découvrirait à l’aube de ses 11 ans, son appartenance à la communauté des sorciers. N’ayant même pas un crayon pour coucher ses pensées sur le papier, elle imagine alors les détails du livre ce qui l’occupera pendant tout le trajet. Elle pense immédiatement à une série qui tiendrait sur plusieurs années et élabore même déjà la fin.

Cette « illumination » qu’elle considérera toujours comme une chance incroyable, ne la quittera plus, et va se transformer en vrai manuscrit.

Livraria Lello – Librairie à Porto, Portugal

Joanne commence à travailler  sur son roman pendant son exil au Portugal, sur son temps libre. Elle enseigne le français et l’anglais, et sa petite fille ne lui laisse pas beaucoup de libertés pour se plonger complètement dans l’écriture. Mais elle s’y tient quand même et finit par rédiger trois chapitres entiers. La librairie Livraria Lello, à Porto, et son architecture magique, sera d’ailleurs son inspiration pour la description de Flourish and Blotts, là où nos petits sorciers se fournissent en bouquins dans les différents tomes.

C’est lorsqu’elle rentre en Ecosse, que, dépassée par sa dépression, elle réalise qu’elle doit se concentrer sur sa passion pour l’écriture pour s’en sortir : le temps est venu de mettre toute son énergie au bénéfice de cette histoire qui lui tient tant à coeur depuis ce fameux trajet en train quatre ans auparavant.

Joanne Rowling se sert aussi de cette activité comme d’une thérapie : dessiner le personnage de Harry, lui-même orphelin, lui permet de se vider de ses émotions et de transmettre sa tristesse à son personnage pour en faire quelque chose de positif. D’ailleurs, sa dépression lui servira plus tard lorsqu’elle créera les Détraqueurs : ces créatures qui apparaissent dans Harry Potter and The Prisoner of Azkaban se nourrissent exclusivement de la joie humaine, et les symptômes de sa maladie seront sa principale inspiration pour les décrire .

Parallèlement à l’écriture de son projet, elle reprend un travail : elle enseigne le français. L’horizon se dégage donc pour Joanne, qui, malgré tout, vit dans des conditions difficiles et a du mal à remonter totalement la pente. Elle s’accroche cependant à son rêve d’écrivain, et tente de finaliser son histoire afin de la faire éventuellement publier.

Elle squatte donc les cafés d’Edimbourg, dans lesquels elle se sent plus à l’aise pour écrire, et parvient à mettre un point final au roman.

Elle l’envoie à une multitude de maisons d’édition, les refus tombent en cascade, mais c’est finalement Bloomsbury qui va faire confiance à Joanne et Harry.

Harry Potter and The Philosopher’s Stone, 1ère édition – Bloomsbury

 

Joanne est au septième ciel, mais Barry Cunningham, le chef du département jeunesse, lui conseille de garder tout de même son travail : les livres pour enfants font rarement vivre leurs auteurs….

Pour que l’ouvrage rencontre son public, la maison met tout en oeuvre pour le publier dans les meilleures conditions : le titre évoquant un livre pour garçons, il sera décidé que le genre de l’auteur de devra pas apparaître sur la couverture, car les livres masculins ont plus de succès lorsqu’ils sont écrits par des hommes. Pour cacher son prénom féminin, Joanne choisit de ne garder que ses initiales et de rajouter un second prénom à son identité d’auteur, celui de sa grand-mère Kathleen : « J. K. Rowling » est née.

 

La machine s’emballe

Avant la sortie officielle, plusieurs exemplaires sont envoyés aux journalistes culturels des plus grands quotidiens nationaux. Les critiques sont élogieuses, la narration et le style sont salués, tout comme l’aboutissement des personnages. Ce succès d’estime sera accompagné de la plus belle récompense 6 mois plus tard : les louanges des enfants. Harry Potter and The Philosopher’s Stone recevra la médaille d’Or du Nestlé Children’s Book Prize, un prix décerné par les petits qui lisent eux-mêmes les oeuvres sélectionnées.

La saga Harry Potter – Bloomsbury

Le livre obtient alors une visibilité inespérée auprès des enfants et de leurs parents : 30.000 exemplaires seront vendus au cours de l’année et une multitude de récompenses viendront couronner le succès de J.K Rowling.

Le phénomène dépasse les frontières, et la France est la première à s’intéresser aux droits du livre, qui sort le 16 novembre 1998 chez Gallimard. Les Etats-Unis s’en mêlent et la maison américaine Scholastic rachète les droits du livre pour le publier Outre-Atlantique. C’est l’emballement général : Hollywood s’intéresse au petit sorcier, et les enfants du monde entier découvrent petit à petit l’univers du jeune Harry et de ses amis Hermione et Ron, au rythme de la sortie des traductions.

Comme disent les anglo-saxons, « the rest is history » : 7 livres au total au rythme de 1 par an, 450.000.000 d’exemplaires vendus dans le monde à ce jour, et 75 traductions (même en latin).

8 films ont été réalisés à partir des livres, une pièce de théâtre est venue s’ajouter à la saga l’année dernière, sans compter les histoires dérivées telles que la série des « Animaux Fantastiques ».

Loin d’être niais, le personnage principal, orphelin de ses parents, est un symbole de résilience. Sa résistance, sa détermination, sa droiture sont un exemple pour les enfants du monde entier, ainsi que pour les adultes. Quiconque aura souffert d’un deuil, pourra attester avoir trouvé dans la saga Harry Potter, une source, non seulement d’évasion, mais de réconfort, et un certain accompagnement.

Comme Tintin, Mickey Mouse, Sherlock Holmes, ou Astérix avant lui, Harry Potter devient alors un emblème, une icône, voire un refuge pour certains.

 

Une industrie transformée

Le monde de la littérature pour enfants sort complètement transfiguré de la vague Harry Potter.

Avant Harry, les ouvrages pour les jeunes (autour des 8-10 ans) tournaient autour de 180 pages. Impossible soit-disant de faire lire à un enfant, une aventure de plus de 200 feuilles ! C’est d’ailleurs la principale raison que donnaient les maisons d’édition à J.K. Rowling, à l’époque où son manuscrit lui revenait par la poste : le livre est trop long, l’idée d’une saga ne fonctionnera jamais.

Ce principe n’a pas survécu à la déferlante des énormes tomes de la série du petit sorcier : lorsqu’il s’agit d’Harry Potter, les enfants avalent des centaines de pages, et sont bien plus rapides que leurs parents à finir une histoire ! Lors des sorties des différents volumes, tous étaient capables d’attendre des heures pour récupérer le livre tant désiré, et peu importe le nombre de pages, ils pouvaient le dévorer dans la nuit.

La génération « Harry Potter » n’a pas eu besoin de coup de pouce des parents pour ouvrir un livre, et ça c’est une révolution !

 

Les maisons d’édition ont également découvert qu’il était possible de faire grandir un héros en même temps que les lecteurs : avant Harry Potter, lorsqu’un livre connaissait une suite, il s’agissait en général de la même histoire remaniée pour donner l’impression d’une nouvelle aventure. La saga Harry Potter a vraiment fait évoluer ses héros en même temps que son public : Harry a 11 ans dans Harry Potter and The Philosopher’s Stone, mais finira la série a l’âge de 18 ans. Ses aventures deviennent plus sombres, plus travaillées au fur et à mesure des années.

J.K. Rowling touche alors un public plus large : les enfants, mais aussi les adolescents et les adultes qui changent de tranche d’âge avec Harry.

J’ai moi-même découvert la saga Harry Potter en 2001, alors que j’étais en première année d’université, 3 ans après la sortie du premier tome en français. J’ai dévoré tous les tomes au fur et à mesure de leurs parutions alors que j’avais déjà 18 ans passés. Avec mes amies nous faisions tous les ans le pied de grue à minuit, le soir de la sortie des livres, pour être parmi les premières à les avoir ! J’ai lu Harry Potter de mes 18 ans jusqu’à mes 21/22 ans et je les relis tous régulièrement !

La file d’attente devant une librairie Waterstones à Londres, lors de la sortie de Harry Potter and the Order of The Phoenix – Getty Images

 

Au-delà du plaisir de la lecture, J. K. Rowling a réussi à déclencher une excitation et un amour des livres et des histoires chez des millions d’enfants.

Harry Potter and The Philosopher’s Stone a tout simplement respecté ses lecteurs : des personnages bien construits, des intrigues fouillées et bien ficelées, des problématiques qui peuvent toucher absolument tout le monde. Le talent narratif de J. K. Rowling et le scénario de chaque épisode ont fait pour beaucoup dans le succès de cette oeuvre. 

Même si Harry Potter est aujourd’hui le sorcier de fiction le plus connu au monde, la vraie magicienne de cette histoire est bien J.K. Rowling elle-même. C’est elle qui a finalement jeté un sort sur le monde entier et ensorcelé des millions de lecteurs. On ne la remerciera jamais assez de n’avoir jamais lâché son rêve d’être publiée, et d’avoir cru en son personnage plus qu’elle ne croyait en son talent. 

 

5 choses que vous ne saviez pas sur Harry Potter and The Philosopher’s Stone

 

1/ Harry Potter est né le 31 juillet 1980, tout comme J. K. Rowling qui est née également un 31 juillet. La pièce de théâtre Harry Potter and The Cursed Child a d’ailleurs débuté le 31 juillet 2016.

2/ Le titre de Harry Potter and The Philosopher’s Stone a dû être changé lors de la publication aux Etats-Unis : les petits américains n’auraient, soi-disant, pas été attirés par un livre sur lequel il y aurait eu écrit le mot « philosophe ». Du coup le premier tome s’appelle là-bas « Harry Potter and the Sorcerer’s Stone » (également le nom du film). Il a failli s’appeler « Harry Potter and the School of Witchcraft », mais J.K. Rowling n’aimait pas l’idée d’école dans le titre… Qui en a hérité ? Et bien c’est nous ! Le livre publié par Gallimard en 1998, s’appelle « Harry Potter à l’Ecole des Sorciers« . 

3/ J. K. Rowling est le premier écrivain devenu milliardaire  grâce à son oeuvre : depuis 2016, elle ne fait plus partie du classement des milliardaires, car sa très grande philantropie l’a fait redescendre du podium, elle est donc pour l’instant simplement multi-millionnaire… 

4/ « The Mirror of Erised » (« Le Miroir du Riséd ») est le chapitre préféré de J. K. Rowling. C’est l’un des trois premiers qu’elle ait écrit, lorsqu’elle était au Portugal. Le miroir permet de refléter les désirs profonds de celui qui le regarde. Harry y voit ses parents vivants, qu’il n’a jamais connus. J. K. Rowling en deuil de sa mère au moment où elle écrit ce passage, se reconnaît dans le personnage d’Harry qui souhaite ardemment être réuni avec ses parents.

5/ Les premières éditions de Harry Potter and The Philosopher’s Stone valent une fortune aux enchères : une copie peut valoir autour de 50.000 euros, voire plus si elle est signée « Joanne Rowling » ce qui était le cas des tous premiers exemplaires presse. 

 

Comment célébrer les 20 ans de Harry Potter ?

Plusieurs événements sont prévus à travers le monde mais surtout au Royaume-Uni… le marketing anglo-saxon n’a pas de pareil en ce qui concerne les livres et le 26 juin 2017 sera célébré comme il se doit !

Tout d’abord vous pouvez d’ores et déjà acquérir l’édition limitée de Harry Potter and The Philosopher’s Stone, publiée par la maison d’édition Bloomsbury : quatre versions sont mises en vente, chacune représentant l’une des quatre Maisons de Poudlard. Ces éditions sont absolument magnifiques : elles existent en version reliée ou en poche, et coûtent le prix d’un livre normal.

Vous pouvez donc acheter votre livre aux couleurs de votre maison ! Personnellement je suis une Hufflepuff (Poufsouffle) et très fière de l’être ;), j’ai donc l’exemplaire noir et jaune (pour savoir à quelle maison vous appartenez, il suffit d’aller faire le test sur https://www.pottermore.com) .

Dans ces nouvelles éditions vous trouverez des petits bonus : de nouvelles illustrations, des informations sur votre Maison, et des dossiers sur certains personnages.  Les livres sont disponibles sur toutes les plate-forme de vente de livres et dans toutes les librairies du Royaume-Uni. Un indispensable !!

Editions limitées 20ème anniversaire de Harry Potter and The Philosopher’s Stone – Bloomsbury

 

Vous pourrez notamment faire un tour à Londres dès cet automne pour aller visiter l’exposition qui ouvrira le 20 octobre prochain à la British Library : « Harry Potter, a history of Magic« . Centrée sur l’histoire de la Magie, elle présentera des manuscrits, dessins et peintures liés à l’art divinatoire, et donc quelques illustrations originales des livres de J.K. Rowling.
http://harrypotter.seetickets.com/tour/harry-potter-a-history-of-magic/calendar

 

 

Si vous êtes à Londres en ce 26 juin, toutes les librairies ou presque mettront en place une journée spéciale (notamment la chaîne Waterstones) : jeux, quizz, déguisements en tout genre au rendez-vous.

C’est également l’occasion pour vous de vous rendre aux studios où ont été tournés les 8 films de la saga Harry Potter : Warner Bros Studios Tour – The Making of Harry Potter. J’y suis allée il y a quelques semaines c’est tout simplement fantastique : la plupart des décors y sont (le réfectoire, le dortoir de Gryffondor, la plate-forme 9 3/4, le bureau de Dumbledore etc…), les accessoires aussi, les explications des effets spéciaux… tout est resté dans son jus et la visite dure bien 3 bonnes heures !

A l’occasion des 20 ans de la sortie du livre, une nouvelle exposition y sera installée à partir du 21 juillet : « Wizarding Wardrobes », qui vous présente l’essentiel des costumes de tournage !

Prenez vos tickets à l’avance, car il y a énormément de monde !
https://www.wbstudiotour.co.uk/fr

 

Vous pouvez également vous rendre en Ecosse, sur les traces des lieux où vécut J.K. Rowling : au programme une visite des cafés dans lesquels elle a écrit la plupart des chapitres du premier tome de la série, les lieux dont elle s’est inspirée, et la tombe de Voldemort…oui oui…
https://www.visitbritainshop.com/france/harry-potter-walking-tour-of-edinburgh/

 

Bref vous avez l’embarras du choix, le plus simple étant de relire le livre et de se replonger (ou de se plonger) dans les aventures d’Harry et de se laisser transporter dans le monde du plus célèbre sorcier de l’univers !

 

Happy reading 😉 !

Sosies de Harry Potter provenant de 11 écoles à Bolton en Angleterre – Photo: Danny Lawson/PA

 

The Power by Naomi Alderman
Prix

« The Power » par Naomi Alderman remporte le Baileys Women’s Prize For Fiction 2017

Nous connaissons enfin le nom de la gagnante du Baileys Women’s Prize For Fiction 2017 : il s’agit de la britannique Naomi Alderman avec The Power, livre publié par les édictions Viking. C’est la première fois qu’un ouvrage de science-fiction remporte le prix.

Elle a été couronnée le 7 juin dernier au Royal Festival Hall, Southbank Centre à Londres, et a reçu un joli chèque de 30.000 £, des mains de Tessa Ross, présidente du jury de l’édition 2017. Cette dernière a déclaré que le jury a eu beaucoup de mal à se décider , et ne cessait de revenir à The Power. Cette dystopie féministe les a conquis, et ils ont salué les « grandes idées » et « l’imagination fantastique » de Naomi Alderman. Ils ont perçu « l’urgence et la résonance » qui émanent de cette fiction, et ont prédit que ce livre deviendrait un « classique du futur« .

Naomi Alderman remporte le Bailey’s Women’s Prize for Fiction 2017 pour son roman « The Power » (Photo de John Phillips/Getty Images For Baileys)

 

 

J’avais rédigé un article il y a quelques mois pour vous présenter la shortlist , et The Power faisait partie de mes favoris, malgré quelques réserves au sujet du caractère un peu « jeunesse » de ce roman que je trouvais un peu trop calibré comme une série tv pour adolescent.

 

Le pitch est le suivant : plusieurs femmes ou adolescentes à travers le monde, se réveillent un matin avec un pouvoir ; l’électricité jaillit de leurs mains et leur permet de tuer, de blesser, de détruire, donc d’être extraordinairement puissantes. L’auteur nous fait suivre quatre personnages en particulier : Roxy, fille de mafieux londoniens, Tunde, étudiante en journalisme qui vit à Lagos, Allie une jeune femme américaine au lourd passé familial, et enfin Margot, femme politique américaine dont l’ambition se trouve décuplée grâce à son nouveau pouvoir.

Ce pouvoir contamine de plus en plus de femmes, et le phénomène commence à faire peur aux hommes. L’équilibre s’inverse donc dans la société : les hommes sont obligés de se cacher, de ne pas faire de vague, de raser les murs, ils deviennent vulnérables. Les femmes possèdent donc le « pouvoir » dans tous les sens du terme : elles s’imposent comme le sexe fort grâce à ces nouvelles facultés.

 

Naomi Alderman questionne ici la capacité des lecteurs à s’imaginer ce que serait un monde si la violence émanait essentiellement des femmes, et ce qu’elles feraient de cette opportunité. Puisque l’on suppose toujours que les hommes sont à l’origine des guerres et des phénomènes violents, que se passerait-il si le pouvoir s’inversait ? Comment les genres influent-ils sur la perception que l’on a de l’origine de l’agressivité et de la férocité chez les humains ? 

Qui possède vraiment le pouvoir et que doit-on en faire, lorsqu’il se retrouve (littéralement) entre nos mains ?

 

Voilà toutes les questions qui se retrouvent au coeur du roman : comme je l’avais déjà expliqué sur le blog, j’ai beaucoup aimé le côté « science-fiction féministe » de ce roman. Sans pourtant se situer dans un environnement totalement fictif, puisque tout se passe dans ce monde-ci, dans notre quotidien, il arrive à mélanger dystopie et réalité. Le roman est une métaphore entière de la société patriarcale dans laquelle nous vivons plus ou moins. Et le déroulé des événements, même s’il est complètement imaginaire, permet de comprendre comment la puissance d’un groupe peut oppresser le reste du monde. Et souvent le reste du monde ce sont les femmes.

Naomi Alderman, gagnante du Baileys Women’s Prize for Fiction 2017 – Royal Festival Hall, le 7 juin 2017, London, England. (Photo de Tabatha Fireman/Getty Images For Baileys)

 

Sans être spécialement féministe, je trouve que The Power tombe à point nommé pour essayer de comprendre les combats des femmes aujourd’hui, et pour visualiser les conséquences que peuvent causer la concentration et la possession du pouvoir entre les mains de personnes peu scrupuleuses.

Ce prix arrive néanmoins dans un contexte particulier : comme je le décrivais dans mon précédent article sur The Handmaid’s Tale de Margaret Atwood revenu en tête des ventes ces derniers jours, la mode est au combat par le livre. Nous vivons dans un monde de plus en plus dur à l’égard des minorités, et lorsque les grandes puissances occidentales, tels que les Etats-Unis, se mettent à réduire des droits chèrement acquis par les femmes, les lecteurs se tournent vers la science-fiction et les dystopies pour essayer de comprendre.

“my life would be more possible with the women’s movement existing and no running water than the other way around … And I suppose one of the things the book is about is that the support and the power of other women has been more vital to me than electricity.” (Naomi Alderman, lors de son discours à la réception de son prix, le 7 juin dernier).

“ma vie me semblerait plus supportable avec le féminisme et sans eau courante que l’inverse… Et ce que dit mon livre c’est que le soutien et le pouvoir des femmes m’est bien plus vital que l’électricité. » (Naomi Alderman, lors de son discours à la réception de son prix, le 7 juin dernier).

 

Si l’idée du livre est géniale, et le côté « thriller » très prenant, je déplore juste le côté un peu simplet du déroulement de l’action : les chapitres sont assez courts, et l’on saute vite d’un personnage à un autre ; et j’aurais aimé que les protagonistes soient un peu plus développés. 

c’est un roman très « télévisuel » qui est d’ailleurs en phase de développement pour une adaptation en feuilleton : il est actuellement entre les mains de Sister Pictures, la société de production à l’origine de la série à succès Broadchurch.

 

Naomi Alderman est une habituée des récompenses littéraires et est déjà un écrivain accompli : elle a publié trois autres romans, reçu l’Orange Award for New Writers (qui n’existe plus aujourd’hui) en 2006 pour son premier livre Disobedience (VF: « La désobéissance » traduit par Hélène Papot, éd. de L’Olivier) et le Sunday Times Young Writer of the Year Award.

Félicitations donc à Naomi, mais aussi aux 5 autres nommées de cette année ! Vous pouvez retrouver la shortlist de l’édition 2017 ici si vous souhaitez lire toute la sélection !

 

Happy reading 😉 !

Les nommées au Bailey’s Prize 2017 (de gauche à droite et sans C.E Morgan pour The Sport Of Kings, qui n’était pas présente à la remise du prix) : Naomi Alderman, avec »The Power », Linda Grant, avec « The Dark Circle », Ayobami Adebayo, avec « Stay With Me », Gwendoline Riley, avec « First Love » et Madeleine Thien, avec « Do Not Say We Have Nothing » – Royal Festival Hall, Londres, 7 juin 2017. (Photo de John Phillips/Getty Images For Baileys)

News

« The Handmaid’s Tale » : la série événement adaptée du roman de Margaret Atwood, le propulse en tête des ventes

Le 4 mai dernier, la plate-forme de VOD Hulu, annonçait le renouvellement pour une seconde saison de The Handmaid’s Tale, leur nouvelle série à succès. A peine une semaine après que le premier épisode a été mis en ligne, les fans ont donc pu être rassurés sur l’avenir de ce petit chef d’oeuvre.

Une précipitation de la part des producteurs, qui en dit long sur l’engouement qu’a suscité The Handmaid’s Tale depuis sa mise en ligne.

Il faut dire que la série est adaptée d’un livre qui a connu un succès mondial et dont les ventes ne font que croître, trente ans après sa parution.

 

De quoi ça parle ?

En 1985, la romancière canadienne Margaret Atwood publie The Handmaid’s Tale (VF: « La Servante Ecarlate » traduit par Sylviane Rué en 1987, éd. Robert Laffont), roman d’anticipation, et point d’orgue de sa longue carrière d’écrivain. Trente ans plus tard, le livre est devenu une référence et connaît une seconde jeunesse : d’une part grâce à l’actualité, et les mesures anti-féministes prises par Donald Trump, et d’autre part grâce à son adaptation en une excellente série TV (prévue bien avant l’élection de Donald Trump).

 

La série, disponible sur Hulu, est diffusée depuis fin avril en version originale. Elle sera visible en France sur OCS Max à partir du 27 juin prochain. Au casting on retrouve entre autres Elisabeth Moss, Samira Wiley, Joseph Fiennes, ou Alexis Bledel.

 

L’adaptation, créée par Bruce Miller, reprend exactement la trame du livre : une vision dystopique et tyrannique d’un monde ou la religion a fini par dominer la politique. Les personnages évoluent dans une société totalitaire et machiste, au taux de natalité très bas, dénommée la République de Gilead. Les hommes y occupent essentiellement des positions de pouvoir, et les femmes sont déchues de leurs droits de citoyennes. Celles-ci sont considérées comme des moins que rien et reléguées à trois fonctions : Epouse (femme mariée), Martha (femme de ménage) , ou Servante (reproductrice). Toutes les autres sont tuées ou déportées.

Offred a été séparée de son mari et de sa fille, pour servir de reproductrice à une famille de bourgeois. C’est elle qui nous raconte son histoire, sa vie, et le quotidien des femmes sous le régime violent qui a été mis en place à Gilead.

Elisabeth Moss (dans le rôle de Offred) – The Handmaid’s Tale

La série a été extrêmement bien accueillie par les critiques et le public : c’est l’une des plus grosses productions de la plate-forme Hulu. L’esthétique, la réalisation, l’histoire qui résonne différemment depuis la Marche des Femmes au lendemain de l’élection de Trump… un faisceau d’éléments réussis qui lui assurent un succès assourdissant. La série est néanmoins très violente, à l’image du roman, et certaines scènes sont difficiles à supporter.

Le hasarda a voulu que cette série sorte alors même que l’actualité remet en lumière le livre de Margaret Atwood, une double raison de s’intéresser au texte original.

 

L’histoire d’un best-seller

Le roman a toujours été perçu comme un symbole de résistance : il a d’ailleurs été écrit en plein Berlin Ouest, où vivait l’auteur dans les années 80. Margaret Atwood s’est donc inspirée des régimes totalitaires, de la privation de libertés et de l’oppression pour inventer la République de Gilead. L’invention d’un monde sans pitié pour les femmes, mais qui reste crédible de par ses repères familiers, et ses métaphores, était inédit dans le registre de la dystopie et de la science-fiction. A sa sortie il fut même comparé à 1984 de George Orwell ou encore au Brave New World de Aldous Huxley.

The Handmaid’s Tale – Margaret Atwood

Le texte cinglant de The Handmaid’s Tale lui valut d’ailleurs le prix Arthur C. Clarke en 1987 (prix anglo-saxon récompensant le meilleur roman de science-fiction), et une nomination dans bon nombre d’autres récompenses.

Le mélange entre le puritanisme américain (ambiance chasse aux sorcières de Salem), et le régime dictatorial, le tout soupoudré de féminisme, en firent un best-seller et une référence.

 

Le succès de ce livre ne se dément pas aujourd’hui au contraire : l’actualité l’a fait repartir de plus belle dans le circuit des meilleures ventes ! Les prises de position très misogynes de Donald Trump ont fait ressurgir l’appréhension d’un monde où les femmes verraient leurs droits supprimés. Parmi les décisions anti-féministes du Président des Etats-Unis on compte la restriction des fonds alloués aux organismes d’aide à l’avortement, ou la limitation de la prise en charge des frais de contraception par les entreprises.

Un recul des droits des femmes qui a immédiatement donné envie aux connaisseurs de se re-plonger dans l’histoire de la République de Gilead, et de le recommander autour d’eux.

D’ailleurs en mars dernier, deux projets de loi visant à restreindre le droit à l’avortement ont été votés au Sénat du Texas : des activistes texanes s’étaient alors déguisées en « servantes écarlates » afin de dénoncer ces textes (photo ci-dessous).

Activistes texanes défendant le droit à l’avortement au Sénat du Texas en mars dernier

Comme avec 1984 de George Orwell, ou encore It Can’t happen Here de Sinclair Lewis, les anglo-saxons ont remis en lumière The Handmaid’s Tale,  pour combattre les idées régressives de Donald Trump et illustrer un futur incertain et lugubre. malgré son manque de culture, il contribue quelque part, à la bonne santé des classiques anglo-saxons !

La série TV vient donc s’ajouter aujourd’hui à la liste des raisons qui font de The Handmaid’s Tale un livre à relire, en gardant en tête que tout est possible, que les catastrophes se renouvellent éternellement et que pour les prévenir, rien de mieux que d’en mesurer les conséquences éventuelles, grâce à la littérature et aux grands écrivains.

 

Happy reading 😉 !