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mai 2016

Couverture de A Little Life
Critiques

A Little Life, le gros coup de coeur

A Little Life mais un « big book » …

Par la taille (il fait 720 pages en édition de poche, il faut donc s’armer de patience et ne pas avoir d’autre « urgence littéraire » en cours) mais surtout par le talent de conteuse de son auteur, l’américaine Hanya Yanagihara, dont c’est le deuxième livre.

Portrait de Hanya Yanagihara

Hanya Yanagihara

A Little Life va vous prendre tout votre temps libre, vous envoûter, vous faire rentrer totalement dans la vie de ses protagonistes si bien que les quitter sera une torture, vous faire tourner frénétiquement les pages, vous faire souligner et prendre des notes. Il est impossible de se consacrer à un autre livre en parallèle et pour cause A Little Life c’est LE livre du moment, il ne faut SURTOUT pas passer à côté ; voilà pourquoi on peut parler d’un « big book »: c’est un gros et grand livre.

Jude, Willem, Malcolm et J.B, quatre amis inséparables, s’installent à New York à la fin de leurs études. Impossible de dater le début du roman, aucun repère ne nous est donné : pas de contexte politique, pas d’événement culturel ou social. On comprend donc assez vite que l’histoire va tourner autour de ces quatre personnes, en vase clos. La bande se réunit assez souvent, sort dans les fêtes new-yorkaises, les galeries, déjeune au restaurant coréen du coin. Bref, une vie riche et une carrière prometteuse semblent destinées à chacun d’entre eux.

Willem, au caractère doux et bienveillant, est un acteur en devenir ayant perdu ses parents et son frère très jeune..
Malcolm est un futur architecte, fils d’une famille riche et respectée vivant dans les beaux quartiers de New York. Métisse, il ne se sent jamais vraiment à sa place nulle part.
J.B, d’origine haïtienne, élevé par sa mère, sa grand-mère et sa tante ; c’est un artiste-peintre qui adore utiliser ses amis comme sujets de ses projets artistiques.
Jude, est le plus secret et le plus complexe de la bande, avocat, on ne lui connaît ni passé ni famille. Ses amis n’en savent pas plus que le lecteur. On découvre assez vite qu’il a quelques soucis de santé, notamment des blessures aux jambes qui l’handicapent et lui causent des crises de douleur incontrôlables.

Et voilà que l’on suit ces quatre-là sur trente ans de réussite, d’échecs, de relations, de construction, d’emménagements, de déménagements…

Mais les chapitres passant, l’auteur va se focaliser sur Jude. Comme un travelling qui finit sur un gros plan, mais tout en subtilité.
Jude va devenir le personnage central du roman, et c’est son histoire mystérieuse qui va nous occuper et nous questionner comme dans un bon thriller pendant 700 pages.

Jude est très secret, et ne raconte jamais rien de son passé. D’où vient-il ? Pourquoi est-il blessé aux jambes ? Quelle enfance ? Quelle adolescence ?

« He was the most beautiful of them, with the most interesting face and the most unusual coloring, and he was the shyest, and so pictures of him always felt more precious than ones of the others. »

« Il était le plus beau d’entre eux, avec le visage le plus intéressant et de la teinte la plus inhabituelle, et il était le plus timide, du coup les photos de lui semblaient toujours plus précieuses que celles des autres. »

On ne connaît pas son histoire, ses amis ne la connaissent pas non plus (sauf Andy son médecin/ami qui soigne ses jambes). Lorsqu’il est questionné sur ses problèmes aux jambes, il répond qu’il a eu un accident de voiture dans sa jeunesse.
Mais voilà pour soulager ses douleurs, Jude se scarifie avec rasoirs et désinfectant. Et lorsque Willem le découvre, le livre bascule.

« There’s been an accident, Willem; I’m sorry. »

« Il y a eu un accident, Willem; je suis désolé. »

A partir de là, Jude qui n’était pour ses amis, qu’un homme un peu secret et légèrement handicapé, devient un être fragile à protéger.

Tout au long du roman, à l’aide de flashbacks, on en apprend plus sur l’histoire de Jude. Abandonné bébé dans une poubelle, il a été recueilli par des moines dans un monastère où il connaît une enfance terrible puisqu’il y a vécu l’enfer. Torturé, puni, frappé, abusé sexuellement, la lecture des sévices qu’il a subis est à peine supportable. Mais l’affection que l’on éprouve déjà pour ce personnage n’en est que renforcée.

Plus les chapitres défilent, plus le lecteur devient témoin des atrocités qu’il a subi enfant, mais également adolescent lorsqu’il s’échappera du monastère en compagnie de l’un des Frères, qui se révèlera pédophile : sévices sexuels, prostitution… L’accident de voiture se révèlera être bien plus dramatique que Jude ne le laisse entendre.
Evidemment ses amis ne savent rien de tout ça et il est hors de question pour Jude, trop honteux, de leur révéler ce qui s’est passé.

Jude est marqué au fer rouge par son passé et n’arrive pas à profiter de la vie comme les autres. Malgré sa réussite, son indépendance, son aisance financière, rien ne parvient à le sortir de sa torpeur ni à raviver un peu de vie dans son âme torturée. Rien, sauf Willem. Son confident qui deviendra par la suite un peu plus que cela, et qui lui apportera soutien et respect.
Les efforts de ses amis pour l’entourer et essayer de le comprendre, leur bienveillance, l’amour de Willem, n’arriveront pourtant pas à soulager son mal-être. Ses amis, qui n’arrivent pas à comprendre d’où viennent ses tourments, vont mobiliser toutes leurs forces pour l’aider.

A Little Life c’est avant tout une histoire d’hommes.
C’est une aventure masculine mais pas virile, une amitié tenace, une histoire de soutien, d’amour et d’admiration. Et c’est très rare dans la littérature contemporaine. Et c’est osé.

Hanya Yanagihara ne se moque pas de ses personnages, ne leur prête pas de traits caricaturaux. Qu’ils soient artistes (Willem, JB) ou qu’ils aient des métiers considérés comme sérieux (Jude, Malcolm, Andy), ils sont tous touchants, émotifs et généreux. Dans ce livre, pas de soirée bières autour d’un match de foot à la télévision, pas de grande discussion à la salle de gym…

A Little Life nous emmène dans les tréfonds du cœur des hommes, là où aucun écrivain n’ose jamais aller en littérature.

Et puis surtout il y a le personnage de Jude.
Les quatre amis s’interrogent, au fil des années, sur la vie qui passe, leur carrière, et même la vie de famille et le désir d’enfants.

Mais toutes les réponses à ces questions trouvent leurs limites avec Jude, ce personnage qui se sent tellement peu concerné par la vie. Comme s’il regardait le train passer, les gens grandir, tout en ne participant pas à la fête. Pas de happy end ou de bons sentiments, il n’arrive pas à se remettre de son passé, même avec l’aide de tous ceux qui l’aiment.

A Little Life by Hanya Yanahaguira (american cover) - éd. Doubleday

A Little Life by Hanya Yanahaguira (american cover) – éd. Doubleday

Il n’est qu’une blessure géante et béante, tout son corps souffre et son esprit également. Il ne sait pas ce qu’il fait là, il ne comprend pas l’amitié de ses amis, il ne voit pas leur amour même s’il est conscient de leur soutien et des angoisses qu’il leur fait vivre. Comme il nous l’explique dans l’un des plus beaux passages du livre, au moment où il envisage le suicide :

« For a while, they would mourn him, because they were good people, the best and he was sorry for that –but eventually they would see that their lives were better without him in it. They would see how much time he had stolen from them ; they would understand what a thief he had been, how he had suckled away all their energy and attention, how he had exsanguinated them. He hoped they would forgive him ; he hoped they would see that this was his apology to them. He was releasing them – he loved them most of all, and this was what you did for people you loved : you gave them their freedom. »

« Ils le pleureraient pendant un moment, parce que ce sont de bonnes personnes, les meilleures, et il en était désolé – mais le temps passant ils s’apercevraient que leurs vies seraient mieux sans lui. Ils s’aperçevraient de tout le temps qu’il leur a volé ; ils se rendraient compte qu’il était un voleur, à quel point il leur a pris toute leur énergie et leur attention, à quel point il les a rendus exsangues. Il espérait qu’ils lui pardonnent ; il espérait qu’ils se rendent compte que tout cela était en fait une façon de s’excuser auprès d’eux. Il était en train de les libérer – il les aimait plus que tout, et c’est ça que l’on fait aux gens qu’on aime : on leur rend leur liberté. »

 

Jude ne veut jamais suivre leurs conseils au risque d’aller encore plus mal, mais ses amis sont toujours là. Et ont toujours de nouvelles idées pour lui permettre d’avancer au propre comme au figuré.

Comme lorsque Willem propose à Jude de rentrer en taxi pour ne pas que son ami marche trop, en feignant lui-même la fatigue.

« This is Willem’s new strategy, and he is very fond of it : instead of telling him he can’t do certain things because it’s not good for its legs and back, Willem instead tries to make himself sound incapable in order to dissuade him. These days Willem is always too tired to walk, or too achey, or too hot, or too cold. But he knows that these things are untrue. »

C’est la nouvelle stratégie de Willem et il l’apprécie tout particulièrement : au lieu de lui dire qu’il ne peut pas faire ceci ou cela à cause de ses jambes et de son dos, Willem essaie de lui faire croire qu’il n’est pas en état lui-même pour l’en dissuader. Ces jours-ci Willem est toujours trop fatigué pour marcher, ou trop mal en point, il a trop chaud ou trop froid. Mais il sait que ces excuses ne sont pas réelles.

Mais au-delà d’un roman d’amitié, c’est un livre qui questionne sur la famille, sur le passé, sur la carrière, sur les regrets et la honte, sur l’homosexualité… bref il y a tant de niveaux de lecture que chacun y trouvera son compte.

La construction des personnages est fabuleuse : on les connaît par cœur, ils sont là page après page, ils existent, on pense les côtoyer réellement, on pleure avec eux. Leurs réactions ou leurs réflexions nous rappellent les nôtres et l’on ne peut s’empêcher de se reconnaître dans l’un d’entre eux, de temps à autre.

Concernant le style on ne peut être aussi enthousiaste. L’auteur passe de personnage en personnage sans que l’on arrive parfois à savoir immédiatement dans la tête duquel on se trouve. Ce n’est qu’au bout de quelques lignes d’un chapitre que l’on s’aperçoit que le narrateur est J.B, ou Jude ou Malcolm.

Il y a aussi beaucoup de longueurs. Parfois on nage en pleine confusion, la syntaxe est douteuse, et l’on ne sait plus qui parle de qui. Les descriptions peuvent être ciselées et très précises comme ces moments passés par Jude dans sa salle de bain avec ses rasoirs, qui sont presque insupportables à lire.

« He has long ago run out of blank skin on his forearms, and he now recuts over old cuts, using the edge of the razor to saw through the tough, webby scar tissue: when the new cuts heal, they do so in warty furrows, and he is disgusted and dismayed and fascinated all at once by how severely he has deformed himself. »

« Cela fait déjà longtemps qu’il lui est impossible de trouver un morceau de peau sans cicatrice sur ses avant-bras, et il se taillade maintenant à travers ses anciennes blessures, utilisant la pointe du rasoir pour scier l’épais tissu cicatriciel : lorsque les nouvelles blessures guérissent, elles forment des sillons verruqueux, et il est à la fois dégoûté, consterné et fasciné par la gravité des déformations qu’il s’inflige. »

Mais elles peuvent aussi fatiguer à coups de métaphores inutiles.

On pourra également reprocher à Hanya Yanagihara d’avoir concentré l’histoire sur Jude et Willem, après nous avoir présenté Malcolm et J.B, qui à part quelques moments de gloire, n’ont finalement pas beaucoup de place dans les 500 dernières pages du livre.

C’est un livre noir, qui procure des émotions intenses, même si on a beaucoup reproché à Hanya Yanagihara, notamment cette critique du NY Times, d’avoir créé des situations irréelles, qui n’auraient jamais pu arriver. Où sont les limites de la souffrance que peut endurer un personnage de fiction ? La vie en vase clos de ces quatre personnages à la réussite fabuleuse est-elle crédible ?

Peu importe.

Si vous pleurez, si vous ressentez de l’empathie, si vous ne voulez pas refermer le livre pour ne pas laisser vos amis à l’intérieur, alors oui l’histoire est plausible. Car on ne peut pas ressentir de peine pour des personnages qui ne pourraient pas exister. On ne peut pas pleurer pour des situations qui ne seraient pas crédibles.

Hanya Yanagihara le reconnaît dans une conversation avec son éditeur pour Slate.com :

« Everything in this book is a little exaggerated : the horror, of course, but also the love. I wanted it to reach a level of truth by playing with the conventions of a fairy tale, and then veering those conventions off path. I wanted the experience of reading it to feel immersive by being slightly otherwordly, to not give the reader many contextual tethers to steady them. »

Tout dans ce livre est un peu exagéré : l’horreur, bien sûr, mais aussi l’amour. Je voulais qu’il atteigne un certain niveau de vérité en jouant avec les conventions du conte de fée, et en les détournant ensuite. Je voulais que le livre soit lu comme une immersion dans un autre monde, et ne pas donner aux lecteurs des éléments contextuels qui les oriente. 

Hanya Yanagihara , auteur de A Little Life

Hanya Yanagihara
(PHOTO AFP)

A Little Life cartonne outre-atlantique et outre-manche depuis sa sortie au mois de mars 2015. Il est en tête de toutes les listes de recommandations littéraires, il a reçu beaucoup d’éloges et a occupé les pages culture et livres des magazines et quotidiens à plusieurs reprises au cours de cette année.

Il a été sélectionné pour plusieurs prix dont le Man Booker Prize 2015, et le National Book Award 2015 et cette année dans le Baileys Women’s Prize For Fiction dont le résultat est attendu en juin.
Le roman n’est pas encore traduit en français, on espère qu’il le sera.

C’est LE livre dont on parle et comme pour tous les livres qui deviennent des best-sellers, un doute peut saisir le lecteur quant au possible caractère commercial et insipide du contenu.

Et là rien de tout ça, il est impossible de sortir indemne de cette histoire. C’est un livre remarquable. Courez, plongez, allez rejoindre Willem, Malcolm, JB et Jude. Tout de suite.

 

Grief Is The Thing With Feathers by Max Porter
News, Prix

Max Porter remporte l’International Dylan Thomas Prize 2016 avec Grief Is The Thing With Feathers

Samedi dernier, les anglais ont rendu hommage au poète gallois Dylan Thomas, comme tous les ans à la même date. C’était également le jour de l’annonce du lauréat de l’International Dylan Thomas Prize.

Comme je vous l’ai expliqué il y a quelques semaines sur le blog, l’International Dylan Thomas Prize récompense un ouvrage en anglais rédigé par un auteur âgé de moins de 39 ans.

C’est Max Porter qui a remporté la 10ème édition, et la mise… puisqu’il empoche 30.000 £ au passage (38.000 €).

Max Porter, écrivain

Max Porter, lauréat de l’International Dylan Thomas Prize 2016

Son livre Grief Is The Thing With Feathers, publié par Faber & Faber, est son premier roman. Il a été qualifié « d’exploit extraordinaire en prose imaginative » par le jury du prix.   

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Couverture de Zero K. par Don DeLillo
Articles traduits, News

Don DeLillo revient avec un nouveau roman « Zero K » : son interview par le L.A. Times.

Dans la famille « auteurs-qui-ne-parlent-jamais-à-la presse-qui restent-enfermés-chez-eux-avec-leur-plume-et-dont-la-parole-est-rare-et-précieuse », je demande Don DeLillo !
Il s’agit de l’un des auteurs les plus mystérieux et néanmoins talentueux, de sa génération.

Portrait de Don De Lillo

Don DeLillo

Don DeLillo, fils d’immigrés italiens, est né Donald Richard DeLillo le 20 novembre 1936 à New York, dans le Bronx.

Après des études de communication il commence par travailler dans la publicité avant de décider d’arrêter à l’aube de ses trente ans. Il écrit son premier roman en 1971, Americana (Americana, éd. Actes Sud, 1992).

On trouve déjà ses thèmes de prédilection dans ce premier roman : la quête existentielle, la fascination pour l’image, l’angoisse de la mort. Même s’il est beaucoup plus personnel que ceux qui suivront.

Il publie ensuite nombre de best-sellers : White Noise en 1985 (Bruits de fond éd.Stock, 1986), Libra en 1988 (Libra, éd. Stock, 1989), The Names en 1989, (Les Noms éd. Actes Sud, 1990), Underworld en 1997 (Outremonde éd. Actes Sud, 1999), The Falling Man en 2007 (L’Homme qui Tombe éd. Actes Sud, 2008), Point Omega en 2010 (Point Omega, éd. Actes Sud, 2010). Ils sont pour la plupart traduits par Marianne Véron.

Devenu avec les années un auteur culte, il est également lauréat de nombreux prix prestigieux comme The National Book Award, et The Pen / Faulkner Award.

Aujourd’hui il est souvent cité comm l’un des quatre romanciers américains majeurs avec Thomas Pynchon, Philip Roth et Cormac McCarthy.

Cette semaine, il publie Zero K son 16ème roman : teinté de science-fiction et de beaucoup d’humour, il traite de la mort par le biais de la cryogénisation.

Couverture de Zero K. par Don DeLillo

Zero K, by Don DeLillo – éd. Scribner, 2016

Cette technique de conservation du corps, qui paraît totalement fictive est en fait bien réelle : quelques centres existent aujourd’hui aux Etats-Unis, ils offrent la possibilité à ceux qui le veulent de se faire cryogéniser en espérant que les nouvelles techniques, permettront dans le futur, de les ranimer ! Illégal en France, ce processus permet de maintenir le corps du défunt à -196 degrés grâce à la vitrification (on ne rentrera pas dans le détail). Et d’attendre sagement que les technologies et la science évoluent afin de pouvoir accéder à la résurrection. En échange de quelques dizaines de milliers de dollars bien évidemment. Sachez que 2000 personnes dans le monde ont déjà passé le pas.

Pour en revenir au roman de DeLillo, nous suivons donc Jeff et son père Ross, multi-milliardaire. Ross, la soixantaine est marié à Artis Martineau, belle-mère de Jeff, dont la santé décline. En tant qu’investisseur dans un centre de cryogénisation, il décide d’accompagner Artis se faire cryogéniser alors même qu’elle n’est pas décédée. Jeff plus sceptique, débarque au milieu du désert, dans le Centre en question, afin d’y retrouver son père et sa belle-mère…

Zero K est donc un roman sur la mort mais surtout le choix. Peut-on choisir de mourir et de se réveiller plus tard ? Peut-on défier la mort ? A-t-on le droit, avec de l’argent, d’assouvir son rêve d’immortalité ?

Je n’ai pas lu le livre, mais j’ai l’impression qu’il plaît bien aux critiques. Extrêmement bien rédigé comme à son habitude, le livre questionne notre rapport aux technologies et notre angoisse de la mort. L’homme croit pouvoir tout contrôler avec du pouvoir, de l’argent et la science. Et le livre lance le débat, puisque le père et le fils vont s’interroger sur l’intérêt de cette technique de conservation.

Le roman sortira bien entendu en France, a priori en 2017, chez Actes Sud évidemment, l’éditeur français de l’oeuvre de DeLillo.

En attendant voici une interview qu’il a donné la semaine dernière à une journaliste du L.A Times, profitons-en c’est rare !

Interview de Don DeLillo, par Carolyn Kellogg sur site du L.A. Times, traduite en français et datée du 29 avril 2016.

Si vous voulez joindre Don DeLillo, pas la peine de lui envoyer un e-mail ; il n’utilise pas de messagerie électronique. Il préfère communiquer par fax. Et rédige encore ses romans sur une machine à écrire.

Oublions cette réticence technologique, DeLillo est aujourd’hui un titan de la littérature américaine. Agé de 79 ans, il est l’auteur de 16 romans, dont White Noise (Bruits de fond éd.Stock, 1986), qui a remporté le National Book Award , et les bests-sellers  Underworld (Outremonde éd. Actes Sud, 1999) et Libra (Libra, éd. Stock, 1989).
En 2004, le Ransom Center (ndlr : Université du Texas) a acquis les archives de DeLillo.
En 2015, l’écrivain a reçu la Médaille de la National Book Foundation pour sa contribution aux Lettres américaines.

Dans son nouveau roman Zero K, le personnage de Jeff retrouve son père dans un centre de cryogénisation afin de l’aider à préparer sa cryogénisation et celle de sa belle-mère.

DeLillo réservera une de ses rares apparitions au Writer’s bloc de Los Angeles, le 11 mai prochain, où il débattra avec la romancière Rachel Kushner.

Il y a quelques jours il m’a parlé de Zero K au téléphone, mais aussi de l’écriture et de l’isolement.

Photo de Don DeLillo

Don DeLillo

Vous avez un style vraiment reconnaissable, bouillonnant et intense. J’aimerais vous parler un peu du travail en amont. Lorsque vous vous asseyez pour écrire, comment ces phrases vous viennent-elles ?

Ce n’est pas très facile à expliquer ni très facile à comprendre. Je ne suis pas sûr de comment se forme un paragraphe ou une phrase. Je ne peux pas dire que c’est automatique, mais je dirais plutôt que c’est intuitif. Et avec le temps je suis devenu de plus en plus conscient des lettres qui se forment sur la page, les lettres et les mots. Et des correspondances, pas seulement les sonorités mais les correspondances visuelles entre les lettres au sein d’un mot, ou d’un mot à l’autre. C’est un peu mystérieux. C’est comme si une page imprimée ne devait pas seulement posséder un sens littéraire, mais aussi un sens visuel.

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